Ci-dessus, p. 83. — 10. Tolhuys est sur le Wahal
mies de six à sept mille hommes conduits par le comte de Montbas^, François de nation et commissaire général de cavalerie des États-Généraux, que le prince d'Orange avoit envoyé pour couvrir le fort de Schink et l'île de Betawe^. Le Roi résolut aussitôt de le faire attaquer malgré l'obstacle du fleuve, et donna ordre de lancer à l'eau les bateaux de cuivre qui suivoient l'armée. Le comte de Guiche^, lieutenant général de jour, arriva près de lui dans ce moment. Ce seigneur, brave et entreprenant, qui mouroit d'envie de se signaler, surtout aux yeux de son maître, rapporta qu'il venoit de reconnoître un passage pour traverser le Rhin, dont les rives étoient aisées, et qu'il n'y avoit qu'une vingtaine de pas à nager. Il demanda en même temps la permission d'aller attaquer les ennemis avec les troupes qu'il plairoit au Roi de commandera Le Roi y consentit, fit avancer plusieurs escadrons, et le comte de Guiche se mit à leur tête et se jeta à l'eau. [Il étendit ses escadrons sur le plus de front qu'il lui fut possible] et les fit serrer, sans aucun intervalle, les
1. Jean Barthon, comte de Montbas, avait épousé une sœur de Pierre de Groot (Grotius) et était passé au service des Provinces-Unies ; nous verrons plus loin sa disgrâce.
2. La Betawe, partie de la province de Gueldre, est située entre l'Yssel, le Lech et le Wahal.
3. Armand de Gramont, comte de Guiche, était colonel du régiment des gardes-françaises depuis 1658; il mourut l'année suivante (29 novembre 1673). Il avait été exilé en 1665 pour une intrigue contre M'''' de la Vallière.
4. C'est le 12 juin qu'eut lieu ce célèbre passage; parmi les nombreux récits qui en furent publiés, celui de V Histoire militaire (p. 319-322), très différent de celui de la Gazette (p. 611- 612), est un des plus précis.
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uns contre les autres, afin de fendre l'eau avec plus de facilité et de résister à sa rapidité ^ .
De l'autre côté, M. de Montbas étendit ses troupes sur le bord du Rhin et fit entrer dans le fleuve quelquesuns de ses escadrons, pour aller au-devant des ennemis; mais ils n'y tinrent pas ferme. L'intrépidité et l'audace des François, dont les premiers rangs étoient formés des seigneurs et des volontaires de la suite du Roi, leur fit peur : ils firent seulement leur décharge, et s'enfuirent en confusion vers le rivage, et mirent en désordre le reste de leurs troupes, étonnées d'une action si hardie et si téméraire. Dès que les premières troupes françoises eurent gagné l'autre bord, les ennemis perdirent le terrain. Ceux qui tinrent le plus ferme furent chargés et rompus ; mais, dès que Monsieur le Prince eut passé à la tète d'un second corps de troupes, les Hollandois prirent tous la fuite ; il n'en resta qu'un bataillon qui avoit été posté dans des vergers, près d'une chaussée fermée d'une barrière qui pouvoit favoriser sa retraite. Il demandoit quartier, lorsque les ducs d'Enghien^ et de Longueville^, emportés d'une ardeur inconsidérée, parvinrent à cet endroit et s'ébranlèrent pour charger ce bataillon, qui fit sa décharge avant que de se débander et de prendre la
1. Les premiers cavaliers passèrent isolément, et ce fut seulement lorsque l'on eut vu une cinquantaine d'hommes entraînés par le courant qu'on essaya le passage en escadrons serrés.
2. Henri-Jules de Bourbon (1643-1709), qui devint prince de Condé en 1686.
3. Charles-Paris d'Orléans-Longueville, né en 1649, était sur le point d'être élu roi de Pologne.
fuite. M. de Longueville fut tué, et Monsieur le Prince, qui avoit vu de loin la démarche de son fils et de son neveu, accourant pour les retenir, fut blessé à la main du reste de cette décharge. On fit alors main basse sur ce qu'on put joindre ; le reste se jeta dans les marais, et regagna Nimègue, éloigné seulement de cinq lieues. La perte de ce jeune prince fut très considérable et fort regrettée : aussi possédoit-il plusieurs belles qualités, et très prévenantes; il étoit bien fait, brave, généreux, libéral, affable, doux et bienfaisant.
Entre les personnes de marque, les comtes de Nogent' et de Brouilly- furent tués; M. de Guitry^ se noya en traversant le Rhin; les ducs de Vivonne% de Lesdiguières^, de Goislin^, le prince de Marcillac''', le marquis de Revel^, et quelques autres furent blessés. Quelques officiers particuliers eurent le même sort,
1. Armand Bautru (1631-1672), comte de Nogent, avait le grade de maréchal de camp,
2. Antoine V de Brouilly était gouverneur de Pignerol; il ne fut que blessé et mourut seulement en 1676.
3. Guy de Chaumont, grand maître de la garde-robe depuis 1669.
4. Louis-Victor de Rochechouart (1636-1688) avait eu en 1669 la charge de général des galères ; il fut fait maréchal de France en 1675.