‹ Mémoires de MoléChapitre 42 sur 85 · I.K OOMKDIKN · texte numérisé non relu

I.K OOMKDIKN

rot^ativcs de la jeunesse doit faire d'autnnt plus d'etVet qu'il est représenté par une personnequi ne pourrait elle-même vouloir passer pour jeune sans se donner un ridicule. Quelques acteurs comiques gaj^nent donc, en diverses circonstances, à n'être plus dans 1 âge destiné pour Tamour et pour les plaisirs.

Mais exhortons les comédiens, et surtout les comédiennes , à ne pas abuser de ce principe. Quand ils ne peuvent plus que déplaire au spectateur, qu'ils ne s'obstinent pointa se présenter à ses regards. Que même avant le temps où ils sont condamnés à quitter leur profession, ils aient le courage de renoncer aux rôles qui ne leur conviennent plus.

Les uns et les autres doivent toujours se souvenir qu'au spectacle nous sommes infailliblement blessés de tout ce qui nous donne occasion, en nous rappelant les infirmités de la nature humaine, de faire des retours fâcheux sur nous-mêmes. Pour l'ordinaire, lorsqu'on est devenu un objet plus capable d'inspirer la tristesse que d'exciter le plaisir, le meilleur parti qu'on ait à prendre est celui de la retraite. Il paraîtra presque toujours extravagant que des personnes à qui l'usage du monde interdit même la satisfaction de par-

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lagcr, du moins Irop fréquemment, les amusemcns pul>lics, s'arrogent le droit d'en être les héroïnes. Un talent unique ou extrêmement supérieur peut seul nous faire souffrir un acteur ou une actrice dont les traits flétris nous annoncent le sort qui nous attend.

11 est permis aux personnes qui ont fait avec justice l'admiration des spectateurs, de se donner plus long-temps que les autres en spectacle. Elles doivent même, par reconnaissance des applaudissemens qu'elles ont reçus du public, ne point cesser de le servir, jusqu'à ce qu'elles soient remplacées par des sujets qui, aux avantages qu'elles n'ont plus, joignent ceux qu'elles ont encore. Quand on saura que ce n'est ni par un sordide intérêt, ni par une folle présomption, qu'elles demeurent dans une troupe , on ne leur imputera point les torts de la nature; et si l'on fait attention à leur âge, ce sera pour se plaindre de ce que, méritant de ne point vieillir, elles sont assujetties, comme les autres, à la loi commune. Les hommes peuvent plus impunément que les femmes jouer la comédie dans un âge avancé. C'est sans doute parce que, soutenant mieux qu'elles les attaques de la vieillesse, ils nous la montrent sous une image moins afïli-

'^oantc. On a vu deux conictlicns célèbres (i), loin trêlie accablés du fardeau des années, continuer de porter avec autant de succès que d'ardeur celui d'une profession que l)ien des jeunes gens, même en ne remplissant pas trop exactement leurs devoirs, trouvent encore trop fatigante. Ce qu'on demande aux personnes qui sont autorisées par la supériorité de leurs talens à ne pas se presser de quitter le théâtre, c'est que, lorsqu'elles seront maîtresses du choix de leurs rôles, elles ne choisissent que ceux qui ne contrastent pas trop avec leur âge. Ua des deux acteurs (2) que je viens de citer ne nous a point, malgré lout son mérite, fait approuver le penchant qu'il avait sur la fin de sa vie à jouer des rôles déjeunes princes. Nous ne nous sommes pas accoutumés à lui entendre donner au théâtre le nom de fils par des actrices dont il aurait pu être le bisaïeul.

(i) Baron et Guérin.

(2) Baron.

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