C'est le 26 mai que mourut l'électeur Charles II
3. Philippe-Guillaume de Bavière-Neubourg (1615-1690) avait marié en 1676 sa fille aînée, Éléonore-Madeleine-Thérèse, à l'empereur Léopold (ci-dessus, p. 21).
4. Il n'eut pas moins de dix-sept enfants, dont neuf fils; l'aîné était Jean-Guillaume-Joseph (1658-1716), qui succéda à son père en 1690.
fort démembré cet État. Le nouvel électeur prévit la querelle qu'on lui pourroit faire là-dessus; pour en éluder les suites, en tout ou en partie, il se saisit de toutes les archives^ du Palatinat, qui en auroient pu justifier, sans même en faire aucun inventaire. A l'égard des n'ieubles, qu'il ne pouvoit contester, il en fit offinr la moindre partie à Madame, après avoir soustrait le surplus. Il y eut là-dessus plusieurs allées et venues, et, l'électeur palatin se tenant toujours roide, personne ne douta plus que le Roi ne procurât bientôt satisfaction à Madame par la voie des armes. Cependant, contre cette attente universelle, le Roi, par des raisons que je vais déduire et qui étoient encore dans les ténèbres, fit proposer au Palatin de remettre cette affaire à la décision du Pape ^.
Révocation de l'édit de Nantes. — Le Roi avoit entrepris d'abolir entièrement la Religion prétendue réformée en son royaume, et depuis longtemps on en sapoit les fondements par une multitude d'édits et de déclarations ^ A présent que l'Empire étoit occupé dans la guerre du Turc, que la Hollande étoit humiliée, et que l'Angleterre avoit un roi catholique, Sa Majesté, ne craignant donc point d'être traversée dans son dessein, voulut perfectionner ce grand ouvrage pour satisfaire à son zèle pour la religion catholique et ajouter ce trait de
1. Ci-dessus, p. 5. Ici, ce mot est au féminin; mais il désigne évidemment les documents eux-mêmes.
2. Sur toute cette affaire, voyez les Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. V, p. 48 et note 2. , , ■
3 De 1683 à 1685, Louis XIV rendit plusieurs déclarations ayant toutes pour objet de réduire les droits des protestants et de rendre plus difficile l'exercice de leur religion : voyez Pilatte, Édits, déclarations et arrêts concernant la R. P. R- (1885).
gloire à toute celle dont il étoit environné. Cependant, dans le dernier Conseil qui se tint sur cette grande affaire, où elle fut fort examinée, on y trouva des suites dangereuses à craindre, et on prévit des inconvénients fâcheux, qui étant bien pesés, plusieurs du Conseil furent pour la négative, et entre autres M. de Louvois*; mais enfin la cabale des zélés catholiques prévalut, et le désir du Roi, intéressé par sa conscience timorée, sa gloire, sa puissance, et ce qu'il croyoit de la sûreté de son État, tous motifs forts puissants sur l'esprit de ce prince, déterminèrent le Conseil à la révocation sans limites de l'édit de Nantes, qui fut résolue et incontinent publiée.
On chassa tous les ministres, on abattit les temples, et on ferma les portes du royaume pour empêcher les religionnaires de chercher un asile dans les pays étrangers. Les évêques et leur clergé eurent ordre de faire dans leurs diocèses des instructions et des catéchismes, qui furent accompagnés, [pour plus d'un million,] de livres convenables au sujet dont il s'agissoit, et de quantité de promesses rénumératives de la part du Roi en faveur de ceux qui, après s'être instruits, se feroient catholiques. Jusque-là tout étoit dans l'ordre; mais M. de Louvois, [qui vouloit se mêler de tout, vint bientôt à la traverse,] et obtint du Roi, pour accélérer cette affaire [et éviter des suites fâcheuses qui en pouvoient vraisemblablement résulter], d'envoyer des gens de guerre dans les provinces loger chez les protestants, afin de les presser de s'instruire et de changer de religion.
1. Une lettre de M'"'' de Maintenon, d'août 1684, citée par l'historien de Louvois (t. I, p. 457), dit en effet que le ministre était, au début, partisan de la douceur.
Les provinces furent donc inondées de soldats, qui, [comme de nouveaux docteurs,] furent munis de formules d'abjuration, qu'ils faisoient signer par des voies [inouïes et barbares pour satisfaire à leur avarice et à leur férocité], sachant bien qu'ils ne seroient pas désapprouvés du ministre, qui leur avoit tout permis, excepté le viol et l'effusion du sang.
Toutes ces choses étoient cachées au Roi, et, comme si les conversions se faisoient de gré à gré et par la force de la persuasion, les ministres et ceux qui approchoient du Roi lui en racontoient merveilles. Ce prince, pour confirmer les nouveaux convertis dans la foi, prodiguoit les pensions à ceux qui avoient quelque nom et qu'on lui rapportoit s'être convertis. [Il seroit à désirer, pour l'honneur de la nation, que la mémoire de tout ce qui s'est passé à cette occasion pendant plusieurs années pût s'éteindre, et qu'on ne se souvint que du zèle ardent que le Roi a témoigné pour la véritable religion; car, de la manière que les choses se sont passées, on en doit taire le détail. Il suffira de dire que le Roi, à ce moyen, s'est rendu contraire tout le parti protestant, sans s'être pu concilier le Pape ni les catholiques, et que le royaume se sentira longtemps de cette plaie.]
M. le duc de Savoie voulut imiter, dans les Vallées de Piémont, la conduite qu'on tenoit en France à l'égard des huguenots, et, comme il n'étoit ni aussi puissant ni aussi absolu que le Roi l'est en France, il fut obligé de lui demander des troupes pour les réduire i. Comme ces Vallées sont fort difficiles, il se fit là une espèce de
1. Tout le volume 776 du Dépôt de la guerre est relatif à cet envoi de troupes françaises dans les Vallées du Piémont et aux
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petite guerre qui ne dura pas longtemps ; car ces malheureux furent bientôt contraints d'abandonner leur pays et leurs habitations ; mais ils y furent rappelés peu de temps après par le même duc de Savoie, qui leur accorda de nouveaux privilèges et se servit d'eux utilement dans la guerre qu'il eut contre la France.
1686. — Mort de M. le prince de Conti. — Il mourut à la fin de l'année précédente trois personnages de conséquence. Le premier fut Armand de Bourbon, prince de Conti, qui, s'étant comme échappé de la France avec quelques seigneurs de la cour, alla en Hongrie chercher la belle gloire'; il en revint après s'être signalé en plusieurs occasions. Il mourut à Fontainebleau de la petite vérole^, [destinée certes très malheureuse pour un jeune prince tout aimable et plein de valeur] .
Mort du chancelier Le Tellier. — Le second fut M. Le Tellier, chancelier de France, qui mourut fort âgé, après avoir signé pour dernier édit celui qui révoqua l'édit de Nantes^.
opérations qui furent effectuées ; il y a aussi dans le volume 765, à la date du 30 mai 1686, un document d'origine protestante qui s'y rapporte.
1. Cette escapade du prince de Conti et de son frère le prince de la Roche-sur-Yon a été racontée en dernier lieu par M. de Boislisle dans l'appendice II du tome XVII de la nouvelle édition des Mémoires de Saint-Simon.
2. Le 9 novembre 1685. Le jeune prince, épuisé par les fatigues de l'expédition de Hongrie et par le chagrin que lui causa le mécontentement marqué par le Roi, fut emporté en cinq jours.