Il était mort le 17 juin 1696 d'une apoplexie
4 Jean Sobieski laissait trois fils : Jacques (1667-1737), qui fut gouverneur de Styrie pour l'Empereur; Alexandre (1677- 1714), qui fut capitaine des gardes du roi Auguste de Pologne et entra ensuite dans l'ordre des capucins; enfin, Constantin (1680-1726), qui passa sa vie à Rome.
5 Jean-Guillaume-Joseph de Bavière-Neubourg (1658-1716), électeur palatin depuis 1690. Saint-Hllaire oublie l'électeur de Bavière, gendre du défunt. Voyez, sur les mérites et les appuis des divers candidats, les Mémoires de Saint-Simon, t. III, p. 302-306.
jugeoit que le prince Jacques, un des fils du roi défunt, auroit grand part à la couronne ; mais, peu après, les choses changèrent en faveur du prince de Conti, à la recommandation du Roi et à la faveur de son argent et des menées de l'abbé de Polignac, son ambassadeur en Pologne*. Mais, tout sur le point de l'élection, l'Empereur et le Pape lui suscitèrent un dangereux concurrent en la personne de l'électeur de Saxe^, qu'ils proposèrent, et dont on ne se déficit pas parce que jusqu'alors il avoit fait profession de luthéranisme, ce qui étoit une exclusion manifeste; mais l'Empereur et le Pape firent si bien leurs pratiques, l'un par l'intérêt qu'il avoit de ne point avoir un prince de la maison de France pour son voisin, mais au contraire un prince allemand qui lui eût obligation de sa couronne, et l'autre par l'avantage qu'il en reviendroit de la conversion de ce prince à la rehgion catholique, que, leurs ministres ayant justifié de l'abjuration de ce prince, les électeurs se divisèrent en deux factions : l'une, dont le cardinal-primat et régent du royaume ^ étoit le chef, en faveur du prince de Conti; l'autre, sous l'évêque de Cujavie*, pour l'électeur de Saxe : si bien que, le
1. Melchîor, abbé de Polignac (1661-1741), était ambassadeur en Pologne depuis 1693; son rôle dans les négociations d'Utrecht le fit nommer cardinal en 1712, et il eut l'archevêché d'Auch en 1726.
2. Frédéric-Auguste (1670-1733) avait succédé à son frère comme électeur de Saxe en 1694.
3. Michel Radzieiowski, évêque de Warmie (1679), cardinal (1686), archevêque de Gnesne et primat du royaume (1687). En cette qualité, il gouvernait la république pendant l'interrègne.
4. Stanislas Dorabski, évêque de Cujavie depuis 1691, passa à Cracovie en 1699, et mourut à la fin de 1700.
26 juin, jour pris pour l'élection, ces deux princes furent proclamés rois chacun par son parti, ce qui fut une "rande matière à contention et causa bien des dissensions dans la république.]
[Cette nouvelle arriva bientôt à la cour de France par la voie de l'abbé de Polignac^ et du cardinal-primat, qui envoyèrent courriers sur courriers pour presser le départ du prince de Conti pour la Pologne, et qui lui faisoient espérer qu'il trouveroit à son arrivée des places et une armée pour chasser son concurrent. Lés raisons pour et contre ce départ- étant débattues au Conseil, où le Roi et le prince assistèrent, la négative fut la mieux fondée, et le prince étoit de cet avis 3, sur ce que le Roi ne pouvoit assez tôt lui fournir les troupes nécessaires pour se maintenir, et qu'au contraire son concurrent, voisin de la Pologne, y arriveroit bientôt avec ses troupes, s'il n'y étoit déjà, et les joindroit à sa faction, qui forceroit l'autre à se rallier de gré ou de force : de sorte qu'il se feroit couronner roi même avant l'arrivée du prince de Conti, lequel n'avoit d'autres moyens de l'empêcher que les promesses vagues et incertaines qu'on lui faisoit, du côté de la Pologne, de lui livrer des places à son arrivée et des troupes en suffisance pour expulser son concurrent.]
1. Son secrétaire Galleran arriva à Marly le 11 juillet, avec cette nouvelle (Dangeau, t. VI, p. 150).
2. Voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. IV, p. 186 et suivantes, et le commentaire de M. de Boislisle.
3. Selon Saint-Simon (p. 138-139 et 193) et la plupart des contemporains, l'amour du prince pour Madame la Duchesse était la cause principale et secrète de son désir de ne point aller en Pologne.
[Cependant l'avantage que la France pouvoit tirer d'avoir un prince de sa nation sur le trône de Pologne prévalut et fit hasarder le coup. Le départ du prince fut résolu sur les instances réitérées de l'ambassadeur et du primat, et le principal trait de prudence qui parut sur cette affaire fut que, sur les premiers avis de l'élection et dans toute la suite, le prince de Conti ne prit pas la qualité de roi de Pologne et refusa de le faire jusques au consentement unanime de la nation.] [Ce prince partit donc de la cour le 4 août, avec ses domestiques et le chevalier de LauzunS qui s'attacha à sa fortune pour tâcher de relever la sienne^. Il emporta avec lui huit cent mille livres en or, deux millions en lettres de change, et pour un million de pierreries. Il s'embarqua à Dunkerque sur l'escadre du chevalier Bart, qui l'attendoit, et mit à la voile le 7 août; il navigua heureusement et arriva à la rade de Dantzig le 26. La première chose qu'il fit fut de faire demander à la régence de cette ville la permission de débarquer, lui et son monde (il pouvoit mettre à terre cinq ou six cents soldats de marine), et de passer à travers la ville. Ces messieurs voulurent bien le lui accorder pour sa personne seulement, ce qu'il ne jugea pas à propos d'accepter. Ainsi, il demeura dans son vaisseau, d'où il venoit à terre pour conférer avec
1. François de Caumont, frère du duc, chevalier puis comte de Lauzun, qui mourut le 30 décembre 1707.
2. « Homme de beaucoup d'esprit et de lecture, avec de la valeur, aussi méchant et aussi extraordinaire que son frère, ... qui avoit achevé de se perdre à la cour par son voyage avec les princes de Conti en Hongrie » [Saint-Simon, t. XV, p. 327).
ceux de son parti, revenant toujours coucher à son bord.]
[La première nouvelle qu'il apprit en arrivant fut celle du couronnement de l'électeur de Saxe, fait à Gracovie le 1 3 août, ce qui avoit beaucoup ralenti l'ardeur de ceux de son parti. Cependant l'évêque de Plosko^ le vint trouver de leur part, et quelques seigneurs vinrent aussi le saluer et conférer avec lui ; mais ils ne lui firent trouver en Pologne ni place pour le recevoir, ni armée pour se mettre à la tête. En un mot, il trouva en Pologne plus de mains pour prendre son argent que de bras pour le porter au trône : ce qu'ayant fort bien remarqué, il ne voulut pas en être la dupe, et abandonna la Pologne pour s'en revenir en France avec son argent, où il arriva au commencement de décembre, fort fatigué de la navigation fâcheuse qu'il eut en s'en revenant, et fort rebuté de son voyage^.]
[Paix de Rijswijk. — J'ai déjà dit que la paix fut signée au château de Ryswyk en Hollande, le 20 septembre; mais, comme je n'en ai point rapporté les conditions, j'en donnerai le précis, et commencerai par le traité fait entre la France et l'Angleterre, au sujet de laquelle cette guerre avoit conunencé. Ce traité consista en dix-huit articles.]
Viennent ensuite les dix-sept articles du traité tels
1. André-Chrysostome Zaluski, évêque de Plosko ou Plosk en 1691, devint évêque de Varsovie en 1698.
2. Sur toute cette affaire de Pologne, voyez les Mémoires de Saint-Simon, avec le commentaire qui y est joint, t. IV, p. 176-212.
1697] MÉMOIRES DE SAINT-HILA.1RE. 'i^S
que M. Henri Vast les a donnés, en dernier lieu, dans ses Grands traités du règne de Louis XIV, totne II, p. 204-213. Saint-Hilaire les a transcrits d'après les Préliminaires des traités, avec les actes concernant les négociations de la paix conclue à Turin et celle de Ryswick, parus dès i697 chez Frédéric Léonard. Du Mont, dans son Corps universel diplomatique, tome VII, 2' partie, p. 386, n'a donné qu'un texte latin. A la suite de ces dix-sept articles, notre auteur en insère un dix-huitième, qui ne se trouve pas dans les recueils de Bu Mont et de M. H. Vast.
[Outre ces dix-sept articles, il y en eut encore un autre qui fut ajouté au traité, dont la teneur s'ensuit, et qui fut signé par les mêmes plénipotentiaires : « Outre les conditions dont on est demeuré d'accord dans le traité de paix conclu à Ryswyk ce jourd'hui 20 septembre 1697, on est encore convenu, dans un article séparé, qui aura néanmoins la même force et vertu que s'il étoit inséré mot à mot dans ledit traité, que le Roi Très Chrétien promettra et consentira, comme, par le présent article, il promet et consent, qu'il soit libre à Sa Majesté Impériale et à l'Empire, jusques au 1" novembre prochain, d'accepter les conditions de paix qui ont été proposées nouvellement par Sa Majesté Très Chrétienne, suivant la déclaration qu'elle a faite le 1" jour du présent mois de septembre. En cas qu'il soit autrement convenu entre Sa Majesté Impériale, l'Empire et Sa Majesté Très Chrétienne, ledit traité ne laissera pas d'avoir son plein et entier effet, et d'être exécuté dans toute sa forme et teneur, et Sa Majesté Britannique n'y pourra contrevenir directement ni
indirectement, pour quelque cause et raison que ce puisse. » Ledit traité fut ratifié et échangé dans le terme convenu, et j'en ai rapporté tous les articles en détail, afin que ceux de ma famille qui pourront lire ceci y trouvent une instruction présente de la manière que ces sortes d'instruments se dressent. Pour ce qui est des autres traités, je n'en rapporterai que le précis, puisque j'ai rempli mon intention par le premier, et que je veux éviter la prolixité.]
[Celui entre la France et l'Espagne, signé le même jour et au même lieu, portoit pour clauses principales que la France rendroit à l'Espagne, immédiatement après l'échange des ratifications, qui devoit se faire dans le terme de six semaines à commencer du jour de la signature du traité, les villes et forts de Barcelone, Girone, Roses, Bellver, avec toutes leurs fortifications, en l'état qu'elles étoient le jour de la signature du traité, et l'artillerie et les munitions de guerre qui s'y étoient trouvées le jour de la prise, ensemble toutes les dépendances desdites villes, et les autres villes, bourgs, villages et pays, sans en rien excepter ni retenir, que les armes de France avoient occupés en Catalogne pendant la présente guerre; de même, du côté de la Flandre, le duché et la ville de Luxembourg, avec toutes ses fortifications, artillerie et munitions qui y étoient le jour de la prise, ses dépendances et annexes, le comté de Chiny, sans en rien réserver ni retenir, la forteresse de Charleroy, les villes de Mons, Ath et Courtray, tous les bourgs, villages et pays en dépendant avant les réunions, qui demeureront abolies et éteintes, sans pouvoir plus jamais avoir lieu, sous quelque prétexte que ce puisse être ; enfin, que
Sa Majesté restitueroit à l'Espagne toutes les autres villes, îles et pays, en quelque Heu du monde que ce pût être que ses armes auroient occupes pendant la présente guerre. Toutes ces restitutions se firent ponctuellement.]
[Comme on n'avoit rien pris aux Hollandois pendant le cours de cette guerre, on ne leur restitua rien, et le traité de paix et de commerce qui fut aussi signe et convenu avec eux à Ryswyk le même jour 20 septembre 1697, fut entièrement conforme à celui de
Nimègue.] .
[Le 30 octobre suivant, le traité de paix entre l Empereur et VEmpire d'une part, et la France de l'autre, fut conclu et signé au même château de Ryswyk. Comme la matière en fut ample, j'ai cru nécessaire d'en rapporter ici un précis de chaque article.]
Suivent les soixante articles du traité en français; Du Mont et M. Henri Vast ont donné ce texte en latin d'après les originaux.
[Outre le traité de paix fait à Ryswyk entre la France et la Hollande, il y en eut encore un autre de commerce dont je crois devoir encore rapporter ici le précis, et par lequel je finirai la seconde partie de ces Mémoires.]
[Ce traité fut fait pour vingt-cinq ans, et portoit que les sujets de Sa Majesté et des États-Généraux des Provinces-Unies jouiroient réciproquement de la même liberté dont ils ont joui de tout temps avant cette o-uerre par tous les royaumes, états et provinces 1 un de l'autre; que l'on fera un nouveau tarit commun, et suivant la convenance réciproque, dans six mois, et
cependant que le tarif de 1 667 sera exécuté par provision ; et, en cas qu'on ne convînt pas pendant ledit temps dudit tarif nouveau, celui de l'année 1 664 aura lieu pour l'avenir. Les sujets des États-Généraux ne seront pas réputés aubains en France, et ainsi ils pourront disposer de leurs biens par testament, donation ou autrement, et leurs héritiers, sujets desdits États, demeurant tant en France qu'ailleurs, recueillir leurs successions, même ab intestat, encore qu'ils n'aient obtenu aucunes lettres de naturalité. Pourront pareillement, sans lesdites lettres de naturalité, s'établir en toute liberté les sujets desdits États en toutes les villes de France, pour y faire leur trafic et naviguer avec leurs vaisseaux et trafiquer avec leurs marchandises, sans distinction de qui puissent être les propriétaires d'icelles, dans tous les ports et provinces dudit royaume, excepté que ces marchandises ne soient de contrebande, c'est-à-dire toutes sortes d'armes à feu et autres assortissements d'icelles servant à l'usage de la guerre ; que, s'il arrivoit que des capitaines de vaisseaux françois fissent prise d'un vaisseau chargé desdites marchandises, ne pourront lesdits capitaines faire ouvrir les caisses, coffres, malles, tonneaux, ballots et autres, ni les rompre, transporter, vendre, décharger ou autrement aliéner, qu'elles n'aient été descendues en terre en la présence des juges de l'Amirauté, et après inventaire par eux fait desdites marchandises, si ce n'est que, ne faisant qu'une partie de la charge, le maître de navire trouvât bon de les livrer auxdits capitaines et de poursuivre son voyage : auquel cas ledit maître ne pourra être aucunement empêché de poursuivre sa route.]
[Sa Majesté Très Chrétienne et les seigneurs États- Généraux pourront en tout temps faire construire ou fréter dans les pays l'un de l'autre tel nombre de navires, soit pour la guerre ou pour le commerce, que bon leur semblera, comme aussi acheter telle quantité de munitions de guerre (juils auront besom, sans qu'on puisse donner la même permission aux ennemis de l'un ou de l'autre au cas qu'ils fussent les agresseurs. Que, s'il arrivoit quelque interruption d'amitié, il sera donné neuf mois de temps après la rupture aux sujets de part et d'autre pour se retirer avec leurs effets, les vendre, ou les transporter où bon leur semblera.]
[Que l'imposition de cinquante sols par tonneau établie en France sur les navires des étrangers cessera entièrement à l'avenir à l'égard des navires des sujets des États-Généraux des Provinces-Unies, et ne pourra à l'avenir être rétablie : en sorte que les navires des sujets desdits États- Généraux seront déchargés de ladite taxe, soit que ces navires aillent droit en France des pays ou terres desdits États-Généraux, ou de quelque autre endroit que ce puisse être, soit chargés ou à vide, soit aussi qu'ils soient chai-gés pour décharger en une ou plusieurs places des villes de France, ou bien que, étant destinés pour prendre charge aux lieux où ils auront dessein d'aller, et n'y en trouvant pas, ils aillent en d'autres pour en avoir, soit aussi que lesdits navires des sujets des États-Généraux sortent des ports de France pour s'en retourner chez eux ou pour aller ailleurs, en quelque lieu que ce puisse être, chargés ou vides, soit même qu'ils aient pris leur charge dans une ou plusieurs places, puisqu'il
a été convenu que, ni dans Icsdits cas, ni dans aucun autre qui pourroit arriver, les navires des sujets desdits États-Généraux ne seront pas sujets à ladite imposition, mais qu'ils en seront et demeureront exempts, tant en allant qu'en revenant desdits ports de France, excepté seulement qu'au cas suivant, savoir : quand lesdits navires prendront des marchandises en France, et qu'ils les transporteront d'un port de France en un autre port de France pour les y décharger, auquel cas seulement, et nullement en aucun autre, les sujets desdits États-Généraux seront obligés de payer ledit droit comme les autres étrangers.]
[Ce traité fut signé à Ryswyk, le 20 septembre, par les mêmes ambassadeurs plénipotentiaires.]
Par la lecture de tout ceci, on peut voir que cette paix coûta bien cher à la France, qui céda bien des pays et places, pour rentrer bientôt en une nouvelle guerre, ainsi qu'on le verra, s'il plaît à Dieu, dans ma troisième partie.
Fin de la deuxième partie de ces Mémoires.