SOPHIE, BELVAL, LAFLEUR
BELVAL
Eh bien , Ijafleur ! ce monsieur, Fas-tu conduit à son cinquième ?
LAFLEUR
A son cinquième , Monsieur ? C'est , je vous assure, quelqu'un de grande importance.
BELVAL
Bon!
SOPHIE, à Behal.
Eh bien ! ne m'en étais-je pas douté?
LAFLEUR
D'ici à votre voiture, il m'a suivi en ricanant.
BELVAL, avec hauteur.
Comment , faquin , en ricanant ?
LAFLEUR
Eh ! oui. Monsieur, je vous dis la vérité.
DK MOLE. 8l)
BELVAL , du înénie ton.
Ensuite.
LAFLEUR
Arrivé à votre voiture, je lui en ai ouvert la portière, il Ta regardée avec admiration.
BELV AL.
Ah!
LAFLEUR, à part.
C'est-à-dire en haussant les épaules.
BELVAL
Que dis-tu?
Ah ! rien, Monsieur.... Je toussais.
BELVAL
Oui....
LAFLEUR
Oui, Monsieur.
BELVAL
Achève.
LAFLEUR
Enfin il est monté, et s'est fait conduire à deux pas d'ici, dans un hôtel superbe; et la preuve qu'il en est le maître, c'est que le suisse est venu avec son baudrier lui remettre des lettres. Comme il m'a dit d'attendre, j'ai vu tout cela; ensuite il en a tiré une de sa poche , qu'il a ouverte, et a laquelle il a ajouté quel-
r)0 MEMOIRES
que chose, et m'ayant recommaadé de vous la donaer avec deux louis, qu'il m'a prié d'accepter, vous sentez, Monsieur, avec quel plaisir je m'acquitte de cette commission.
BELVAL
Que peut-il me dire ? Voyons. ( En ouvrant la lettre. ) Elle était écrite avant de se rendre chez moi....
Oui, c'est à quoi je réfléchis; je suis bien curieuse —
BELVAL
Vous allez le savoir. (/Z lit.) u 11 semble, u Monsieur, que vous devriez vous défaire de « l'habitude d'offrir des services que secrètece ment vous vous promettez de ne pas ren- « dre. » Ce n'est que du verbiage que tout cela; je l'achèverai dans un autre moment.
SOPHIE
Non pas , s'il vous plaît ; je veux l'entendre entièrement.
BELVAL
Mais....
SOPHIE
Je le veux absolument.
BELVAL
Vous le voulez; à la bonne heure. {Il con-
f)i MOi.i:. qi
(inùc, ) K Ne me croyez pas votre dupe ; vous K n'avez pas lu ma pièce. » Ah ! j'aime bien qu'il doute.
SOPHIE
Mais achevez.
BEL VAL continue.
u Car je ue vous en ai point remis. C'est un (( cahier blanc sous enveloppe que vous avez (f reçu de moi. » ( B clivai étonné. )
Eh bien !... voyons, voyons la fin.
BEL VAL
Quoi î je serais — (^ Sophie , ([ni le presse d'achever, i Je continue : « J'ai voulu vérifier (( si les plaintes que j'ai entendu faire à un « jeune homme de ma connaissance, avaient (( quelques fondemeus. Vous devez croire que (( je n'ai pas besoin d'autres preuves que les (( conseils que vous avez bien voulu me donce ner ce matin, sur ce qui n'existe pas, pour ic être convaincu qu'il a raison.
(c Comme ma lettre était écrite avant de me « rendi'e chez vous , sachant à point nommé « votre réception , et mon dessein étant de la i( laisser en sortant , je n'ajouterai que deux « mots : Je vous remercie de votre voiture , « qui est fort douce , et plus élégante qu'au-
Cp MKMOIRES
« cune des miennes. Je vous dois cet aveu « pour vous prouver ma reconnaissarce.
« Le comte MoEunsEviiLE. »
O dieu ! c'est mol qui suis complètement sa dupe. Ah ! Sophie, combien je suis piqué! Son persifïlage m'accable.
SOPHIE
En vérité, Belval, on le serait à moins: vous avez cru le jouer, et c'est lui qui s'est donné ce plaisir.
BELVAL
S'il allait répandre cette aventure, que je serais humilié ! Un homme de son rang sera cru. Oui, je ne sens que trop que ce caractère léger auquel je me suis abandonné, conduit insensiblement a la fatuité et à l'oubli de soimême; et, je me le rappelle, c'est le reproche qu'il m'a fait. Je veux désormais qu'on n'ait plus à se plaindre de moi. Je profiterai de mon congé, parce que je ne veux pas passer pour inconséquent ; mais une fois de retour, cabales, intrigues, jalousies, j'oublie tout pour me livrer à mon état. Je n'abuserai pas de mes talens pour accabler mes camarades, étant bien convaincu que la modestie et la franchise me procureront plus de satisfaction que les
DE MOLïl;. q3
défauls que je me reconnais ne m'ont donne de plaisirs.
Votre exmiple m'entraîne; ce retour sur vous-même achève ma conquête; et réellement ne seitez-vous pas, Belval qu'il vaut mieux la deroir au sentiment qu'à ce luxe et a cette co|uetterie ridicule qui n'auraient pu me séduin ?
BELVAL
Oui, Sophiî, oui, vous avez raison.
LA FLEUR
Le voilà retenu à lui-même. Cela paraissait assez difîcile. Vous voyez qu'il ne faut jurer de rien
BÉFLEXION.
Les auteurs Qt eu bien souvent la bonhomie de se faire jaer par les comédiens. Quand ceux-ci se joueraent un peu à leur tour, quel mal y aurait-il? 'avoue que cela serait extrêmement édifiant