TRAGÉDIE TIRÉE DE TITE-LIVE, JUSTIN. POLYBE. ETC
Demetrîvs, fils de Philippe V, roy de Macedoine, fut envoié en otage à Rome où il mérita par ses belles qualités l’estime et l’amitié des plus considérables de la Republique. Son pere ayant été depuis accusé dans le sénat, il le justifia par son crédit et lui conserva ses estats. A son retour en Macedoine, les peuples charmés de ses vertus exprimèrent leur amour et leur joye par des eloges si eclatans que Persée son frere aîné en conçut une violente jalousie et résolut de le perdre. Il ne fut pas difficile d’y réussir auprès d’un pere soupçonneux, ennemi des Romains et jaloux de la réputation de son fils. On aposta de faux témoins, et ce prince se laissant surprendre à la calomnie arrêta la perte de son fils et s’en défit par un genre de mort
1 Foucault confond la statue de ! 687 et la tragédie de 1688.
* La tragédie accompagnait la distribution des prix à la fin de l'année scolaire. Celle qu’on représenta au collège des Jésuites de Poitiers en 1688 était, selon toute vraisemblance, de l’intendant Foucault lui-mème; c’est pourquoi il fit les frais des prix , et c’est pourquoi aussi le canevas de cette pièce fait partie des mémoires.
* Cette pièce, à ce que nous apprend le titre , a été « représentée à Poitiers , dans
« le collège royal de la compagnie de Jé- < sus, à la distribution des prix donnés par i monseigneur de Foucault, intendant de • la province, le. . . jour d’août 1688, à « deux heures après midi. » — Nous suivons cette fois encore l’orthographe de l’imprimé. — L’histoire de Démélrius est contenue dans Tite-Live, liv. XL, c. xxxxiv, liv; Justin, liv. XXXII; Polybe.
liv. XX, XXIV; Diod. Sic. edit. Ar^entor. IX . p. 407 ; Plutarque , Vie de Paul Emile, vin. (Voy. Mommsen, Rœmische Gefchichle, a* édit. 1. 1, p. 732-733.)
dont l'histoire ne convient pas. Mais ayant depuis reconnu l’innocence de Demetrius il mourut de regret du parricide qu’il avoit commis.
Pour accomoder cct événement au theatre et en faire une pièce régulière, on y a changé quelques circonstances par le droit que donne la poésie. On donne à Philippe le dessein de se choisir un successeur pour avoir occasion de rappeller à la cour ses deux enfans, l’ainé de son gouvernement et l'autre de Rome où il etoit en étage. On fait accompagner celui-ci d’un ambassadeur de Rome qui puisse appuyer les prétentions de ce prince, qui est dans les interests de cette République, dont on peint les maximes et la politique. Persée n’y est point le persécuteur de son frere, quoiqu’il soit son rival et passionné pour le trône. On rejette l’horreur de la trahison sur ses amis qui, ayant intérêt eux-mêmes dans la perte de Demetrius, le ruinent dans l’esprit du roy par une noire calomnie. On peint Demetrius comme un prince vaillant qui a sauvé les états de son pere à la tète des armées aussi bien que dans le sénat de Rome. On le fait mourir avec plus d’eelat et par un effort de générosité. On a rapproché la mort du pere de celle du fils pour rendre l’action plus tragique et les passions plus vives.