LE COMTE DE MOEURSEVILLE , SOPHIE, BELVAL
BELVAL
Voila plusieurs fois, monsieur, que vous m'avez fait l'honneur de venir chez moi. Je suis désespéré de ne m'y être point trouvé. Pourrais-je savoir à quoi je puis vous être utile ?
LE COMTE
DifFérens billets que je vous ai laissés ont pu vous rappeler que vous avez daigné me promettre vos soins pour une pièce que je vous ai remise il y a à peu près trois mois.
BELVAL
Une pièce.... Ah! pardonnez-moi... Vous l'appelez.
LE COMTE
U Oubli de soi-même.
BELVAL
Daignez donc vous seoir; je ne faisais pas attention.... ^^
DE MOLE. Si
SOPII lE.
C'est un caractère qui promet.
LE COMTE
Oui, Madame; on ne manque pas d originaux.
BELVAL
Oui , je crois que je l'ai lue — Je m'en souviens très bien. Mais, je vous l'avouerai franchement, elle ne nous convient pas. Ce n'est pas qu'elle ne soit bien écrite; au contraire, elle montre aussi que vous avez infiniment d'esprit; mais le sujet de morale....
LE COMTE
Déplaît.
BELVAL
Eh bien ! je ne vous le cache pas.
LE COMTE
Je l'ai toujours craint.
BELVAL
Ne m'en voulez pas de ma franchise.
LE COMTE
Je l'ai toujours trop estime'e pour qu'elle me fît quelque peine.
BELVAL
Cette résignation annonce des talens peu communs. Exercez-les, Monsieur, sur un
autre sujet, et vous verrez avec combien de zèle je m'emploierai.
LE COMTE
Ah! combien de reconnaissance! Je vous quitte. Monsieur, et ne veux point abuser de vos momens.
BELVAL
Quoi ! par un temps aussi mauvais !
LE COMTE
Je le prends comme il vient, et sais me faire à tout.
BELVAL, en sonnant.
Ah ! je ne souffrirai pas que vous vous en retourniez à pied : mes chevaux sont à ma voiture, daignez les accepter.
LE COMTE
Mille obligations. Monsieur; je ne puis ni ne dois accepter ces offres obligeantes.