‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 78 sur 115 · LA VRILLIÈRE · texte numérisé non relu

LA VRILLIÈRE

Réponse à la lettré de M. de la Vrillière, qu’il m’a écrite le 3 mars f 7/8, au sujet de F affaire pour laquelle mon fils a été mis à la Bastille.

Du 4 mars 1716.

J’ai été si persuadé, Monsieur, que vous auriex la bonté de me plaindre dans l’occasion de ce qui vient d’arriver a mon (ils, que j’allai hier matin chez vous dans la confiance de trouver dans l'amitié dont vous m’honorez depuis si longtemps la consolation dont j’avois besoin. Votre lettre. Monsieur, que je trouvai à mon retour chez moi, m’a fait voir que je ne m'étois pas trompé et a fort adouci mes peines. Ce que

«pairs ecclésiastiques, à laquelle M. le

• chancelier mangea et le comte de Brulon, « introducteur des ambassadeur». Le chan- «celier se plaça au-dessous des ambassa-

• deurs. Il avoil prétendu être assis avant

• l'ambassadeur de Savoie, mais il fut placé

• au-dessous de lui. Us éloient à table en

• cet ordre : le nonce étoil d’un côté,

• l’ambassadeur de Portugal étoil de l’au- « tre, l’ambassadeur de Venise et celui de « Savoie éloient placés de même. Le cban-

• celier et l’introducteur des ambassadeurs

• éloient placés via-à-vis l’un de l’autre. »

1 Bien que la lettre de M. de la Vrillière soit autographe dans le manuscrit, la date n’en est pas moins inexacte, et c’est sans doute ce qui a fait commettre à Foucault des inexactitudes analogues.

C’est le 3 mars que M. de la Vrillière a voulu dire. Le Journal de Dangeau (I. XVII, p. a57) constate que Magny fut mis le a mars à la Bastille. Foucault, dans le brouillon de la réponse qu’il fit à la Vrilliére, indique cette lettre comme étant du 3 mars. (Voyet ci-dessus , et la note a de la page 38a.)

M. le régent m’a fait l'honneur de me dire que l’on imputoit à mon fils m’a paru si éloigné de toute vraisemblance , que j’ai pris la liberté de dire à S. A. R. que, s’il avoit été capable d’une pareille extravagance, c’étoit aux Petites-Maisons et non à la Bastille qu'il aurait fallu l’envoyer. J’espère, Monsieur, que vous voudrez bien l’honorer de votre protection pour abréger le temps de sa prison. Je vous en supplie très-humblement, et d’ètre bien persuadé de ma vive reconnoissance et du très-parfait respect avec lequel, je suis, Monsieur, votre, etc.

Le a mars 1718, mon fils a reçu un ordre du roi de se rendre à la Bastille pour avoir manqué de respect à madame la duchesse de Berry. Je l’y ai conduit moi-même. On lui a fait tenir des discours hors de vraisemblance à M. de Saumery, dans le bal que madame de Berry a donné au Luxembourg la nuit du lundi gras.

Le 3, j’ai été au Palais-Royal, où je me suis présenté à M. le duc d’Orléans, et, ayant supplié S. A. R. de vouloir bien me marquer les sujets de la disgrâce de mon fils, il m’a dit qu’il avoit manqué de respect d’une manière outrée à madame la duchesse de Berry; à quoi j’ai répondu que j etois fort soulagé d’apprendre le sujet de la colère de madame de Berry, ce que l’on avoit fait dire A mon fils étant contre toute vraisemblance , et que , si S. A. R. l’avoit cru coupable d’un pareil oubli, il falloit l’envoyer aux Petites-Maisons et non pas à la Bastille. Il m'a dit qu’il me plaignoit fort, ainsi que faisoient S. A. R. Madame et madame de Berry. J’ai été ensuite chez Madame et ensuite chez madame de Berry, qui m’ont dit la même chose.

Mon fils a demeuré à la Bastille jusques au 12 mars, qu’ayant été chez M. le duc d’Orléans pour recevoir des ordres sur le sujet de mon fils, il m'a dit qu’il alloit donner ordre à M. de la Vrillière d’expédier l’ordre pour le faire sortir de la Bastille, ce qui a été fait sur-le-champ, et qu’il avoit différé de le faire jusques à ce qu’il m’eût vu, pour me dire que madame de Berry exigeoit qu’il ne fit point chez le roi les fonctions de sa charge, ne pouvant pas les faire chez elle, et qu’il

pouvoit aller passer un mois à la campagne, après lequel madame de Berry pourrait s’adoucir. S. A. R. a bien voulu même que mon fils lui fit la révérence, et lui a dit, lorsqu’il s’est présenté devant lui, qu’il éloit persuadé qu’il n’avoit pas eu mauvaise volonté.

J'ai été ensuite chez Madame, qui lui a fait une correction sage et affectueuse. Elle m’a dit, après qu’il a été sorti , que madame de Berry ne souliaitoit pas de le voir, sa vue ne pouvant que lui faire peine, et confusion à mon fils, mais qu’elle serait bien aise de me voir. J’ai été lui rendre mes devoirs, qu’elle a reçus très-gracieusement, en me répétant ce qu’elle m’avoit dit à ma première visite, quelle me plaignoit fort.

Je suis convenu avec M. le duc d'Orléans que mon fils se déferait [de] sa charge dans quelque temps, mais que cela se ferait de manière que le public ne pilt pas croire que ce fût par ordre.

Mon fils, ayant été rappelé de l’intendance de Caen en 17061, est venu servir au conseil, où il a fait avec succès le rapport de plusieurs affaires; mais, s'étant dégoûté de ce travail et croyant qu’une charge dans la maison du roi serait plus convenable à son inclination, il a vendu sa charge de maître des requêtes et m’engagea k demander pour lui au roi l’agrément de la charge d’introducteur des ambassadeurs dont étoit pourvu M. le baron de Breteuil. Le roi, auquel madame de Maintenon avoit donné de mauvaises impressions de l’esprit de mon fils, parce qu’il avoit condamné aux galères le nommé Le Mercier, commissaire de marine , pour vols et malversations dans son emploi, me marqua qu’il appréhendoit que mon fils ne remplit pas bien les devoirs de cette charge, ayant reçu des plaintes de sa conduite; et sur les représentations un peu vives que je fis k Sa Majesté que mon fils ne s’étoit peut-être attiré les mauvais offices qu’on lui avoit rendus auprès de Sa Majesté que pour avoir trop bien fait son devoir, et le roi ayant connu que j’étois vivement touché de ce refus, il me dit qu’il verroit, et, étant entré au conseil, il dit à M. de Pont-

1 Encore une erreur de date. C'est en tendance de Caen. (Voycr notre intro- •eptembre 1709 que Magny perdit l'in- duction.)

chartrain que je lui avois demandé cet agrément, mais qu’il n'avoit pas voulu me le refuser absolument pour ne me pas mortifier, mais qu’il le chargeoit de me dire que je lui ferois plaisir de ne pas insister à lui demander cet agrément. Mon fds est demeuré sans charge jusques à la mort du roi, et peu de temps après son décès il a repris les erremens du traité qu’il avoit fait avec M. de Breteuil, moyennant 260, ooo", et en a obtenu l’agrément de M. le duc d’Orléans, régent; mais, ayant voulu étendre les droits de cette charge plus qu'il ne lui appartenoit chez madame la duchesse de Berry, il s’échappa en discours peu respecleux qui lui attirèrent un ordre de se rendre à la Bastille, où je le conduisis moi-même. Il y demeura pendant [dix jours], et n’en fut pas plutôt sorti qu’il fut accusé d’être entré dans une conspiration contre M. le duc d’Orléans, formée par le prince de Cellamare, ambassadeur d’Espagne; mais il ne s’est point trouvé de preuves contre lui. Cependant, comme il avoitdonné de l’argent et un cheval à l’abbé Brigaull’, convaincu d’avoir été dépositaire des actes de la conspiration, M. de Magny. qui d'ailleurs étoit lié depuis beaucoup d’années d’amitié et en commerce de plaisir avec M. Brigault, appréhendoit d’être remis à la Bastille et prit le parti de se tenir caché à Paris , où appréhendant enfin que le lieu de sa retraite ne fût découvert, il crut qu’il n’y auroit pas de sûreté pour lui dans le royaume, et passa en Italie, d’où il a passé dans les Pays-Bas et depuis en Espagne, où il étoit encore au mois de juillet 1720.

[Dans] la crainte que j’ai eue qu’étant sorti du royaume sans permission du roi, sa charge ne fût confisquée, je me suis adressé à S. A. R. Madame pour en demander le don pour moi à monseigneur le duc d'Orléans , ce qu’il m’a accordé et a voulu que j’en traitasse avec M. Raymond1, ce que j’ai fait moyennant 220,000*; mais je n’ai

' Sur le rôle de l'abbé Brigault et de Magny lui-même dent la conspiration de Cellamare, voy. Mémoires de M*' de Staal, dans la Collection Michaud, 3' série, t. X, p. 710-713; et Mémoire! de Saint-

Simon, dans l'édition in- la donnée par M. Chéruel, I. X, p. 5, et t. XI, p. 53.

1 t M. Foucault, conseiller d'état et • chef du conseil de Madame, a obtenu la < permission de vendre la charge d'intro-

pas voulu profiter du prix de cette charge, et j’ai demandé qu’il fût employé à payer les créanciers de mon fils et que le surplus fût employé au remplacement des deniers dotaux de madame de Magny, ce qui a été ordonné par un arrêt du conseil1. Le prix de cette charge a été payé par M. Raymond en billets de banque.

Depuis ce temps, mon fils a séjourné pendant plusieurs mois à Rome et a passé en Espagne.

Le curé de Saint-Victor près Orléans ayant été accusé d'avoir écrit une lettre à M. le régent au nom de M. l’évêque d’Orléans, par laquelle il l’exhortoit de finir l’affaire de la Constitution en obligeant M. le cardinal de Noailles et ses adhérens de la recevoir purement et sim-

■ ducleur des ambassadeurs qu’a M. de Ma-

■ guv, son fils, qui est en fuite. » (Journal dâ Dangeau, i4 décembre 1718.)

1 L'arrêt du conseil qui autorise la vente de la charge est annexé aux Mémoires.

En voici les termes :

h Le Roi ayant eu lieu d’être peu salis- «fait de la conduite du sieur de Magny « dans l’exercice de la charge de conduc-

■ teur des ambassadeurs dont Sa Majesté

■ l’avoil pourvu, elle lui auroil ordonné, «dès le commencement de l’année der- « nière , de s’en démettre et permis d’en « tirer récompense , depuis lequel temps « dix mois s’étant écoulés sans qu’il *e soit « mis en devoir d'y obéir, l’importance de « cette charge auroit dès lors porté Sa Ma- «jesté à donner les ordres nécessaires au «bien de son service, si la considération «de ceux du sieur Foucault, son père, « conseiller ordinaire en son conseil d'état, « n'a voit pas suspendu sur cela ses résolu-

• lions; mais elle auroil depuis été infor- « niée que ledit sieur de Magny, oubliant « l’obligation du serment qu’il a prêté en

• entrant dans cette charge, est sorti de son « royaume depuis plus de six mois sans

• sa permission , et auroit par conséquent

• encouru le» peines portées par ses ordon- «nances, suivant lesquelles sadile charge « «croit devenue vacante et impélrable; « et quoique Sa Majesté fût en droit d’en « disposer pleinement et sans aucune ré- « compense , elle a bien voulu néanmoins,

• par un nouvel effet de sa bonté . en con-

• server le prix è sa famille et à ses créan- « ciors , cl pour cet effet auroit permis

• audit sieur Foucault de traiter de ladite « charge avec le sieur Raymond , auquel Sa

• Majesté en auroit accordé l'agrément ; cl

• Sa Majesté voulant expliquer sur cela ses « intention» :

• Sa Majesté étant en son conseil , de l'avis «de M. le duc d’Orléans, régent, agréant « cl autorisant les conventions qui seront « faites entre ledit sieur Foucault cl ledit

• sieur Raymond , a ordonné cl ordonne

• qu'en vertu du présent arrêt, et sans

• qu’il soit besoin d’autre titre, toutes pro-

• visions seront expédiées en faveur dudit

• sieur Raymond de ladite charge de con-

• ducteur des ambassadeurs , en rapportant

• une quittance de la consignation qui sera « par lui faite ès mainsdu sieur La ideguive.

plement et sans modification ni restriction, et employé même dans cette lettre des termes menaçans, le roi a commis M. de Machault, lieutenant de police , pour instruire le procès à ce curé , à la requête de M. Moreau, procureur de Sa Majesté au Châtelet, et des commissaires du conseil pour le juger à la chambre de l'Arsenal, savoir : quatre conseillers d'état, M. de Caumartin président, et neuf maîtres des requêtes pour le juger. M. de Machault a instruit le procès et a entendu quatre experts qui ont jugé la lettre écrite de la main du curé. Leurs dépositions ont été contextes; mais, ce curé ayant prétendu que son écriture avoit été imitée et qu’il avoit des témoins qui découvriroient l’auteur de cette fausseté , il a été reçu à la preuve de ses faits justificatifs, par jugement en dernier ressort, le 2 septembre 1718'.

• notaire au Châtelet de Paris , que Sa

• Majesté a pour ce commis, de ta somme

■ qui sera convenue entre ledit sieur Fou-

■ cault cl ledit sieur Raymond , pour ladite

• somme être employée par ledit sieur

• Laideguive, en présence et de l’avis du*

• dit sieur Foucault, savoir.cn premier lieu « et par préférence , au payement de ce qui

■ reste du par ledit sieur de Magny du prix «de ladite charge, puis au payement des

• créanciers qui lui ont prêté leurs deniers «pour le payement de partie dudit prix, « et le surplus au payement de ses autres «créanciers, si aucuns y a, et des reprises

■ et conventions de la dame de Magny, son « épouse , à tous lesquels créanciers ledit

• sieur Raymond sera et demeurera su* «brogé pour plus grande sûreté de son

• acquisition. >

Cet arrêt n’est pas daté, mais le Journal de Dangeau, du 10 mars 1719, place ce jour- là l’agrément accordé à Raymond pour la charge de Magny ; il en fixe le prix à a5o, 000H.au lieu de 2 2 0,000 indiquées

par Foucault. Voyez, dans l'addition de Saint-Simon à la même date, un portrait peu flatté de Raymond. Ce fut Law qui fournil à Raymond l'argent nécessaire pour cette acquisition. { Journal de Dangeau, 9 et 11 juin 1719 )

' Les Mémoires ont conservé la lettre de convocation adressée à Foucault pour la séance du 2 septembre.

•Zi «oit 1718.

« Monsieur,

« Monsieur de Caumartin ma ordonné « de vous avertir qu’il y aura , vendredi «prochain 2 septembre, assemblée à la « chambre de l’Arsenal , et qu’il s’y rendra

• à sept heures précises du matin. Prenez

■ la peine de vous y trouver en robe et « bonnet.

■ Je suis avec respect , Monsieur, votre

■ Irès-humble et très-obéissant serviteur,

• Delaaüelle,

• lllUllW •• COBMÎl. •

• M. Foucault , concilier d’état ordinaire ,

«rue Neuve* Saiot -Paul.»

Le curé de Saint-Victor étant mort k la Bastille, M. le régent a donné des lettres de grâce au sieur Massault qui avoit déclaré être auteur de la lettre en question, qui ont été entérinées à la chambre de l’Arsenal le a 5 avril 1 7 1 9 '.

M. Ferrand, maître des requêtes et du conseil de la marine , ayant été nommé conseiller d’état, auroit bien souhaité conserver sa place dans le conseil de la marine, qui lui produisoit 1 0,000 d’appointemens, M. le comte de Toulouse, amiral de France, le désirant extrêmement et monseigneur le duc d’Orléans, régent, [ayant] marqué qu’il le désirait; mais M. Le Pelletier, doyen du conseil, m’étant venu voir pour me dire que MM. les conseillers d’état étoient résolus de faire des remontrances à M. le régent, et que M. Ferrand sera regardé de mauvais œil dans le conseil s'il ne renonce au conseil de marine où il faudrait qu’il prit séance apres M. de Coëtlogon, je me suis chargé de voir M. Ferrand et de lui faire connoître les dispositions de MM. ses confrères; ce qu’ayant fait, il m’a dit qu’il irait trouver M. le comte de Toulouse et le prierait de lui permettre de satisfaire MM. ses confrères et de se mettre en état de vivre agréablement avec eux; c’est ce qu’il [a] exécuté, et a fait agréer sa résolution à M. le comte de Toulouse. 11 est venu me le dire, et j’en ai rendu compte à M. le doyen, qui en a informé MM. nos confrères. C’est ainsi qu’a

1 Foucault commet probablement une légère erreur de date; c’est le 28 avril qu’eut lieu cct entérinement, ainsi que le prouve la lettre de convocation insérée aux Mémoires :

• Cv 16 avril 1719.

■ Monsieur,

• Monsieur de Caumartin m’ordonne de « vous avertir qu’il y aura assemblée à In ■ chambre de T Arsenal, vendredi prochain « 28 du présent mois, huit heures précises

» du matin. Prenez la peine de vous y

■ trouver en robe et bonnet.

« M. le président sera en place à huit • heures précises.

• Je suis avec respect,

* Monsieur,

• Votre très-humble et très-obiéssant ■ serviteur,

« Delaroeli.e ,

• huîtriar •« nbmII, •

■ M. Foucault , conseiller d*éUt ordinaire .

* rue Ncuve-Saint-Paol. »

lini cet incident, arrivé le i4 novembre 17 19; MM. de Saint-Contesl et de la Houssaye lui en avoient donné l’exemple.

Le 4 décembre, le mariage de la fille aînée de madame d’Avaray, ma sœur, a été célébré dans la chapelle de ma maison, par la permission de M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, et avec dispense à cause du temp de l’Avcnt, avec M. le baron de Boille, gentilhomme du Béarn. Comme on n’avoit pas de preuve qu'il eût été baptisé, le baptême a été renouvelé sous condition par M. le curé de Saint-Paul. Le mariage a été consommé elles moi. Ma nièce avoit fait vœu de chasteté, et l’on a été obligé d’envoyer à Rome pour l’en faire relever. Ce mariage a été fait cher, moi par l’absence de M. d’Avaray, ambassadeur en Suisse.

APPENDICE

Page 1