RELATIVES AD MEME SDJET
Il n'est personne, tant soit peu versé dans la numismatique , qui ne sache à combien de titres les monnaies de Caulonia se recommandent à l’intérêt des antiquaires. Ces monnaies sont
du petit nombre de celles qui
1 Ce mémoire, lu le mars i83a , a nécessairement perdu, par le fait d’une publication tardive , une partie de ce qu’il pouvait avoir de neuf à cette époque. C'est une observation qu’il doit m'ètrc permis de faire, sinon pour revendiquer un éloge* du moins pour repousser un reproche, car quelques - unes des idées qui sont exposées dans ce mémoire se rencontrent dans des livres publiés dans cet intervalle de huit années, et si je ne conteste 4 personne le mérite d’avoir eu ces idées en
appartiennent indubitablement
même temps que moi , j’ai k craindre , en les publiant après d'autres, de perdre le seul avantage auquel je prétende, celni de la priorité, qui m’appartient. Heureusement , j’avais été dans le cas d’indiquer en deux endroits de mon Odytsiide, p. a 64 .
note, et p. 356, 4), les principales vues sur lesquelles se fondait mon explication du type des médailles de Caulonia , et mon droit se trouve établi par cette publication même de \'Ody$*iide, qui date de i833.
au premier âge des monuments numismatiques, et qui offrent, dans la fabrique et dans le dessin , tous les caractères du plus ancien style grec. Curieuses sous le rapport paléograpliique, en ce qu’elles nous font connaître plusieurs des éléments de l’alphabet grec sous leur forme primitive, elles nous intéressent encore davantage par leur type même, qui est resté, jusqu’à ce jour, l'une des énigmes de la numismatique ancienne. C’est au sujet de ce type que j'ai à proposer quelques observations nouvelles, fondées principalement sur une médaille de Caulonia, inédite, et, à ce que je crois, unique, qui fut rapportée de la Grande-Grèce par M. le duc de Luynes, et que je possède.
Le progrès opéré dans l’état de la science par les découvertes des trente dernières années permet d'établir aujourd’hui, dans la monnaie de Caulonia , où le docte et judicieux Eckhel ne connaissait encore que deux fabriques et deux modules différents 1 * , trois époques distinctes et trois rnod^s divers , mais sans que le nouveau système , qui résulte de ces trois variétés monétaires, puisse s’étendre au delà de l'époque connue pour celle de la première destruction de Caulonia , par Denys l'Ancien, vers l’an 388 avant notre ère 3 : de sorte
1 Eckhcl, Doctr. Nom. t. I, p. 168-169.
* J’ai réuni ailleurs. Histoire de f Etablissement îles Colonie* grecques, t. 111 , p. 189- 19a , le peu de notions qui nous sont ratées sur l'origine de Caulonia , mais sans m’arrêter aux traditions mythologiques rapportées par Lycophron et aon sooliaote, Alexmdr. v. 998-100/4; cf. Tzete, ad h, L 8dd. M. Etym. w. KXsmjt; Stnphan. Bya.
K*vXûjW«; Salin, a v; traditions dans lesquelles j’avoue qu'il me parait trop difficile de démêler un fond historique, s'il y en a un effectivement, comme l’a cru ré-
cemment un ingénieux antiquaire. Voy.
le Mémoire de M. le duc de Luynes sar les monnaies incases de la Grande-Grèce t article Caulonia, dans les jVoarcUe# Annules de V/nslit. archèoi t, 1 , p. 4 17-4 » 8 . J’ajouterai ici que les monnaies primitives de cette ville, offrant absolument la même fabrique et le même style que celles de C rot o ne, sa métropole, il y a tout lieu de croire que la colonie des Cio toi liâtes qui s'établit à Caulonia suivit à peu de distance la lïmclation de Crotooe elle-même, et, conséquemment, qu'elle ne dut pas s’é*
que cette fabrication, comprise tout entière dans une période d'à peine trois siècles, commence à peu près avec la naissance même de l’art monétaire, et s’arrête précisément à la belle époque de cet art.
loigner beaucoup du commencement du vu* siècle avant notre ère. C’est à peu près vers ce temps que je rapporterais la plupart des médailles primitives qui nous restent de Crolone et de Caulonia. Quant à l’époque où cette dernière ville cessa d’exister, Eckbel ne semble connaître que la destruction opérée par les Campaniens, dans le temps des guerres de Pyrrhus, Pansan. vi , 3, 5, entre les années 280 et 274 avant notre ère; mais antérieurement aux guerres en question , celte ville avait été prise et détruite, au moins en partie, par Denys l’Ancien, en la 4* année de l'olympiade XCVJI (388 avant notre ère), Diodor. Sic. xiv, 106. U est vrai quelle fut rétablie peu d’années après, puisque nous la voyons , en la 4* année de ï olympiade CV, devenir le séjour de Denya le Jeune, qui doit avoir été l’auteur de cette restauration, Diodor. Sic. xvi, 11; cf. Plntarch. in Dion. S xxvi. On peut admettre aussi, comme l’a très-judicieuse* ment supposé un habile antiquaire napolitain , M le prince de San-Giorgio, que ce forent les Locriens, n nique! s avait été concédé le territoire de Caulonia, qui rebâtirent cette ville : rifv iè ir éXi* xaraarpéÿuf, roTc A ex pois rw rôrv K<nA&t»i*r£»
éîatpifcraTO ; Mednglia itafo greca illustra ta dal P. di S. G. p. 3; et celte heureuse conjecture, qui sc trouve d’accord avec mes propres idées, voy. mon Histoirt cri~ tique des Colonies grecques, t. W, p. 191, rendrait compte de l’erreur commise par Étienne de Byzance, qui nomme une ville
de Caulonia parmi" celles des Locriens , r. KxvXmWx • é(TTi x*J 4XX»; Amtpôrv. Quoi, qu’il en soit, il fallait bien que Caulonia n’eût pas cessé tout à fait d'être habitée, même après sa chute sous Denys l’Ancien, puisqu'un de scs citoyens fut proclamé vainqueur du stade, ou la XCIX* olympiade Pausan. vi, 3, 5; Diodor. Sic. XV, i4); d'où il suit qu’il y a plus d’une restriction à faire aux assertions beaucoup trop vagues et trop absolues de Strabon , VI, 26 1 , et de Diodore de Siciclc , XIV, 1 06 . concernant la chute finale de Caulonia.
D’après un passage de Plutarque, dont je suis surpris qu’aucun antiquaire n’ait encore (ait usage, in Fab. Max. S axii, ce serait au temps de la seconde guerre panique, vers l'an 545 de Home, qu’il faudrait placer cet événement ; car les expressions dont sc sert Plutarque : KavX&m/oy, KEF.AF.tN xarà npéro*, ne permettent pas de supposer que cette malheureuse ville ait pu snrvire à ce dernier désastre ; cf.
Heyn. Prolus. A cadet». L 11, p. ao4- 11 est constant, en tout cas, qu'en l'an de Home 543 (20g ans avant notre ère), Caulonia était une des villes de la Grande-Grèce qui avaient pris parti pour Hannibal. Tite-Live parle du siège qu’elle soutint à cette occasion , xxvn , 1 2 ; cf. ibid. i5. Il fallait donc qu après sa destruction par les Campaniens elle eût été rebâtie pour la seconde fois; et cette seconde restauration de Caulonia fut sam doute l’ouvrage des Grotoniates; ce qui expliquerait très-bien aussi comment Caulonia pot passer, dans l’opi-
Les médailles qui se rapportent au premier âge de la monnaie dcCaulonia, et presque delà monnaie grecque, naguère encore assez rares, sont maintenant les plus communes de toutes. Elles font partie de ce système de médailles dites inctues ', qui paraît avoir été exclusivement propre à la Grande-Grèce, ou même à une certaine portion de la Grande-Grèce, c’est à savoir, de ces médailles frappées en creux d’un côté et en relief de l’autre, généralement très-minces, avec un type où règne toute la rigidité conventionnelle de l’ancien style grec, et avec une légende où n'entrent que des lettres de l'ancienne forme hellénique, et non étrusque ou phénicienne, comme on le croyait encore dans le dernier siècle. Toutes celles de Caulonia qui ont pu être observées ou recueillies jusqu’ici sont du plus grand module , celui de tétradrachme. 11 ne nous en. est parvenu qu’une seule, à ma connaissance, qui soit du
nion de quelques auteurs anciens , Scymn.
Ch. V. 3i8; Solin. C. TH; M. Elymol.
v. AéXs ovia, pour une colouie de Crotone, dans le cas où cette tradition ne concernerait pas la première fondation de cette ville par les Crotoniates. Quoi qu'il en soit, à en juger d'après les médailles mêmes qui nous restent de Caulonia, on doit croire que sa fortune ne se releva que faiblement du coup que lui avait porté Denys l'Ancien ; car aucune de ces médailles ne saurait être , à mou avis, réputée d’une époque postérieure k celle dont il s’agit; et Eckhel s’est certainement trompé , en étendant jusqu'au siècle de Pyrrhus , vers l'an 27 A avant notre ère, le cours d'une fabrication qui n'atteignit jamais la belle époque de l’art. Les seules exceptions que l’on put citer aujourd'hui, et qui étaient restées inconnues à Eckhel, sont les deux médailles, l'une en argent, de petit module, l'autre en bronze, «vec le
double type de Caulonia et de Crotone, dont il sera parlé plus bas en détail , et qui appartiennent, suivant toute apparence, k la dernière époque de l’hutoire de Caulonia, à celle de la deuxième colonie crotoniate. J'ai dû rappeler ici le petit nombre défaits historiques qui concernent l'existence de Caulonia, attendu que le précis qui en a été donné tout récemment par M. le duc de Luynes, dans son article sur les monnaies de Caulonia , Nouvelles Annales de l'Institut archéologique, i. I, p. 4 »7*4a6, contient plusieurs inexactitudes assez graves, notamment en ce qui concerne la seconde et la troisième destructions de Caulonia, réunies en une seule, par suite de la confusion des Bruttiens et des C&mpaniens, p. 4a 3.
1 Barthélemy, Essai de paléographie grecque, dans les Mémoires de I Académie,
t XXIV, p. 45.
module de la drachme ; et cette médaille unique , qui sert à remplir une lacune importante dans le système monétaire de Caulonia, et qui l'assimile complètement sous ce rapport à ceux de Posidonia, de Sybaris, de Crotonc et de Métaponte, dont il existe quelques médailles incuses de ce module, fait partie de ma collection ; on la trouvera gravée et publiée, pour la première fois, sur l’une des planches ci-jointes 1 .
Les médailles du second âge sont d’une fabrique assez épaisse, d’un plus petit module, d’un style de dessin qui annonce un progrès notable, quoique toujours d’un goût archaïque; du reste, avec le même type, dans l’exécution duquel les variantes qui se rencontrent ne portent que sur des détails ou des accessoires, et non sur le motif principal.
Il existe enlin quelques médailles qui , par une fabrique plus perfectionnée, surtout par un style de dessin plus élégant ou par un choix de symboles plus variés et plus nombreux, peuvent être considérées comme appartenant à une époque encore plus récente, et, suivant toute apparence, à l’âge qui précéda immédiatement la décadence de Caulonia. Parmi ces monnaies, il en est d’un petit module, qui n’étaient pas connues du temps d’Eckhel , et qui sont encore très-rares * ;
' Hanche I, n* 7 . Figure virile, nue, marchant à droite, le bras gauche étendu en avant , avec uac petite Figure qui semble s’y appuyer; au devant, dans le champ, cerf debout , la tête tournée en arrière ; de l'autre côté de la figure principale, la légende, en caractères d'ancienne forme, kAVLO; au revers, le même type en creux , d'exécution grossière, sans légende ; arg. 5.
* Une de ces médailles, qui faisait partie du cabinet de M. Reynier, où elle est décrite et gravée, pl. 111, iig. 43, p. 64, u* 8 , avait été publiée par M. Avcllino, Giomal.
numum. n. V, p. 24 - 26 , tab. 1 , n. 9 . Il en existe deux autres du même module, avec des types variés , dans notre Cabinet du Roi , lesquelles ont été décrites par M. Mionnet, Description des Médaille*, 1 1, p. 187 , 0 " 838 et 83q; on trouvera ci-joint le dessin d'une de ces médailles , pl. 1 , n* 8 . Mais personne jusqu’ici n'a fait counallre une variété plus rare encore et d'un plus petit module, qui exista daus la monnaie de Caulonia, et dont les seuls exemplaires peut-être qui soient venus jusqu'4 nous se trouvent dans ma collection. Jo les ai fait dessiner avec