Voyez ci-dessus, p. 132 et note
qui traitoit son mari comme un petit garçon, lui fit attaquer le testament de son frère et faire un procès directement à Mme de Ventadour sur l'usufruit que Fervacques lui avoit laissé. Cette infamie, et faite le lendemain du gouvernement du Maine et du Perche, souleva contre elle la cour et la ville, à n'oser plus se montrer nulle part. Elle soutint la gageure, se brouilla avec ses protectrices, et perdit son procès avec toutes les sauces1 et avec une acclamation générale2. Question fut après de se raccommoder, et de sortir par là de la sorte d'excommunication générale où elle étoit tombée avec tout le monde. Cela dura quelques mois ; à force de soumissions, qui lui coûtèrent bien cher, Mme de Ventadour fut assez bonne pour lui pardonner, et peu à peu il n'y parut plus3.
Le duc de Lesdiguières, qui étoit fort jeune et fort doux, et qui* ne tarda pas à montrer qu'il étoit aussi fort brave5, eut quelques paroles, en sortant de la comédie, avec Lambert6, colonel d'infanterie, jeune homme très
Duc de
Lesdiguières accommodé par ordre du Roi, par le maréchal
1. Au sens d'accessoires, comme l'indique Littré en donnant cet exemple et d'autres analogues.
2. Journal de Dangeau, tome VU, p. 32 et 57, mars et avril 1699 ; Mémoires de Luynes, tomeV, p. 103, note; Gazette ef Amsterdam, 1699, n0' ix et xlvi. Le comte de Bullion attaqua, pour défaut de formalités, le testament, qui avait été fait en route, pendant que sa femme, partie avec Fervacques, entendait la messe. II eut d'abord gain de cause aux requêtes; mais la grand'chambre, où Mme de Ventadour avait fait porter l'affaire après partage et appointement en première instance, condamna Bullion à payer une rente de treize mille trois cents livres, ce qui était plus avantageux que les stipulations du testament. En reconnaissance, Mme de Ventadour fonda, pour le défunt, une messe quotidienne et un service aux Cordeliers, où était la sépulture de famille.
3. C'est ici que s'arrête l'édition des Mémoires publiée en 1835-38, par le libraire Kenduel, et reproduisant à peu près l'orthographe de notre manuscrit. On sait qu'un procès l'interrompit après le premier volume.
4. Après et qui sont biffés ces mots : « n'a voit pas tardé à montrer ».
5. Nous l'avons déjà vu faire de brillants débuts au siège de Barcelone : tome IV, p. 149.
6. Dangeau, ou plutôt ses éditeurs, ont estropié ce nom. Le Journal dit, à la date du 15 mai 1698 : « M. le duc de Lesdiguières eut, ces
duc de Duras
seul, son
lioau-père,
avec LamlxTt.
[Add. S'-S. 253]
M. de Lorraine en Lorraine,
suffisant, qui voulut porter ses plaintes aux maréchaux de France, et qui ne savoit apparemment pas que les ducs ne les reconnoissent point1. Le Roi le sut, et ordonna à M. de Duras, beau-père de M. de Lesdiguières, d'accommoder seul cette affaire, qui n'alla pas plus loin2.
M. de Lorraine arriva à Strasbourg 3, allant en Lorraine. Le marquis d'Huxelles, commandant d'Alsace*,
jours passés, une querelle, en sortant de la comédie, avec le marquis de Lambes, colonel d'infanterie. L'affaire a été raccommodée par MM. les maréchaux de France. » (Tome VI, p. 347.) — Henri-François de Lambert, marquis de Saint-Bris en Auxerrois, né le 13 décembre 1677, fils et petit-fils de deux lieutenants généraux, débuta comme mousquetaire en 1693, puis servit comme sous-lieutenant et lieutenant au régiment du Roi, et acheta, en 1697, le régiment de Périgord. Il devint brigadier en 1705, maréchal de camp en 1710, gouverneur d'Auxerreen 1719, lieutenant général en 1720, et mourut le 21 avril 1754, dans sa soixante-dix-huitième année. C'est sa mère que des écrits philosophiques, et surtout un salon littéraire, rendirent célèbre de 1710 à 1733. Lui-même fut d'ailleurs un brillant officier.
1. C'est un point litigieux sur lequel Saint-Simon s'est particulièrement étendu dans le mémoire sur les Changements arrivés à la dignité de duc et pair, tome III des Écrits inédits, p. 199-207 ; comparez le même volume, p. 339, et le tome VI, p. 297 (affaire d'Estrées et Ventadour), ainsi que deux Additions au Journal de Dangcau, tomes VI, p. 347 (placée ici, n° 253), et XIV, p. 448. Il reprendra la matière dans la suite des Mémoires, tome X, p. 47-52. On sait d'ailleurs que l'une des plus belles prérogatives du corps des maréchaux de France était la « juridiction du point d'honneur, » c'est-à-dire le droit d'évoquer les querelles entre gentilshommes et d'y mettre fin par des jugements. Dangeau en cite deux exemples quelques jours avant l'affaire Lesdiguières et Lambert (p. 341 et 343).
2. Cette conclusion n'est point prise dans Dangeau, mais dans l'Addition que Saint-Simon avait placée h cet endroit du Journal pour indiquer que M. de Duras avait agi isolément, en dehors de ses collègues, et simplement comme commissaire chargé des ordres du Roi.
3. Le 11 mai, dit Dangeau (tome VI, p. 348). Nous avons vu, en 1697, Léopold de Lorraine rétabli sur le trône ducal par les traités de Ryswvk : tome IV, p. 335 et 347.
4. Il avait cette commission depuis le mois d'avril 1690 (Journal de Dangeau, tome III, p. 97), et son rôle avait été considérable dans les campagnes racontées par Saint-Simon. — Le commandement était distinct du gouvernement, et d'un produit beaucoup plus considérable. Sous
lui.
l'y reçut moins comme un duc de Lorraine qu'en neveu d'où le duc du Roi, qu'il alloit être1. M. d'Elbeuf se hâta de l'aller d'Elbeuf
T1 .. . . , , revient mal
voir. II tint en revenant des propos peu mesures, qui re- avec \x vinrent et déplurent fort à M. de Lorraine : il en fut embarrassé, et essaya de s'en justifier auprès du Roi, à qui cela ne faisoit pas grand chose. Quelque temps après, il voulut retourner en Lorraine, pour montrer qu'il étoit bien en ce pays-là malgré ce qui s'en étoit débité; il n'osa pourtant s'y hasarder sans en parler au Roi, qui ne le lui conseilla pas. G'étoit un homme audacieux, et qui ne vouloit pas avoir le démenti d'un voyage qu'il avoit annoncé ; mais il l'eut tout du long. M. de Lorraine, qui en fut averti, en fit parler au Roi, qui au conseil fit succéder la défense, et M. d'Elbeuf demeura tout court2.
Louis XV, il valut au delà de quatre-vingt-dix mille livres (Mémoires de Luynes, tome II, p. 335).
1. Par son mariage avec Mademoiselle. — Dangeau dit : « M. de Lorraine arriva le 11, en chaise de poste, à Strasbourg, où on lui a fait toutes sortes d'honneurs. Le marquis d'Huxelles l'a régalé magnifiquement et lui a fait voir toutes les fortifications de la ville et de la citadelle.... » Comparez la Gazette d'Amsterdam, n° xlii et Extr., le Mercure, mai 1698, p. 270-272, et la Gazette, p. 250.
2. C'est encore Dangeau qui raconte cela, mais en termes plus mesurés, à la date du 20 mai (tome VI, p. 369) : « M. le duc d'Elbeuf vouloit retourner en Lorraine ; il en parla au Roi, qui ne lui a pas conseillé ce voyage. M. de Couvonges, envoyé de Lorraine, a parlé fort différemment de ce que M. d'Elbeuf avoit dit à son retour, et c'est ce qui a obligé S. M., sur les instances que faisoit le duc d'Elbeuf, de lui défendre enfin de faire ce voyage. » Quant aux discours ou rapports du duc d'Elbeuf, fort mal réputé comme moralité et comme véracité (voyez notre tome II, p. 246, note 2), Dangeau avait dit seulement, en annonçant son retour d'un premier voyage à Lunéville (p. 352) : « M. d'Elbeuf parle de M. de Lorraine comme d'un homme qui est dans une très grande dévotion. » Mais il y est revenu deux mois plus tard (p. 380) : « M. le duc d'Elbeuf a reçu des lettres de M. de Lorraine et du comte de Carlingford, qu'il prétend qui le justifient de beaucoup de choses qu'on disoit qu'il avoit avancées de M. de Lorraine sans aucune mission; cela regardoit particulièrement le voyage que devoit faire ce prince en ce pays ici pour rendre ses respocts au Moi et pour voir Mademoiselle. » Nous
* Mal corrige br[ouillé].
Bouzols, beau-frère deTorcy, fut complimenter de la part du Roi M. de Lorraine à son arrivée1.
Camp de Le Roi, désormais en pleine paix, voulut étonner l'Eu-
Gompiègne r0pe par une montre de sa puissance2, qu'elle croyoit et déclaré. avoir épuisée par une guerre aussi générale et aussi longue, et en même temps se donner, et plus encore à Mme de Maintenon, un3 superbe spectacle sous le nom de Mgr le duc de Bourgogne : ce fut donc sous le prétexte de lui faire voir une image de la guerre et de lui en donner les premières leçons, autant qu'un temps de paix le pouvoit permettre, qu'il déclara un camp à Compiègne, qui seroit commandé par le maréchal de Boufflers, sous ce jeune prince4. Les troupes qui, en grand nombre, le dévoient composer, furent nommées, et les officiers généraux choisis pour y servir5. Le Roi fixa aussi en même temps celui qu'il comptoit d'aller à Compiègne6, et fît entendre qu'il seroit bien aise d'y avoir une fort grosse cour. Je remets au temps de ce voyage à en parler plus particul ièrement 7 .
P. la Combe à Ce pendant l'affaire de Monsieur de Cambray étoit à
verrons du reste M. d'EIbeuf, au mois d'octobre, recevoir la procuration de son cousin et épouser Mademoiselle pour lui.