‹ Mémoires de MoléChapitre 29 sur 85 · SOPHIE, BELVAL, LAFLEUR · texte numérisé non relu

SOPHIE, BELVAL, LAFLEUR

BELVAL

Eh bien , Ijafleur ! ce monsieur, Fas-tu conduit à son cinquième ?

LAFLEUR

A son cinquième , Monsieur ? C'est , je vous assure, quelqu'un de grande importance.

BELVAL

Bon!

SOPHIE, à Behal.

Eh bien ! ne m'en étais-je pas douté?

LAFLEUR

D'ici à votre voiture, il m'a suivi en ricanant.

BELVAL, avec hauteur.

Comment , faquin , en ricanant ?

LAFLEUR

Eh ! oui. Monsieur, je vous dis la vérité.

DK MOLE. 8l)

BELVAL , du înénie ton.

Ensuite.

LAFLEUR

Arrivé à votre voiture, je lui en ai ouvert la portière, il Ta regardée avec admiration.

BELV AL.

Ah!

LAFLEUR, à part.

C'est-à-dire en haussant les épaules.

BELVAL

Que dis-tu?

Ah ! rien, Monsieur.... Je toussais.

BELVAL

Oui....

LAFLEUR

Oui, Monsieur.

BELVAL

Achève.

LAFLEUR

Enfin il est monté, et s'est fait conduire à deux pas d'ici, dans un hôtel superbe; et la preuve qu'il en est le maître, c'est que le suisse est venu avec son baudrier lui remettre des lettres. Comme il m'a dit d'attendre, j'ai vu tout cela; ensuite il en a tiré une de sa poche , qu'il a ouverte, et a laquelle il a ajouté quel-

r)0 MEMOIRES

que chose, et m'ayant recommaadé de vous la donaer avec deux louis, qu'il m'a prié d'accepter, vous sentez, Monsieur, avec quel plaisir je m'acquitte de cette commission.

BELVAL

Que peut-il me dire ? Voyons. ( En ouvrant la lettre. ) Elle était écrite avant de se rendre chez moi....

Oui, c'est à quoi je réfléchis; je suis bien curieuse —

BELVAL

Vous allez le savoir. (/Z lit.) u 11 semble, u Monsieur, que vous devriez vous défaire de « l'habitude d'offrir des services que secrètece ment vous vous promettez de ne pas ren- « dre. » Ce n'est que du verbiage que tout cela; je l'achèverai dans un autre moment.

SOPHIE

Non pas , s'il vous plaît ; je veux l'entendre entièrement.

BELVAL

Mais....

SOPHIE

Je le veux absolument.

BELVAL

Vous le voulez; à la bonne heure. {Il con-

f)i MOi.i:. qi

(inùc, ) K Ne me croyez pas votre dupe ; vous K n'avez pas lu ma pièce. » Ah ! j'aime bien qu'il doute.

SOPHIE

Mais achevez.

BEL VAL continue.

u Car je ue vous en ai point remis. C'est un (( cahier blanc sous enveloppe que vous avez (f reçu de moi. » ( B clivai étonné. )

Eh bien !... voyons, voyons la fin.

BEL VAL

Quoi î je serais — (^ Sophie , ([ni le presse d'achever, i Je continue : « J'ai voulu vérifier (( si les plaintes que j'ai entendu faire à un « jeune homme de ma connaissance, avaient (( quelques fondemeus. Vous devez croire que (( je n'ai pas besoin d'autres preuves que les (( conseils que vous avez bien voulu me donce ner ce matin, sur ce qui n'existe pas, pour ic être convaincu qu'il a raison.

(c Comme ma lettre était écrite avant de me « rendi'e chez vous , sachant à point nommé « votre réception , et mon dessein étant de la i( laisser en sortant , je n'ajouterai que deux « mots : Je vous remercie de votre voiture , « qui est fort douce , et plus élégante qu'au-

Cp MKMOIRES

« cune des miennes. Je vous dois cet aveu « pour vous prouver ma reconnaissarce.

« Le comte MoEunsEviiLE. »

O dieu ! c'est mol qui suis complètement sa dupe. Ah ! Sophie, combien je suis piqué! Son persifïlage m'accable.

SOPHIE

En vérité, Belval, on le serait à moins: vous avez cru le jouer, et c'est lui qui s'est donné ce plaisir.

BELVAL

S'il allait répandre cette aventure, que je serais humilié ! Un homme de son rang sera cru. Oui, je ne sens que trop que ce caractère léger auquel je me suis abandonné, conduit insensiblement a la fatuité et à l'oubli de soimême; et, je me le rappelle, c'est le reproche qu'il m'a fait. Je veux désormais qu'on n'ait plus à se plaindre de moi. Je profiterai de mon congé, parce que je ne veux pas passer pour inconséquent ; mais une fois de retour, cabales, intrigues, jalousies, j'oublie tout pour me livrer à mon état. Je n'abuserai pas de mes talens pour accabler mes camarades, étant bien convaincu que la modestie et la franchise me procureront plus de satisfaction que les

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défauls que je me reconnais ne m'ont donne de plaisirs.

Votre exmiple m'entraîne; ce retour sur vous-même achève ma conquête; et réellement ne seitez-vous pas, Belval qu'il vaut mieux la deroir au sentiment qu'à ce luxe et a cette co|uetterie ridicule qui n'auraient pu me séduin ?

BELVAL

Oui, Sophiî, oui, vous avez raison.

LA FLEUR

Le voilà retenu à lui-même. Cela paraissait assez difîcile. Vous voyez qu'il ne faut jurer de rien

BÉFLEXION.

Les auteurs Qt eu bien souvent la bonhomie de se faire jaer par les comédiens. Quand ceux-ci se joueraent un peu à leur tour, quel mal y aurait-il? 'avoue que cela serait extrêmement édifiant

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