NOTICE PRÉLIMINAIRE
Les Mémoires qui font l'objet de la présente publication ne sont pas inédits : en 1766, un éditeur inconnu les fit paraître en quatre petits volumes in-12, sous la rubrique d'Amsterdam, chez Arstée et Merkus, et sous le titre de Mémoires de M. de S. H***, contenant ce qui s'est passé de plus considérable en France depuis le décès du cardinal Mazarin jusqu'à la ynort de Louis XIV. Le véritable auteur en fut vite identifié, et on les connaît depuis longtemps sous le nom de Mémoires de Saint-Hilaire. Mais cet éditeur crut devoir faire dans le texte de l'auteur des suppressions assez nombreuses, surtout dans la première moitié de l'ouvrage, et modifier continuellement le style, qu'il trouvait sans doute quelque peu suranné. En somme, il traita la prose de Saint-Hilaire comme, quelques années plus tôt, la Beaumelle avait traité les Lettres de M""' de Maintenon, retranchant, corrigeant, changeant les tournures et les phrases et les remplaçant par d'autres qui lui semblaient plus littéraires ou mieux appropriées. Mais, plus honnête que la Beaumelle, ses modifications n'ont jamais atteint le fond du récit, sauf par des suppressions ; il n'a jamais ajouté de son cru des détails ou des appréciations. Cette façon de traiter les textes était d'ailleurs habituelle à cette époque; on pourrait en citer de nombreux exemples.
On ne connaissait jusqu'à présent les Mémoires de Saint- Hilaire que par cette édition infidèle. En 1870, M. Tamizey
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de Larroque signala à la Société de l'histoire de France l'existence à la bibliothèque du Louvre d'un manuscrit de ces Mémoires, qui présentait avec le texte imprimé des différences assez notables pour qu'une nouvelle édition lui en parût nécessaire^ Cette proposition fut accueillie favorablement ; mais, la bibliothèque du Louvre ayant péri tout entière dans l'incendie criminel de 1871% M. Tamizey de Larroque, pensant que le manuscrit disparu était unique, se crut forcé de renoncer à sa publication. La découverte de deux autres copies des Mémoires ont permis de reprendre le projet abandonné depuis plus de trente ans.
Les deux copies dont nous parlons sont les seuls manuscrits que l'on connaisse actuellement de l'œuvre de Saint- Hilaire. Aucun d'eux n'est le manuscrit original de l'auteur ; mais celui que nous avons particulièrement utilisé présente des indices certains de son passage sous les yeux et dans les mains de Saint-Hilaire. Cette première copie forme quatre volumes in-folio d'une belle écriture de la première moitié du xviii^ siècle; elle appartient à la bibliothèque de M. le marquis de Nicolay, qui, avec sa libéralité habituelle, a bien voulu me le communiquer. C'est ce manuscrit qui forme la base de la présente édition. Il porte, de la main de Saint-Hilaire, quelques corrections et additions qui lui donnent un caractère très net d'authenticité. Les relations amicales qui existaient entre l'auteur et la famille de Nicolay ^ expliquent la présence de cet exemplaire dans cette