C'est ainsi qu'on désignait la duchesse de Savoie
4. On dit même que le duc de Cadaval, qui voyait ce mariage d'un mauvais œil, contribua à l'en dégoûter.
5. C'est en juin 1682 que le duc de Cadaval arriva à Nice avec la flotte portugaise. Elle n'en repartit qu'en octobre; mais la rupture du mariage ne fut définitive que l'année suivante.
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atteint l'âge prescrit par la loi. espérant toutefois de son bon esprit et de l'appui de la France qu'elle se conserveroit la principale autorité.
Mais la cabale n'étoit pas de cet avis, et ne cessoit d'insinuer au jeune duc de grandes défiances de Madame sa mère, qui firent bientôt son effet sur son esprit naturellement soupçonneux. Ils étoient secondés par le marquis de Pianesse*, premier ministre, créature de Madame Royale et pensionnaire de France, et qui réussissoit d'autant plus facilement qu'on ne se défioit point de lui. Quand il eut amené les choses au point qu'il vouloit, il déclara au jeune duc que, ayant l'honneur d'être son premier ministre, et né son sujet, il ne pouvoit lui cacher plus longtemps les mesures secrètes que Madame Royale lui avoit fait prendre avec la France afin de se conserver toute l'autorité dans le gouvernement, et que cette passion l'avoit tellement aveuglée, que, sans considérer que les François tenoient déjà le Piémont en brassière au moyen de Pignerol et Casai, elle avoit encore appelé un corps de leurs troupes, qui ne manqueroit pas de s'assurer de ses États, s'il ne vouloit pas avoir toute sorte de complaisance pour eux, et être un souverain sans autorité 2. C'étoit le prendre par son endroit sensible; et il y parut bien ; car, après avoir pris les mesures requises en pareil cas, le jeune duc écrivit et signa
1 Charles-Emmanuel-Philbert de Simiane, colonel d'un régiment d'infanterie et d'un de cavalerie, et chevalier de l'An-
nonciade. . . , ,, j
2 Sur toute cette affaire et les négociations de Madame Royale avec la France, voyez Roussel, Histoire de Louvois, t. III, p. 139 et suivantes.
l'ordre d'arrêter la duchesse sa mère. A peine étoit-il expédié, que cette princesse entra dans la chambre de son fils, et, ayant remarqué beaucoup de trouble et d'altération sur son visage, elle le pressa tant, par ses paroles et ses caresses, de lui en dire la cause, qu'il ne put retenir ses larmes, et à la fin lui avoua tout. La princesse, étant revenue de son premier étonnement, jugea qu'il n'y avoit pas un moment à perdre, et obtint, non seulement la révocation de l'ordre qui la concernoit, mais aussi celui d'arrêter le marquis de Pianesse, quelques autres seigneurs*, et le marquis de Parelle^, colonel du régiment des gardes et homme fort accrédité dans le pays. Cet ordre fut exécuté surle-champ, et le marquis de Pianesse conduit au château de Montmélian, les autres à Nice; mais le marquis de Parelle, qui se tenoit plus sur ses gardes, eut l'adresse de se sauver hors des États du duc^.
Ces nouvelles étant arrivées à la cour de France, M. de Louvois, [suivant en cela comme dans les autres choses son tempérament,] envoya ordre au marquis de la Trousse, qui se tenoit à la cour de Turin, de
1. Camille Roussel [Histoire de Louvois, t. III, p. 167-174) a donné, d'après les correspondances des Dépôts de la guerre et des affaires étrangères, un récit assez différent de cette scène; pour lui, tout avait été concerté entre le duc et sa mère, et c'était un piège tendu au marquis de Pianesse, dont tous deux voulaient se débarrasser.
2. Ce marquis était lieutenant général dans les troupes de Savoie et avait depuis 1666 la charge de colonel des gardes du duc; il mourut en 1705, ayant reçu de l'Empereur le titre de feld-maréchal.
3. Il revint peu après, lorsque Victor-Amédée se fut ouvertement déclaré pour les alliés.
sio-nifier au duc que, s'il ne vivoit mieux avec Madame sa*' mère, le Roi pourroit bien lui faire voir la citadelle de Pio^nerol^ Cette menace fut très dure au jeune prince*'; mais, comme il avoit décelé ses conseillers, aucun n'osoit plus se fier à lui; ainsi il fut forcé de dissimuler et de céder au temps.
Quelque temps après, il épousa Mademoiselle, une des filles de Monsieur, frère du Roi'-. Au moyen de ce mariage, M. de la Trousse revint avec ses troupes; Madame Royale se retira petit à petit du gouvernement; le calme se rétablit dans la cour de Turin, et la France crut le duc entièrement dans son alliance et ses intérêts. Il y a même apparence qu'il eût agi de bonne foi, si on l'eût un peu ménagé ; mais le ministre, par rancune de ce qu'on lui avoit arrêté, à la douane de Turin, certaines mai^chandises qu'il faisoit venir d'Italie par les courriers \ ne cessoit de lui donner toutes les mortifications dont il se pouvoit aviser. On a dit même que le duc en écrivit plusieurs fois à Sa Majesté, qui ne lui en fit aucune satisfaction, parce que les lettres ne lui furent pas rendues^ Quoi qu'il en soit, il est
1. M. de la Trousse ne fît pas cette menace au duc aussi brutalement que le dit Saint-Hilaire ; mais il lui dit seulement qu'il avait ordre, de la part du Roi, de faire arrêter et enfermer à Pignerol « tous ceux dont Madame Royale auroit à se plaindre » [Histoire de Louvois, t. III, p. 180).
2. Anne-Marie d'Orléans (1669-1728) épousa Viclor-Amédée le 10 avril 1684.
3. On a dans \ Histoire de Louvois, t. IV, p. 262-268, le récit des conQits continuels qui se produisaient à propos des marchandises que les courriers français venant d'Italie faisaient passer en fraude en Piémont sous le couvert de l'immunité diplomatique.
4. Cette accusation semble purement gratuite ; il ne parait pas
certain que toutes ces choses lui donnèrent envie de se lier avec les ennemis de la France et qu'il acheva de s'y déterminer dans un voyage qu'il fit en poste à Venise, au temps du carnaval, où le duc de Bavière, son cousin germain^ se rendit dans le même temps^. Ce fut là où se négocia entre ces deux princes le traité d'union du duc avec l'Empereur et ses confédérés, dont la première notion qui parut fut que ce dernier reconnut les ambassadeurs du duc et leur accorda, moyennant une somme d'argent, les mêmes honneurs dont ils jouissent en France^, où cette démarche devint fort suspecte, avec quelques bruits qui s'épanchèrent du traité arrêté à Venise''. Le Roi fit parler au duc et envoya M. de Catinat avec quelques troupes en Italie, pour le faire expliquer plus précisément et l'obliger, par l'appréhension, de ne point prendre le parti de la ligue. Le duc nia de s'y être engagé, quoiqu'on en eût une pleine conviction. M. de Catinat lui demanda, pour sûreté de sa parole, la citadelle de Turin, les
qu'il y ait eu à cette occasion de correspondance directe entre les deux souverains.
1. Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière (1662-1726), qui avait succédé à son père en 1677, était fils d'Henriette-Adélaïde de Savoie, sœur du père de Victor-Amédée, comme on l'a vu ci-dessus, p. 2.
2. Histoire de Louvois, t. IV, p. 32-34, 36-40. Le duc, parti de Turin le 30 janvier sous le nom de comte de Tende, y revint le 10 mars.
3. C'est-à-dire un traitement analogue à celui des ambassadeurs des « têtes couronnées ».
4. Ce fut l'abbé, plus tard cardinal Griraani, qui fut l'agent de l'Empereur dans cette circonstance; Louis XIV réussit à se procurer par la suite une copie du traité, qui se trouve dans le volume 1008 du Dépôt de la guerre.
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places de Verrue et de Verceil, qui lui seroient rendues incontinent après la paix, et quatre à cinq mille hommes de ses troupes pour joindre à quelques régiments des siens, (lui servoient déjà dans les armées de France, et qui furent dissipés incontinent après la déclaration du duc. Il la recula jusques à ce que les Espagnols du Milanois eussent dressé leur armée, et que les troupes envoyées par l'Empereur fussent en marche. Cependant le duc traînoit les affaires en négociations, tantôt sur le plus ou le moins, ou différents prétextes ^ A la fin il se déclara en se mettant en campagne avec ses troupes et celles des Espagnols qui le joignirent.
Cependant M. de Catinat s'étoit emparé des Vallées de Piémont, qui lui furent valeureusement disputées par les milices de Mondovi, sujettes du duc, et par les religionnaires nommés Barbets, que le duc rappela, en leur accordant de nouveaux privilèges, et qui donnèrent beaucoup de peine pendant tout le cours de cette guerre-'.
M. de Catinat, [qui avoit dix-huit ou vingt mille hommes,] avant appris que le duc s'étoit mis en campagne au delà du Pô, [pour en gagner le haut et donner la main aux Barbets,] marcha de son côté, cette rivière entre deux, alin de l'observer sans aucun
1 Les lettres de Catinat et les autres pièces relatives à ces négociations sont dans les volumes lOOi, 1002, 1006 et 1009 du Dépôt de la guerre.
2. Les Barbets, expulsés des Vallées du Piémont en 1686 à la demande de la France, revinrent à l'appel de leur duc, et firent aux troupes de Catinat une guerre de partisans dans les vallées de Lucerna, Saint-Martin, Queyras, etc. (vol. Guerre 1009).
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péril. Mais les deux armées se trouvèrent près l'une de l'autre à la hauteur de l'abbaye de Staffarde ^ M. de Savoie, à qui les mains démangeoient, et qui ne s'étoit jamais trouvé à la tète d'une armée, voulut passer le Pô et hasarder le combat malgré l'avis de M. de Louvignies, général des troupes espagnoles^, qui lui remontra inutilement qu'il falloit attendre la jonction des troupes de l'Empereur, et qu'alors il entreprendroit tout ce qu'il jugeroit à propos, sans rien donner à la fortune.
Bataille de Staffarde, 18 août i690\ — M. de Catinat, bien informé de ce qui se passoit, alla au-devant de M. de Savoie, quoiqu'il n'eût pas tant de troupes, et le joignit comme les siennes achevoient de passer le Pô. Dans le terrain qui servit de champ de bataille, il y avoit un petit ruisseau, au delà duquel on trouvoit un marais qui se prolongeoit jusques au Pô et qui couvroit la gauche des ennemis. Ils postèrent plusieurs bataillons dans des cassines ou maisons dont le marais étoit bordé de leur côté, et ces bataillons étoient soutenus par leur cavalerie de la gauche. La droite étoit appuyée d'un bois, et moins accessible, couverte aussi du ruisseau, ce qui fit juger à M. de Catinat qu'il étoit plus à propos de faire ses principaux efforts sur la gauche de