On avait imprimé précédemment : du côté des cornes
1708] MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. il!
Le 24, les mortiers commencèrent à jeter des bombes, et il en tomba une sur le couvent des Carmes, qui mit le feu au bois et fascines que les assiégés y avoient assemblés, et fit sauter quelques barils de poudre qui s'y trouvèrent, et, comme ce couvent étoit derrière l'attaque, ce désordre fit écarter les tireurs, qui n'incommodèrent plus la tranchée.
La nuit suivante, le major général de l'armée fut tué d'un coup de feu^ Les ennemis firent une petite sortie, qui ne leur réussit pas, et se retirèrent avec précipitation. Ils en firent une autre de sept à huit cents hommes, vers le point du jour, et se partagèrent en deux troupes, l'une par le front de l'attaque, l'autre par le côté de la rivière. Trois de leurs déserteurs nous en donnèrent avis; ainsi le chevalier d'Asfeld, qui se trouvoit ce jour-là de tranchée, se précautionna à l'avenant et les rechassa dans la ville. Les ennemis y perdirent environ cent cinquante hommes; on leur prit aussi quelques officiers et quelques soldats. Ceux qui avoient voulu attaquer du côté de la ri\ière n'allèrent pas bien avant ; car notre cavalerie de garde à la queue de notre tranchée pour la soutenir, s'étant avancée de ce côté-là, les empêcha de pénétrer plus avant, de peur d'être coupés.
Plus on approchoit de la contrescarpe, plus on perdoit de monde chaque nuit. Celle du 4 au 5 [juillet],
1. Ce major général s'appelait Jean de Castillon, comte de Mouchan; il avait longtemps servi au régiment de Bourbonnais, et Louis XIV l'avait envoyé en Espagne, en 1702, pour servir d'aide de camp à Philippe V; il avait reçu depuis de ce prince le grade de major général; il était brigadier depuis 1705. Son nom est presque toujours défiguré en Monchan ou Monchamp.
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nos batteries commencèrent à battre en brèche, et, en deux ou trois jours de temps, elle se trouva si praticable, que l'on vit quelques-uns de leurs déserteurs qui la descendirent pour venir à nous. Le 9 juillet, le signal fut donné pour attaquer le chemin couvert qui fut bientôt emporté, et on s'y logea à la faveur d'un feu extraordinaire. Ensuite les assiégés, craignant qu'on n'eût dessein d'emporter la place d'assaut, firent sonner le tocsin pour faire armer les bourgeois, et, dans ce temps-là, ils firent sauter un fourneau sous le chemin couvert, qui fit peu d'effet; mais un autre, qui joua pareillement, enterra un sergent et douze grenadiers. Ce petit désordre n'empêcha pas que nous ne demeurassions maîtres du chemin couvert, à la prise duquel nous eûmes cinquante hommes de tués, et environ cent cinquante de blessés. Le lendemain les assiégés battirent la chamade', et la capitulation porta que le gouverneur et la garnison livreroient le même jour deux portes de la ville et une du château, et qu'il ordonneroit à la garnison du château d'Arnès, situé sur l'Algas-, de se rendre; ce qui fut ponctuellement exécuté. Moyennant quoi, cette garnison sortit de Tortose avec tous les honneurs de la guerre, et fut conduite à Barcelone ; il y en eut une partie qui se détacha, et prit parti dans notre infanterie; ainsi, le \ide qui s'y trouvoit par ceux qui avoient été tués au siège, se trouva réparé.
Après cette expédition, le chevalier d'Asfeld fut
1. La ville se rendit le 10 juillet, et la capitulation fut signée le lendemain 11.
2. Ce château était situé à cinq lieues au nord de Tortose sur l'Algas, affluent de l'Èbre.
détache'' avec un corps de troupes et alla assiéger Dénia. Sur le bruit de son approche, le gouverneur d'Alicante y tît entrer deux cents hommes de renfort avec quelques munitions. On ouvrit la tranchée le 7, et deux jours après on commença à battre en brèche; le 9, tout fut disposé pour l'assaut, et la ville fut prise l'épée à la main ; tout ce cjui se trouva sous les armes y fut passé au fil de l'épée. Le commandant, avec environ mille hommes qui lui restoient, se retira dans le château et se rendit prisonnier de guerre cinq ou six jours après, quoiqu'il pût encore s'y défendre et qu'il eût des vivres et des munitions en abondance.
Ensuite Don Pedro Ronquillo^ officier général espagnol, alla investir la ville d'Alicante, et le chevalier d'Asfeld, avec sa petite armée, y arriva deux jours après. La tranchée y fut ouverte, et les assiégés abandonnèrent d'abord deux faubourgs. On poussa les approches jusqu'aux murailles de la ville, qui ne valoient pas grand'chose; on y attacha le mineur pour les faire sauter; mais le lendemain le commandant capitula à des conditions favorables. Sa garnison devoit être conduite en Catalogne; mais, peu de jours après, le chevalier d'Asfeld la fit arrêter prisonnière de guerre par représailles, sur ce qu'il apprit que les Angiois avoient cherché querelle à la garnison de Port-Mahon, qui, suivant sa capitulation, en devoit sortir à des conditions honorables, et qu'ils n'avoient pas laissé de faire arrêter prisonnière.
[Je m'aperçois ici que je me suis trompé ci-devant, lorsque j'ai mis la prise de l'île de Minorque par les