Memoires de Saint-Simon
1. Cet accommodement est annoncé, à la date du 20 janvier 1698, par Dangeau, qui avait plusieurs fois mentionné le conflit (Journal, tome VI, p. 207, 275, 279 et 280). Le P. Léonard de Sainte-Catherine a réuni, dans son portefeuille des Jésuites (Àrch. nat., M 243), des notes et des 'pièces de 1694, 1697 et 1699 sur le conflit et sur sa solution pacifique.
Le P. d'Avrigny en parle aussi, à la date du lo juillet 1697, dans les Mémoires chronologiques et dogmatiques pour servir à l'histoire ecclésiastique, ainsi que les Annales de la cour et de Paris pour 1697 ct 1698, tome I, p. 198-201. Il en est question plusieurs fois dans la correspondance de Bossuet. Une histoire du procès fut imprimée tout aussitôt à Rotterdam.
2. Charles-Maurice le Tellier, fils du chancelier et frère cadet de Louvnis : tome I, p. 64, note 2.
3. Ordce corrige mandem1, et faitte corrige fait. Saint-Simon se sert du premier passage du Journal de Dangeau, où nous lisons, sous la date du 11 octobre 1697 (tome VI, p. 207) : « M. l'archevêque de Reims l fait imprimer un mandement pour son diocèse, où l'on prétend qu'il n'a pas ménagé les jésuites. Monsieur de Meaux a apporté ce livre-là
ei des et sur la morale d'une manière qui déplut aux jésuites1 :
jésuites. j|s essayèrent de faire en sorte que l'archevêque s'expliquât d'une manière publique qui les mît hors d'intérêt. C'est ce qu'il ne voulut point faire : tellement que ces Pères, peu accoutumés à trouver de la résistance nulle part, et à dominer2 les prélats les plus considérables, tout au moins à en être ménagés avec beaucoup de circonspection, éclatèrent contre celui-ci par un écrit qui ne le ménageoit pas, mais qui, à tout hasard, les laissoit libres, parce qu'il parut sans nom d'auteur3. L'archevêque en
ici et l'a donné au Roi de la part de l'archevêque de Reiras. » Dans une lettre de l'archevêque à l'abbé Bossuet, qui a passé récemment en vente (catalogue Charavay, 12 juillet 1879, n° 88), il disait, à propos des livres du cardinal Sfondrati, en 1697 : « C'est un grand malheur que cette société (les jésuites), dans laquelle il y a plusieurs très bons sujets, et où on ne voit presque aucun désordre dans les mœurs des particuliers qui la composent, c'est, dis-je, un grand malheur pour elle qu'on la trouve toujours à la tête de tout ce qui paroit contre la saine doctrine, contre la bonne discipline et contre la pureté de la morale. » Le mandement, ou ordonnance pastorale, fut rendu le 15 juillet 1697, visant le molinisme et l'affaire du même cardinal Sfondrati, dont Saint-Simon a parlé au tome IV, p. 107, mais surtout deux thèses soutenues publiquement, les 15 et 17 décembre 1696, au collège des jésuites de Reims, et dans lesquelles un des Pères avait établi que la doctrine de Molina et autres théologiens, « accordant la grâce avec le libre arbitre par le système de la science moyenne, » était sortie plus pure de toutes les épreuves, et que d'ailleurs elle était « aussi peu pélagienne que calviniste; » et un autre Père, que rien n'était « plus constant dans la doctrine de saint Augustin que la prédestination tout à fait gratuite. »
1. Quoique l'archevêque eût débuté comme prédicateur dans l'église des Jésuites, le 1er janvier 1667 (Gazette, p. 36), son hostilité contre leur compagnie était aussi ancienne que notoire, peut-être parce que M. de Harlay, archevêque de Paris et son rival tout-puissant à la cour, était leur créature. Le Roi avait été obligé, en 1682, de réprimander Monsieur de Reims, parce qu'il parlait de la Société avec aigreur et mépris.