‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 37 sur 115 · II. L'IIONORE D'VN NOM AVGVSTK · texte numérisé non relu

II. L'IIONORE D'VN NOM AVGVSTK

Cette figure de femme représente la place que la statue du roy, figurée par cet homme couronné, honore du nom de Place Royale, son érection estant une espèce d’alliance qu’elle contracte avec elle.

Toutes ces décorations ayant esté exécutées avec tout le soin possible, on ne songea plus qu’à se préparer à la Teste, qui commença la veille par un acte de philosophie dédié au roy. Cette action fut d’autant plus belle , que les éloges du roy y eurent autant de part que la philosophie , et que les ecoliers qui avoient fait paroitre leur esprit et leur capacité allèrent, après l’acte lini, chez M. l’intendant, luy porter en pompe la these de satin, où estoit le portrait du roy, estant précédez des trompettes et des haut-bois, et celuy qui la portoit estant environné des drapeaux des compagnies de chaque classe.

Le soir, toutes les cloches commencèrent à sonner, et leur carillon se joignant au bruit du canon et à celuy des trompettes et des tambours qu’on avoit disposez sur les tours et les lieux les plus élevez de la ville, annonceront agréablement la feste du lendemain.

La religion et la pieté la commencèrent.; le clergé, composé de six chapitres, de vingt-deux paroisses et d’un grand nombre de communautez religieuses, s’estant asseniblé dans l’église cathédrale avec tous les corps de ville, M. l’intendant s’y rendit à la teste du présidial, qui ctoit ce jour-là en robe rouge, et fut suivi ou provenu d’une allluence extraordinaire de peuple. L'eglise, toute vaste qu’elle est. se trouva parfaitement bien decorée et illuminée par les soins de M. l’abbé Du Soucy, chanoine de la cathédrale et conseiller d’egiise.

La messe y fut celebrée par M. Rabereul, doyen de l'église de Saint- Pierre, avec beaucoup de solemnité, qui fut suivie d’un Te Deum, pour remercier Dieu des faveurs particulières que la pieté du rov et son affection paternelle pour ses sujets attirent sur la France. On y eut le plaisir d’entendre une fort belle musique, composée des plus belles voix de la province, et de plusieurs autres que M. l’intendant avoit fait venir des provinces voisines; le R. P. Chesnon, jesuite, y prononça un très- beau panégyrique du roy. 11 prit pour texte ces paroles de saint Mathieu, qui ne peuvent estre plus naturelles à sou sujet : ■ De qui est cette image? On luy répondit que c’estoit celle de * César. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et « à Dieu ce qui est à Dieu*. • 11 commença d’abord par expliquer la différence qui se trouve entre le culte qu’on rend à Dieu et ccluy qu’on rend aux souverains de la terre, et fit connoitre à tout le monde que, si Louis lb Ghanü ne possédé pas ces perfections infinies qui ne conviennent qu’à Dieu seul, il a pourtant receu toutes celles qui en approchent davantage, et qui le rendent sur la terre l’image la plus sensible de la divinité. Ensuite, voulant intéresser tout le monde à celte ceremonie, il fit voir qu’il estoit de la reconnoissance de la ville d’eriger cette statue à Louis le Guano , en sorte qu’il seroit à souhaitter que toutes les villes du Poitou en pussent faire autant, en reconnoissance des grâces que la province reçoit de Sa Majesté, et surtout du rétablissement de la religion. Secondement, qu’il est de la gloire de la ville d’avoir cet ornement, qui doit estre le monument elernel de la fidelité qu’elle a toujours eue pour son prince. Enfin, qu'il est de son interest d’attirer, par ce gage de son zelc et de son attachement pour le roy, la faveur et la protection singulière de Sa Majesté. Ces trois parties furent solidement prouvées, et remplies de plusieurs beaux traits de l’Écriture, de l’histoire ecclesiastique et de la vie du roy, dont il fit l’eloge avec tous les agrémens que peut souffrir l’eloquence chrestienne. Celte action finie, tous les corps se retirèrent,

1 tCujiis est itnngo htec? Dicunt ei : iCæsaii quas sunt Cæsaris, et quæ snnt

« sari? Tnnc. ait illis : Beddile ergo Cte- » Dei Dec». » Mnllt. as. (A 'oie du le.rte.)

excepte les troupes latines (j’appelle ainsi la milice du college), qui, ayant assisté à cette ceremonie avec toute la dévotion que pouvoit souffrir l’équipage guerrier où elles esloient, se rendirent à la Place Royale en tres-bon ordre et avec une contenance fiere, saluèrent la statue du roy d'un air qui n’avoit rien d’enfant, mais qui marquoit que le cœur avoit beaucoup de part à celte action, et ensuite, après y avoir fait l’exercice avec toute la justesse des troupes bien disciplinées, cette milice lit place à une autre qui ne fut pas moins agréable à voir : ce fut celle des bourgeois, qui, s'étant rangez chacun sous son drapeau, se rendirent, après disné, à la place, au bruit du tambour, des Affres, des haut-bois, et dans tout l’appareil d’une milice bien réglée. La statue estant le premier objet de leurs regards, le fut aussi de leurs respects; elle fut saluée à plusieurs reprises par la décharge du canon et de la mousqueterie , par le bruit des tambours et les fanfares des trompettes interrompues de temps en temps par des cris de Vive le Roy, qui perçoient les nues et faisoient retentir partout un bruit confus. Après le mouvement des troupes et les devoirs rendus à la statue par le corps des marchands, qui esloient là en robe de ceremonie, M. l'intendant, à la teste du corps de ville, apres avoir fait trois tours autour de la place, précédé par les trompettes et les tambours, mil le feu à un bûcher qu’on avoit préparé, et voulut bien qu'on donnât un flambeau au juge des marchands, comme une reconnoissance publique des soins que ce corps avoit pris pour l’ercction de ce monument. Là redoublèrent les cris et les acclamations du peuple, le tonnerre du canon et des mousquets, qui ne finit qu’avec le feu du bûcher; un concert de trompettes attira ensuite l’attention de tout le monde, qui s’estoit dissipée dans le fracas et le tumulte de la faste, et prépara à une symphonie admirable de violons, flûtes et haut-bois, qui fut suivie d’un grand concert de voix et d’instrumens : un éloge du roy en fil la matière. Ce concert dura jusqu'à la nuit, qui fut la plus éclairée et la plus brillante qu’on puisse voir. Il est difficile de se représenter, sans l’avoir veu, le bel effet que peut produire une illumination qui rogne dans les quatre costés d’une place de cinquante

toises en quarré, depuis le premier etage jusqu’au toit. A cette illumination se joignit celle d’un tres-beau feu d’artifice, dont voicy le dessein.

Sur un theatre de quinze pieds de haut et d’autant de large paroissoit un trophée d’armes, illuminé et élevé sur un piédestal, dont les quatre faces estoient quatre tableaux illuminez. Dans l’un estoit peint Jupiter, son foudre à ses pieds, avec ce mot qui luv servoit d’inscription :

IHACVNDA PON1T FVLMIKA.

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