‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 112 sur 187 · A mi-chemin entre Colniar et Schelestadt · texte numérisé non relu

A mi-chemin entre Colniar et Schelestadt

envoya contre Ruffach, où il étoit resté un régiment de dragons de Brandebourg, un détachement de canon et de troupes, qui prirent ce régiment à discrétion] .

La lettre de M. de Turenne fit son effet sur l'esprit des bourgmestres de Strasbourg^ . Ils ne voulurent plus recevoir dans leur ville aucunes troupes impériales-, et toute cette armée repassa le Rhin pour se retirer en Allemagne, après avoir été affoiblie de près de moitié par la perte de ceux qui avoient été tués, pris, dissipés, ou bien morts de maladie. Ces troupes oublièrent, en se retirant, la garnison qu'elle avoit mise à Dachstein, et M. de Turenne y envoya M. de Vaubrun, lieutenant général, avec un gros détachement. Cette garnison, après une légère résistance, se rendit prisonnière de guerre ; elle étoit de quinze cents hommes^. L'armée entra en quartiers d'hiver, et M. de Turenne revint en France^.

1. Cette lettre existe encore aux archives de Strasbourg sous la cote AA 1305 ; voyez le recueil Grimoard, p. 650-653.

2. Le récit de V Histoire militaire (p. 407-408) sur la conduite des Strasbourgeois est conforme à celui de notre auteur.

3. La tranchée fut ouverte le 25 janvier, et la place se rendit le 29 [Gazette, p. 93-94).

4. La lettre que Louis XIV écrivit le 26 janvier à l'archevêque de Paris (Arch. nat., registre O' 19, fol. 8), pour lui demander de faire chanter un Te Deum , à l'occasion de la victoire de Turckheim, contient ce résumé de la campagne : « Les nouveaux avantages que mes armées, commandées par mon cousin de Turenne, ont remportés sur mes ennemis, qui avoient rassemblé toutes les forces d'Allemagne pour venir fondre sur lui, les ayant soutenues l'espace de six semaines entières dans la Basse-Alsace, et ensuite passé les montagnes, et, par une marche de vingt journées, repris et occupé les

Pendant toute cette campagne, et plus fortement pendant l'hiver, la cabale des alliés avoit fait tout son possible en Angleterre pour engager cette couronne à déclarer la guerre à la France. La nation y étoit assez disposée; mais le roi, qui manioit ces esprits difficiles avec dextérité, s'y étoit fortement opposé, [et, pour éluder les puissantes sollicitations qu'on lui faisoit là-dessus, à présent que les Suédois venoient de se déclarer en faisant une invasion dans le pays de l'électeur de Brandebourg, et que les succès de la campagne dernière n'avoient pas été avantageux pour les alliés], il ne cessa d'offrir sa médiation pour la paix générale jusques à ce qu'elle fût acceptée en France, à Vienne, à Madrid et à la Haye, malgré toute l'opposition du prince d'Orange, auquel cette médiation étoit fort suspecte, et qui vouloit encore tenter la fortune en continuant la guerre. Il s'y prit de tant de manières, tantôt en faisant naître des difficultés sur le lieu du congrès, tantôt sur la forme des passeports, qu'il s'écoula bien du temps avant que cette négociation pût avoir quelque effet.

Cependant on se prépara à commencer la campagne de bonne heure. Les alliés eurent une puissante armée en Flandres, sous le prince d'Orange, une

entrées de la Haute-Alsace, où il les auroit combattus et forcés dans le passage de deux rivières avec tant d'avantage qu'il auroit pris un nombre considérable de drapeaux et d'étendards, fait trois mille prisonniers, et enfin les aui'oit contraints d'abandonner le blocus de ma ville de Brisach, qu'ils avoient commencé, de repasser le Rhin et de se retirer ainsi de tous les pays qui sont en deçà de ce fleuve, tous ces grands succès m'obligeant à rendre à Dieu des actions de grâce publiques, » etc.

seconde^ de vingt à vingt-cinq mille hommes, composée des troupes de Brunswick et du duc de Lorraine, et une troisième sur le Rhin, de vingt-cinq à trente mille hommes, commandée par M. de Montecuculli ; outre tous ces préparatifs, il y eut encore des armées en Catalogne et en Sicile, dont je parlerai en son lieu.

1675. — Campagne de Flandres. — Le Roi se mit des premiers en campagne, ayant sous ses ordres Monsieur le Prince, avec une puissante armée. Il assiégea Limbourg, et le prit avant que le prince d'Orange fût en état de s'y opposer^. Ce siège étant fini, le Roi revint en France, fit démolir Limbourg, et les deux armées repassèrent en Flandres, où elles s'observèrent, sans rien entreprendre l'une sur l'autre pendant le reste de la campagne.

Le maréchal de Créquy, qui commandoit la seconde armée, se saisit d'Huy, de Dinant^, brûla Givet, puis s'en alla sur la Moselle s'opposer à l'armée des alliés qui avoit assiégé Trêves. Cette ville se défendoit vigoureusement, quoique le gouverneur'* se fût tué en tombant de cheval, par l'effroi d'un coup de canon ^. [Cet accident fit hâter le maréchal de Cré-

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