La garnison sortit le 31 octobre
2. Menno, baron de Coehorn (1641-1704], rival de Vauban, avait fortifié la plupart des places hollandaises ; il avait le titre d'ingénieur général.
3. Sur l'extrême frontière maritime, entre Westcappelle et la Kenocke.
Le marquis forma dans ce temps le dessein de surprendre Hulst, place aux HoUandois* ; mais il ne réussit pas. Quelques officiers généraux François qui servoient sous lui et qui avoient grande envie de se signaler lui en avoient fait l'exécution facile, d'autant que la garnison n'étoit pas nombreuse; mais peut-être n'avoient-ils pas compté qu'avant d'arriver à la place il falloit emporter d'assaut quatre forts situés le long de la digue, dont le dernier et le plus près de la place étoit bon et bien muni. On prit bien les trois premiers l'épée à la main; mais on ne put parvenir au quatrième. Les Hollandois eurent le temps de jeter par la mer des troupes à suffisance dans la place, qu'on ne sauroit aborder que par cette digue ; ainsi il fallut s'en revenir avec sa courte honte, et c'est ce qui arrive ordinairement aux entreprises hardies, quand elles sont mal concertées, et qu'on a affaire à un ennemi vigilant.
Pendant que le maréchal de Boufflers étoit aux environs de Glèves avec l'armée qu'il commandoit, le marquis de Bedmar, avec un petit corps de troupes, observoit les ennemis de la frontière de la Flandre et faisoit garder les lignes pour tenir le pays à couvert et à l'abri de la contribution. Toutefois, la garnison de Maëstricht, qui étoit nombreuse, voulut faire une tentative sur celles de Wasseiges et les pénétra avec huit ou dix escadrons. Le marquis de Bedmar, qui se trouva alors logé à l'abbaye d'Heilissem-, où ces lignes
1. Dans le sud de la province de Zélande, sur un bras de l'Escaut, depuis ensablé.
2. Aujourd'hui Neierheilissera, au sud de Tirlemont; il ne s'y trouvait au plus qu'un prieuré.
passoient, ramassa ce qu'il put de troupes et marcha à eux. Dès qu'ils l'aperçurent, ils sonc^èrent à se retirer, et furent suivis jusiju'à Tongres, où ils avoient posté quelque infanterie pour favoriser leur retraite. [Néanmoins, ils ne purent si bien faire que leur aiTière-garde ne fût un peu pelotée au passage des défilés et qu'ils ne perdissent quelque monde.]
[Il me reste à dire ce que fit le comte de Tallard avec un corps de huit à dix mille hommes, qu'il commanda séparément de la grande armée. Il s'occupa d'abord, le Rhin entre deux, à jeter dans Kayserswert, pendant le siège, les provisions nécessaires, à la rafraîchir de troupes quand il en fut besoin et à recueillir les blessés. Tout cela se fit au moyen de plusieurs bateaux qu'il avoit rassemblés et dont les ennemis ne purent jamais lui interdire le passage. Il prit aussi des revers sur eux, où il fit établir des batteries qui tiroient à travers le Rhin et les incommodèrent dans leur camp et dans leurs attaques, de manière qu'ils furent obligés d'en changer la disposition ^ De là, il s'avança, le Rhin entre deux, vis-à-vis Dùsseldorf, ville de l'Électeur palatin, et fit mine de la bombarder. Puis il joignit le maréchal de Boufflers toutes les fois qu'il s'approcha des ennemis ou qu'ils l'approchèrent. Enfin, il revint à Bonn avec ses troupes, y passa le Rhin et entra dans le duché de Berg à l'Électeur palatin, qu'il ravagea, puis s'en vint devant Cologne avec l'électeur de ce nom, qui étoit très mécontent des habitants de cette ville et de son chapitre depuis longtemps et s' étoit préparé à les faire bombarder, lors-
1. Ces batteries se voient sur le plan de Kayserswert donné dans V Histoire militaire, p. 527.
qu'il fit un traité avec eux qui les en sauva; mais ce traité devint dans peu fort inutile, car les Alliés, ayant fini leurs expéditions du côté de Flandre, envoyèrent force troupes prendre leurs quartiers d'hiver dans l'électorat de Cologne et se rendirent maîtres de toutes les places de cet électorat à la réserve de Rheinberg, qu'ils bombardèrent et bloquèrent, et de Bonn, dont l'Électeur fut contraint de sortir, après y avoir introduit une garnison d'environ cinq mille François. Il se réfugia d'abord à Namur, puis à Lille et à Valenciennes, où il a demeuré jusques à la paix, qui le rétablit dans ses États ^]
[Siège de Traërbaeh. — Le comte de Tallard, ayant mis une garnison dans Bonn et en ayant retiré l'Électeur, vint, avec le résidu de ses troupes et quelques autres qui étoient à Metz et sur la Sarre, assiéger le château de Traërbaeh sur la Moselle^, où les Alliés avoient jeté trois ou quatre cents hommes, et y arriva le dernier octobre. Sept ou huit jours après ceux de dedans le rendirent par capitulation^.]
[Prise de possession de Nancy par les François. — Cette expédition finie, il mena ses troupes droit à Nancy, que le Roi avoit fait demander à M. le duc de Lorraine pour y tenir garnison jusques à la paix, de peur que les Impériaux ne s'en emparassent, ce qui auroit porté un grand préjudice à ses affaires. La ville neuve avoit été démolie par le dernier traité de paix,
1. Cette phrase montre que Saint -Hilaire rédigeait ses Mémoires, ou du moins les revisait, après 1713.
2. Petite ville dans une situation très importante entre Clèves et Coblentz et au milieu des électorats ecclésiastiques.