CHAMILLART
1 Maison de campagne de Chamillart.
M. le chancelier m’a écrit une lettre fort gracieuse sur la nomination de mon fds à l’intendance de Caen. Elle est ci-jointe :
Monsieur, j’ai une véritable joie que vous veniez ici remplir vos fonctions de conseiller d’état. Ce me sera un très-grand plaisir de vous voir au conseil et de vous avoir tous les jours avec moi. Je n’ai pas moins de joie que M. votre fds doive remplir votre place d’intendant. Je ne doute pas qu’il ne s'acquitte de tous ses devoirs avec la satisfaction du public; je le souhaite très-ardemment et je suis sûr qu’il ne vous laissera rien à désirer là-dessus.
Je suis, Monsieur, votre très-affectionné serviteur,
PONTCHAHTUA1N.
Le 7 septembre, M. de la Vrillière m’a envoyé la commission d’intendant de Caen pour mon fds avec un compliment.
J’avois obtenu permission d’aller prendre les eaux de Bagnoles, mais je ne m’en suis pas servi.
Le a 6 septembre, M. Chamillart m’a mandé que, puisque mon fds avoit profité des instructions que je lui avois données pour remplir dignement le caractère d’intendant, et que ma personne n’étoit plus nécessaire en Normandie, je pouvois quitter ce pays quand il me plairoit.
Le 6 décembre, l’abbé de la Luzerne, ordre de Prémontré, proche de Granville, m’a envoyé un acte capitulaire de sa communauté, par lequel il me rend participant de ses prières et de la meilleure part à ses bonnes œuvres. — [Vid. l’acte et la lettre.)
Le j’ai donné à M. le chancelier le banc que j’avois à .Saint-
Koch. Mon père en avoit acquis la concession, de l’œuvre, moyennant six cents tant de livres. Les marguilliers de Saint-Roch m’avoient offert de me rembourser les 6oott que mon père avoit payées à la fabrique pour la concession de ce banc; mais j’ai préféré d’en faire un présenta M. le chancelier, n’ayant pas dessein d’occuper la maison de la rue de Richelieu à laquelle ce banc étoit attaché.
Au mois fih février 1707, j’ai proposé à M. de la Vrillière d’établir dans la ville de Saint-Lô une maison de refuge pour les fdles tombées dans le désordre. Plusieurs dames offroicnt de contribuer à cet établissement, mais il n'a pas eu lieu.
Le 20 août, j’ai écrit une lettre à M. Chamillart, par laquelle je lui ai demandé pour mon fils l’intendance de Lyon, vacante par la promotion de Guyet à la charge d’intendant des finances. — [Vid. la lettre.)
Le 2 y septembre, j’ai écrit à M. Chamillart pour obtenir du roi la charge de bailli d’Orléans, vacante par la mort de M. le marquis de Sourdis, en faveur de M. d’Âvaray, son beau-frère. M. Chamillart m’a mandé que le roi l’avoit donnée à M. d'Antin.
Le 1707, Ie roi a accordé à ma très-humble prière le
prieuré d’EntreCn à M. l’abbé Petit, mon neveu, sur la démission de M. l’abbé Baudouin. Ce bénéfice a passé depuis sur la tête de M. l’abbé Lormande, précepteur des princesses d’Orléans, à la réserve de 4ooH de pension que M. l’abbé Petit payoit à M. Baudouin, dont la mort , arrivée le a décembre 1716,3 éteiut cette pension.
Le 17 mars 1708, j'ai acheté, conjointement avec madame Foucault, une grande maison sise rue Neuve-Saint-Paul , de M. de Jassaud de la Lande et de M. Stoppa, capitaine aux gardes suisses, auxquels elle appartenoit, à cause des dames de Chamy leurs épouses, moyennant 70,000** et i,5oo** de pot de vin à M. Stoppa.
Madame Foucault avoit une moitié dans une maison rue des Prêtres, l’autre moitié appartenant audit sieur de la Lande, la totalité estimée 100,000**; nous avons cédé notre moitié audit sieur de la Lande pour le payement de la moitié de la maison de la rue Neuve- Saint-Paul; et, comme il ne lui étoit dû, pour sa part dans ladite maison, que 37,5ooH, il nous a passe un contrat de constitution de 1 2,000** de principal, qu’il a depuis remboursé.
Le 3 avril, M. le chevalier de Charny nous a fait signifier un retrait lignager 1 * * * qui n’a pas eu de suite.
Le 29 septembre 1 708, M. Desmareti m’a envoyé une lettre anonyme de plaintes contre mon fils, pour y faire telle attention qu’elle pourroit mériter.
Le 9 juin, le roi paraissant très-content des services de M. Chamiilart, ayant travaillé avec lui le matin, qui étoit un dimanche, lui envoya M. le duc de Beauvillicrs lui annoncer qu’il pouvoit se retirer, ne pouvant plus se servir de lui dans la charge de secrétaire d’état de la guerre, dont l’agrément a été donné sur le champ à M. Voisin, conseiller d’état. Le roi a donné 60,000 " de pension à M. Chamillnrt, dont madame Chamillart aura 2 4,oooHaprès sa mort, et M. de Cagny son fils 6,oooH. Le roi n’a point voulu le voir depuis, et a permis à son fils de traiter d’un régiment et de la charge de grand maréchal des logis dont est pourvu M. de Cavoie. Le caractère de ministre ne se perd point, mais M. Chamillart, n’allant plus à la cour, n’en fait point les fonctions, non plus que de la charge de grand trésorier de l’ordre du Saint-Esprit.
Le 3 1 juin précédent, M. Chamillart m'avoit écrit une lettre pour me prier de lui faire prêter 1 oo,oooM des 4o,ooo écus d’argent comptant que M. de Ragaru5 avoit laissés. — ( Vid. la lettre.)
Il m’écrivit le 7 une seconde lettre pour lui faire prêter 20,000" par M. Hénault. — [Vid. la lettre.)
J’ai commencé à faire réparer la maison de la rue Neuve-Saint- Paul, où j’ai fait construire un escalier et une entrée i neuf; les réparations et augmentations ont été achevées en 1710, et le tout a coûté
1 On sait que le retrait lignager était
un droit accordé aux parenta de ceux
qui avaient vendu un héritage propre,
de le retirer sur l'acquéreur en lui rem-
boursant le prix et les locaux coûts.
' René de Rsgarti ou de Ragarcu, seigneur de Belle-Assise, maître des requêtes; Mngny avait épousé sa Glle.
11 a été enfermé dans les fondemens de mon escalier une plaque de cuivre dans une boite de plomb avec l'inscription suivante :
« Cette maison, bâtie en i547, a été réédiliée en partie en 1709
• par Nicolas-Joseph Foucault, marquis de Magny, conseiller d'état,
• et Marie de Jassaud, son épouse. »
En travaillant aux tranchées du jardin de ma maison de la rue Neuve- Saint-Paul, on a trouvé 99 boulets de grès piqué et 3 de fer avec 2 grenades, savoir : 25 de grès de 1 6 pouces de diamètre et du poids de 182 livres; tâ de 12 pouces de diamètre et de 112 livres de poids; 20 de 11 pouces et du poids de 90 livres; 29 de 10 pouces et du poids de 60 livres. Les 3 boulets de fer sont de 1 2 pouces de diamètre et du poids de 3oo livres chacun. Les 2 grenades ont 3 pouces de diamètre.
il y a apparence que ces boulets servoient à charger les bombardes, et que ce jardin étoit le parc d’artillerie de l’hôtel de Saint-Paul, maison de plaisance des rois jusques à Henri 11. — [Vid. la chronique de Louis XL)
J’ai reçu une lettre de remerciement de l’université de Besançon, datée du 24 mars 1711, du gain du procès qu’elle avoit au conseil contre le parlement de Besançon.
J'ai été nommé par M. le chancelier de Pontchartrain pour signer le contrat du clergé, ce qui a été fait dans la salle du conseil à Versailles, le 1 3 juillet 1711'.
Au mois de juillet 1711, j'ai fait un voyage à Courcelles, où j'ai passé quinze jours avec M. Chamillart.
Le 24 décembre, le P. Le Tellier, confesseur du roi, m’a mandé que le roi avoit accordé à M. l’abbé Lormande le prieuré d’Entreliu , ordre de Grandmont, sur la démission pure et simple de M. l’abbé
1 L’astrmbléc du clergé avait eu au- partent de la signature du contrat du dience de rongé du roi, à Murlv, le clergé i Versailles le lendemain.
12 juillet. Ni Dangeau ni la geietle ne
Petit de Villeneuve, mon neveu. Ce prieuré étoit chargé de 4ooH de pension envers M. Baudouin, mais, comme il ne les pouvoit, porter, M. l.ormande l'a rachetée moyennant 1,300".
Le 10 octobre. Madame, belle-sœur du roi, m’ayant demandé à Sa Majesté pour être chef de son conseil, elle l’a agréé et j’en ai fait depuis ce temps les fonctions.
M. le chancelier de Pontchartrain m’écrivit le 1 1 octobre que le roi lui avoit fait plusieurs questions sur mon sujet, et qu'il avoit assuré Sa Majesté que S. A. R. ne pouvoit faire un meilleur choix; qu’il l’avoit chargé de me dire qu’il l’approuvoit.
Le sieur Pynart, chanoine de la cathédrale de Blois, a fait assigner mes sœurs et moi au Châtelet, pour être condamnés à lui restituer le prix de la charge de trésorier de France â Poitiers, dont est mort revêtu M. Croullé, ami intime de mon père, qu’il avoit fait légataire universel de ses meubles et acquêts, dont cette charge faisoit partie. Ledit Pynart prétendoit que l’intention dudit sieur Croullé étoit de lui laisser cette charge, et qu’il l'avoit déclaré à mon père en mourant. Le testament est de 167a. Les parens se sont mis en possession des propres sans réclamer contre le testament, et quarante ans après ledit Pynart s’avise, dans la seule vue de fatiguer par un procès une famille à qui il avoit obligation; aussi a-t-il été débouté de sa demande par sentence du Châtelet, confirmée par arrêt du parlement. 11 avoit envoyé à M. le chancelier de Pontchartrain un mémoire rempli de faussetés, qui me le renvoya, accompagné d’une lettre très-honnète.
Le 10 janvier, j’ai reçu une lettre du R. P. Benoist, provincial des Carmes d’Aquitaine, par laquelle il me mande qu’il a été arrêté dans leur chapitre qu’il seroit dit et célébré tous les jours une messe dans l’église pour demander à Dieu la prolongation de mes jours, et
«ne des morts à perpétuité après mon décès, en reconnoissance de l’église et cloîtres que je leur ai fait construire à Montauban.
Le 1er septembre 1716, Louis XIV, roi de France, est mort à Versailles. J’y ai passé, auprès de S. A. R. Madame, les huit jours précédant son décès, cette princesse ayant été plus touchée de sa maladie et de sa mort que personne de la cour, quoiqu’elle ait eu moins de sujet de se louer de son amitié que de son estime, car il ne pouvoit pas s’empêcher de l’estimer. Elle avoit aussi de grands sujets de se plaindre de madame de Maintenon , ce qui ne l’a pas empêchée de lui aller rendre visite à Saint-Cyr, où elle s’est retirée la veille de la mort du roi.
M. le duc d’Orléans alla le 2 septembre au parlement, où il fut déclaré régent du royaume par le testament du roi. M. le duc du Maine, fds de madame de Montespan, avoit été chargé de la surintendance de l’éducation du roi et de sa garde, en sorte que le commandement sur la Maison du roi lui étoit donné par ce testament, dont le parlement avoit été fait dépositaire; mais M. le duc d’Orléans représenta au parlement que , le commandement sur toutes les troupes lui appartenant, celles de la Maison en faisant partie, il devoit les commander comme les autres; ce qui lui a été accordé, M. le duc du Maine ayant demandé d’être déchargé de la garde.
Le roi ayant été tenir son lit de justice, la régence accordée à M. le duc d’Orléans y a été confirmée.
M. le duc d’Orléans a déclaré au parlement qu’il établiroit des conseils pour les affaires ecclésiastiques , pour la guerre , les finances, les affaires étrangères, celles de marine et du dedans du royaume.
S. A. R. Madame a demandé une place pour moi dans l’un de ces conseils, mais il est survenu une difficulté qui l’a empêché de m’en donner une, MM. Rouillé et des Forts, conseillers d’état, n’ayant pas voulu céder la préséance à M. le marquis d’Effiat, qui est comme eux
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, du conseil de finance; M. le duc d’Orléans, pour terminer la contestation, a donné des lettres de vice-président à M. d’Efiiat.
Le 3 juillet 1716, j'ai vendu à M. le duc de Panne les suites de médailles de grand, moyen et petit bronze *, moyennant 1 8,oooH qui m’ont été payées par M. le comte Pighetti , son envoyé. Le a4.il m’a envoyé du vin d'Italie qu’il a accompagné d’une lettre fort gracieuse.
Au mois de septembre 1716, M. Cbamillart a perdu son fils unique, qui s’étoit acquis une estime universelle par ses bonnes qualités. Je lui en ai fait mes complimens.
Le a 6 novembre 1716, M. le duc d’Orléans, régent, m’a nommé conseiller d’état ordinaire sur la démission volontaire de M. de Bâville, intendant de Languedoc; et M. de Courson, intendant de Bordeaux, son fils, a été nommé à ma place. J’étois le premier montant à la place d’ordinaire.
Nicolas-Josepli Foucault, mon petit-fils2, a été mis au collège des Jésuites le. . décembre 1716, avec un préfet et un valet de chambre, et a été mis en septième.
M. le chancelier Voisin étant mort le 1er février 1717, MM. les conseillers d’état en corps ont été lui jeter de l’eau bénite, le 3 février, ainsi qu’il s’est pratiqué en semblables occasions. Ils s’assemblèrent chez M. de Mariiiac, doyen, à quatre heures après midi.
Le 1 8 mai 1717, le feu a pris à la maison de M. d’Avaray, à Soleure, à quatre heures après minuit. Elle a été consumée, et tout ce qui étoit dedans réduit en cendres en deux heures , n’y ayant eu que les personnes sauvées, la plupart des domestiques par les fenêtres, et beaucoup ont sauté dans les fossés; un secrétaire et le chef de cui-
‘ On appelle ainsi, dans le langage ’ Ce petit-fils de Foucault mourut eu usuel de 1a numismatique , les médailles 1757 , conseiller au parlement de Paris,
romaines impériales en bronsc , de grand , ( Voy. La Cliesnaye- Desbois. à l'article
de moyeu et de petit module. Foucault)
sine fort blessés. C'étoit une maison de bois, desséchée par le feu du temps des précédées ambassadeurs, et surtout pendant quatre jours que M. d'Avaray avoit donné à manger à quatre cents personnes. La ville de Soleurc a couru grand risque. M. d’Avaray fil venir du canon du château pour abattre la maison voisine de la sienne et qui communiquoil à celles de la ville. Tous les papiers ont été brûlés. J’avois prêté à M. d’Avaray plusieurs volumes manuscrits, reliés en maroquin, concernant les affaires des cantons, qui ont eu le même sort1.
1 Les Mémoires renferment la lettre suivante de madame d'Avaray à son frère, relativement a l’incendie de Solcure :
• A Soleore, c« 10 mi 1717»
« 11 nous vient d’arriver, mon cher frère, « un cruel accident. Le feu a pris à la mai* « son que nous occupions, et en moins de « deux heures l'a consumée et réduite en « cendres, sans que nous ayons pu sauver
• que nos personne*. La plus grande partie
• de nos domestiques se sont sauvés par
• des échelles, et beaucoup ont sauté dans
• les fossés. Nous avons un secrétaire et un « chef de cuisine fort blessés , et l'on ne sait
• pas encore ce qui arrivera du dernier.
■ Le feu a commencé à prendre à quaire
• heures du malin; s il avoit pris deux
■ heures plus lot , personne ne s’en seroit « sauvé. On ne peut découvrir la cause de
• cet embrasement , et ce qui paroit de plus
• vraisemblable, c'est que quelque poutre
• qui donnoit auprès des cheminées aura
■ commencé à brûler le jour de la fête où
• nous avions trois cent* personnes à man-
■ ger, et ou par conséquent le feu des cui-
■ sines et autres lieux avoit été plus grand
■ qu'à l’ordinaire, et que le feu s'est con-
• servé jusque» au moment qu’il a paru,
• qui étoil avant hier matin. Toute notre
• vaisselle d'argent sans exception, tous
• nos meubles, linges, batterie, etc. a été « consumé sans qu'on y ait pu apporter « aucun remède. La crainte d'une pareille
■ aventure nous tenoit dans une inquié-
• tude continuelle par la construction de
■ la maison qui étoit faite de bois, do la
• cave jusques au grenier, et d’un bois sec « comme des allumettes. Nous faisions cha-
■ que jour faire une visite exacte partout «quand tout le monde cloit couché, et, si « toutes les précautions qu'on peut pren-
• dre dans de pareils cas pouvoient ernpé* « cher le feu , nous pouvions espérer nous
• en sauver, mais notre mauvaise fortune «l’a emporté sur toute la prudence hu- « maine. La ville a couru grand risque, et
■ c'est ce qui a donné le plus d’inquiétude à
• M. d'Avaray ; et sans le canon qu’il fit e amener et pointer contre le coin d'un
• corps de logis et qui l'aballil , le feu alloit
■ communiquer aux écuries cl de là à la a moitié de la ville. Le couvent des Cor- « deliers qui tient à la maison a beaucoup
• sou 11 cri, et le feu y a pris trois fois; enfin « à force de secours et de travail il est hors a de péril. On est occupé à présent à cher* « cher dans les ruines ce qui pourra rester
• de vaisselle d'argent. Le feu est encore a si ardent dans ces décombres, malgré a toute l'eau qu’on y jette, qu’on a peine a à y travailler. Tout ce qu'on trouve de
J'ai été annoncer ce malheur à M. le duc d'Orléans, qui m'en parut fort touché. 11 me dit que c’étoit l'affaire du roi et qu’il pourvoiroit à l’indemnité de M. d'Avaray. Cette indemnité a été négociée pendant bien du temps, ayant sollicité M. le maréchal d’Huxelles, chef du conseil des affaires étrangères, de presser M. le régent, comme je faisois tous les jours de ma part, de régler et ordonner cette indemnité. Enfin je trouvai le moment de décision. S. A. R. me demanda à quoi pouvoit bien monter la perle qu’avoit faite M. d’Avaray. Je lui dis qu’il en avoit envoyé le mémoire et qu’elle passoit i5o,oooH. 11
• vaisselle est non -seulement fondu , mais
• brûlé et en petits morceaux tous dis*
• persés dans les raines , en sorte qne si ' nous sauvons la moitié du poids c'est
• beaucoup. Toute la secrétairerie et par « conséquent tous les papiers sont brûlés. « Nous sommes , à l'heure qu'il est , dans « une maison de campagne qu'on nous a « prêtée aussi bien que tout ce qu’il nous « faut pour vivre, ne nous étant pas resté
• une cuillère ni une serviette. Nous avons
• seulement sauvé quelques morceaux de « meubles qu'on a jetés par les fenêtres et
• qui sont tout rompus et gâtés, et de tous
• les meubles que vous nous avex vu nche- « ter et emporter il ne nous reste que le lit
• de velours et quatre pièces de la tapisse*
• sérié de M. de Beauvilliers. Nous avions
• fait faire un dais de velours avec des ga- « Ions d’or, des portières , rideaux de fenêtres, et meublé tout un grand apparte- « ment; on n'en a pu rien sauver que ce
• que je vous marque , avec le lit où je cou- «che. Enfin le malheur est complet Je
• vous prie seulement, mon cher frère, de « ne vous en point chagriner. J’ai essuyé «de plus grands malheurs, et je me sens « assez de force pour supporter même « celui-ci. M. d’Avaray n’est point sorti de ■ son sang-froid et n'a point quitté pendant
■ que le feu a duré, non pas pour sauver
■ ce qui lui appartenoit, cor il étoit impossible, mais pour empêcher que le mal-
■ heur ne devint encore plus grand en
• brûlant la ville. 11 se porte. Dieu merci,
■ fort bien ; pour moi , je suis un peu abat*
• tue, mais cependant pleine de courage.
• Je vous invite à en prendre de votre côté,
• et de vous consoler comme nous d’un « mal sans remède et auquel nous n’avons
• contribué en rien.
• Madame a fait l’honneur d’écrire à
• M. d’Avaray en faveur de madame de
• Rcding, fille de madame de Rastevaux. 11
• n’avoit pas attendu cette recommanda-
• tion pour lui offrir tout ce qui dépendoit
• de lui. Elle est ici chez la tante de défunt
• son mari qui en a tous les soins imagi-
■ nables, et à cet égard madame sa mère
• peut ê:re persuadée que rien ne lui man-
■ quera. Quant à la charge de chancelier
• de Turgovic qu'avoil M. de Rcding, dès
■ le moment qu’on a appris sa mort, sa
• famille a demandé sa charge pour le
■ frère du défunt. M. d’Avaray y a joint « ses sollicitations , et, par les réponses que
■ la plus grande partie des cantons ont
■ déjà faites, il y a grande apparence qu'elle « sera conservée à sa famille. Quant à l’as-
• 5 u rance d'une pension en faveur de sa
m’en prut étonné, mais je ne lui donnai pas le temps de se persuader qu’elle ne montoit ps k celte somme. Je continuai en l’assurant que M. d’Avaray n’éloit pas capble d’en imposer à S. A. R. surtout dans une affaire où il s’agissoit d’un intérêt pécuniaire, et que j’etois assuré qu’il auroit plutôt diminué sa perte qu’il ne l'auroit enflée, ce que je lui dis avec action, et enfin il me dit : • Eh bien! puis- • qu’il a perdu la valeur de 1 5o,oooH, il est juste qu’il soit indemnisé « de toule sa perte; je lui accorde 1 5o,oooH. » Je lui demandai s’il trouveroit bon que j’allasse porter cet ordre à M. le maréchal d’Huxellcs; il me répondit qu’il le vouloit bien, et sur-le-champ j’allai trouver M. le maréchal, auquel je fis connoîtrc les intentions de S. A. R. 11 me parut surpris des i5o,ooott, et me dit que l’avis de tout le conseil avoit été de ne donner que 1 oo,ooott. Je le priai de ne se point opposer à la justice que M. le régent rendoit à M. d’Avaray, qui avoit en effet' perdu la valeur de i5o,ooott; il me promit de le faire. M. Péquet, secrétaire du conseil des affaires étrangères, et qui y a tout crédit, me parut aussi surpris que M. le maréchal d'Huxelles des 1 5o,ooott; mais, comme il est de mes amis, il me promit d’expédier incessamment l’ordre pour ne pas donner le temps à un changement; mais il survint une difficulté qui étoit de savoir si ce payement seroit fait à Paris ou à Soleure. Il n’y avoit pas lieu d’espérer de toucher de l’argent à Paris, mais seulement d'avoir des assignations et peut-être des billets d’état sur lesquels il y avoit plus de moitié k perdre, et c’étoit des fonds qui auroient été réduits à peu de chose et dont le payement auroit été porté à des temps infinis. Je trouvai.
«veuve par celui qui aura sa charge, il
• seroit un peu tard de s’en aviser, puisque
• la chose est accordée par le plus grand
■ nombre et que l’on n’y peut plus appor-
■ 1er de condition; d’ailleurs les appointe- « mens en sont très-petits, et il ne m’a pas
• paru , dans les conversations que j’ai eu
• avec madame de l\ediug, qu’elle songeoit
• en nulle façon à demander une pension
• à M. son beau-frère. Voilà, mon cher
«frère, tout ce que je puis vous dire sur « ce fait. Vous ferez fort grand plaisir à mon • [mari] d'assurer madame de Rastevaux «qu’il aura grande attention àja recoin « mandation de Madame et à la sienne en « particulier, et qu'il rendra en toutes oc- « casions à madame sa fille tous les services «qui dépendront de lui.
■ Je vous embrasse , mon cher frère, de « tout mon ctrur. ■
le soir, M. le duc d’Oriéans ches Madame, que je suppliai de le remercier de la gracieuse justice qu’il vcnoit de rendre à M. d’Avaray, ce quelle fit de la meilleure grâce du monde. Enfin je suppliai M. le régent de permettre à M. d’Avaray de prendre sur les fonds qui sont à Soleure son indemnité, ce qu’il avoit proposé par une de ses lettres. Il voulut en conférer avec Law1 et nous faire passer par ses mains, mais j’insistai à demander l'assignation sur les fonds de Soleure, attendu la nécessité de pourvoir incessamment à cette indemnité , [ajoutant que] M. d’Avaray n’est pas en état de pouvoir subsister à Soleure, s’il n’y étoit pourvu, et que personne ne se plaindroit et même ne soulTriroit de cette distraction d’emploi du fonds qui est à Soleure. Enfin il me l’accorda. Nouvelle difficulté survint sur le change. M. Péquet vouloit bien expédier la permission à M. d’Avaray de prendre du fonds à Soleure, mais il vouloit y joindre une ordonnance pour faire remplacer ce fonds, et, comme le roi avoit déjà payé le change de celui qui étoit à Soleure, il auroit fallu que le roi l’eut payé une seconde fois en permettant à M. d’Avaray de prendre son argent à Soleure sans en payer le change, ce qui m’obligea d’en parler de nouveau à M. le régent, qui se rendit à mes instances, et consentit que M. d’Avaray ne payât point de change. J’allai le dire sur-le-champ à M. le maréchal et à M. Péquet; celui-ci, pour me faire plaisir, me dit que M. le maréchal n’avoit qu’à prendre l’ordre de M. le régent, et que, sans faire de remontrances, il l’expédieroit , ce qui fut exécuté. M. le maréchal parla, dès le jour même, à M. le régent, et l’ordre fut expédié le même jour et envoyé le lendemain à M. d’Avaray, qui a, par ce moyen, touché en argent comptant plus de a5,ooo écus plus qu’il n’espéroit, le change montant à près de 1 7,000 H, sans compter ce qu’il auroit perdu si son indemnité avoit été assignée sur des fonds de Paris. C’est ainsi que finit heureusement cette malheureuse affaire. M. et M“* d’Avaray m’ont paru très-reconnoissans des soins que j’ai pris pour la faire réussir. La vérité est que le succès en est dû aux jointures dont j’ai su profiter.
1 Le manuscrit porte Lots, suivant U prononciation écossaise de ce nom.
Le 5 décembre 1717, M. Baudouin, conseiller de la grande chambre, mon cousin germain, est décédé à Atbys1. — (Vid. le mémoire.)
Le a 8 janvier 1718, M. le régent a ôté les sceaux à M. d’Aguesseau et les a donnés k M. d’Argenson, lieutenant de police, avec le détail des finances, à la place de M. le duc de Noailles. M. d’Aguesseau a eu ordre de se retirer dans sa terre de Fresne. Je lui ai fait mon compliment le 6 février 1718.
Le a février5, les ambassadeurs des princes étrangers ayant été
1 La pièce suivante , relative à la mort de M. Baudouin, est annexée aux Mémoires.
■ A Athvi, U & «Ncvtnbr* 17*7.
• Monsieur,
■ Pénétré de la plus vive douleur, je
• prends la liberté de vous iivormer de
• l«i perto que nous venons de faire dans
• ce moment de mon pauvre oncle. Il avoit
• eu deux ou trois attaques, mais peu corn « sidéra blés et de peu de durée, d’un mal
• de poitrine qu’il ne croyoit qu’un rhu-
■ malismr. Ses douleurs lui ont repris sur
■ les deux heures du matin plus vivement « et sans relâche. Il avoit pris dès avant-
• hier la résolution de s’en aller aujourd'hui k Paris, et il avoit fait partir ce « matin tout son liagage avec madame Par-
• menlicr, son mari y étant allé hier après
• midi pour avertir M. Helvétius. Comme
• il s'habilloit sur les neuf heures et demie
• du matin pour monter en carrosse, il lui
• a pris une foi blesse dont il est mort entre
• nos bras , presque dans un instant. Ju- « gcz, monsieur, de l’excès de ma douleur » et de l’embarras ou je me trouve ne sa* «chant que faire. J’aurois grand besoin
• de votre secours pour décider de toutes
« choses. Je crois qu'il seroit à propos que « vous eussiez la bonté d’envoyer quelqu’un « au logis, à la réception de la présente, « pour faire tout fermer et vous remettre « les clefs de l'appartement de mon pauvre
■ oncle après qu’on y aura enfermé tout ce « qu’on a emporté à Paris , entre autres sa
■ vaisselle d’argent, d’autant plus que la > Parmentier et son mari sont actuellement
• à Paris, où j'envoie le carrosse. M. le « vicaire écrit â M. le prieur qui est à Paris, « à cause de la mort de son père , pour s'en « revenir, vu que l’on croit qu'il a ses der- « niéres volontés,
• Je ne sais de quel côté me tourner.
• Honorez-moi, je vous en conjure, d’un
• mol de réponse et de vos bons avis.
«Trouvei bon que j’assure ici ma- « dame Foucault de mes très-humbles res- « pects.
«J’ai l'honneur détre irès-respeciueu- «scment. Monsieur, votre très-humble et « très-obéissant serviteur,
* De la Brosse. »
* Celle date est fausse; c'est le a 8 février que la fêle eut lieu , comme l'établit le Journal de Dangeau , à la date (t. XVII , p. a53).
invités par madame ia duchesse de Berry à une fête qu’elle donnoit au palais d’Orléans d’une manière qu’ils prétendirent ne leur pas convenir, ils n’y vinrent point. Mon lils fut au concert et crut pouvoir être du souper comme introducteur*. Madame de Berry le trouva mauvais, sur le rapport qui lui en fut fait par M. de Saumery, premier maître d’hôtel, qui s’acquitta de sa commission avec peu de ménagement. Mon (ils ne garda pas aussi le respect qu'il devoit à la princesse et fut envoyé à la Bastille, où il a resté [dis jours]. M. le duc d’Orléans me fit l’honneur d’entrer dans ma peiue, madame la duchesse de Berry et Madame.
1 Les Mémoires conlicnneni le document suivant, qui tend à justifier Magny dans sa prétention d étre admis au souper de la duchesse de Berry. Cette pièce n’est pas écrite de la main de Foucault.
• i* Madame la duchesse de Berry a eu
• la bonté de dire À M. de Magny do venir
■ à son concert ; or, tous ceux qui étoient
• admis au concert devant y souper, il a « eu lieu de croire que l’un éloit la suite
■ de l’autre, quoiqu'il ne fut pas sur la
• liste donnée à M. de Saumery.
« a" Etant introducteur des ambassa-
• clours auprès d’elle comme auprès du
• roi. et par conséquent officier de sa
• maison comme de celle du roi, il aurait
< cru pouvoir et mémo devoir en cette qualité rester à souper chez elle, ainsi que «les autres officiers de sa maison, sans « être nommé, le jour d'une fête aussi pu
• blique.
« 3° Au fond » il n’y est resté que pour le « bien du service, parce qu'il s’y est cru.né-
• cessaire pour faire entrer les étrangers de « distinction et empêcher en même temps « que sous ce prétexte il ne s'y glissât des
• inconnus et gens peu convenables, en
< sorte qu’il alla plusieurs fois lui- même à
■ la barrière où il avoit, de concert avec « M. le marquis de la Bochefoucault, mis « un homme qui connoissoit les étrangers « et qui lui reudoit compte de ceux qui se
• présenloient. Il n’a eu en vue que le bon
• ordre, la dignité de madame la duchesse
• de Berry et la satisfaction des étrangers;
■ colin il en a agi chez elle comme il en
• aurait agi ebex le roi.
• 4* H est en droit et en possession par
■ sa charge de manger aux sacres . cou-
■ ronnemens des rois , dans la même salle
■ où mange le roi et è la même table où
• sont assis les ambassadeurs, et l'on peut
• remarquer qu'à toutes les fêles et céré-
• montes les plus authentiques il a sa place
• marquée sur le banc des ambassadeurs.