L'éclat est écrit en interligne
générale. M. de Beauvillier, qui étoit en année, servoit jusqu'au dîner inclus, et le marquis de Gesvres1 achevoit toujours les journées. Tout étoit local : à Versailles, le service étoit précis et réglé, et ces2 grandes entrées3 attendoient dans les cabinets, quand ils avoient à attendre; à Marly, où le Roi n'en avoit que deux, et encore à peine*, nulle grande entrée n'y mettoit le pied : il falloit attendre dans la chambre du Roi ou dans les salons, mêlés5 avec
1. Bernard-François Potier, marquis de Gesvres, fils aîné du duc de ce nom, était né le 45 juillet 4655 et avait depuis 4658 la survivance du gouvernement de Valois, depuis 1670 celle de la charge de premier gentilhomme de la chambre, depuis 1677 la capitainerie du château deMontceaux. Fait mestre de camp de cavalerie en 4675 et promu brigadier en 1690, il avait vendu le régiment dès 4694. Son père lui céda le duché de Tresmes en 4703. Devenu gouverneur de Paris en 4704, il eut l'Ordre en 4724, et ne mourut que le 42 avril 4739, au château de Saint-Ouen.
2. Le manuscrit porte bien ces; mais ne faudrait-il pas lire les?
3. Nous avons déjà dit un mot (tome III, p. 202) des entrées, dont les Mémoiî'es parleront plus longuement en d'autres occasions. On distinguait les « grandes entrées, » les « premières entrées » et les simples « entrées de la chambre. » Les grandes entrées, ce « comble des grâces, » comme dira Saint-Simon, « la plus insigne et la plus rare faveur, et la privance la plus commode, la plus grande et la plus utile » (Écrits inédits, tome VI, p. 378), n'appartenaient qu'aux enfants du Roi, aux princes du sang à qui il les avait accordées, au grand chambellan, aux quatre premiers gentilshommes de la chambre, aux grand maître et maîtres de la garde-robe, aux quatre premiers valets de chambre, au premier médecin et au premier chirurgien, c'est-à-dire aux officiers ou domestiques dont la présence était nécessaire pour que le Roi sortît de son lit, et à leurs survivanciers ou aux démissionnaires. Louis XIV les avait données aussi à certains favoris, tels que Lauzun. Seules, les grandes entrées pouvaient venir faire leur cour sans que le premier gentilhomme de service les annonçât. L'« entrée de la chambre » ne commençait qu'une fois le Roi sorti du lit. Voyez l'État de la France de 4698, tome I, p. 252-256; la suite des Mémoires, tomes VIII, p. 83, XII, p. 22, etc.; les Additions au Journal de Dangeau, tomes I, p. 258-259, et XVI, p. 27 ; les Mémoires de Luynes, tomes I, p. 244-250, 262-263, VI, p. 275, etc.
4. Jusqu'en 4699, il n'y eut que quatre appartements de distinction dans le château de Marly : ceux du Roi, du Dauphin, du duc de Chartres et de Mme de Maintenon.
5. Ce masculin pluriel se justifie par l'idée des personnages qui
tout le courtisan1, et cette attente prenoit une grande partie de la matinée lorsqu'il n'y avoit pas Conseil, qui y étoit bien moins fréquent qu'à Versailles. Pour les dames, les plus retirées partout ailleurs ne le pouvoient guère être à Marly : elles s'assembloient pour le dîner; presque jusqu'au souper, elles demeuroient dans le salon, et, par-ci par-là, les distinguées dans la première pièce de l'appartement de Mme de Maintenon2, où elle ni le Roi ne se tenoient pas, mais où elles le voyoient passer plus à leur aise, et mieux remarquées. Mmes de Chevreuse et de Beauvillier, accoutumées à voir l'élite des dames se ramasser autour d'elles partout, se trouvèrent, tout ce voyage-là3 et quelques autres ensuite, fort esseulées. Personne ne les approcha celui-ci, et, si le hasard ou quelque soin en amenoit auprès d'elles, c'étoit4 sur des épines, et elles ne cherchoient qu'à se dissiper : ce qui arrivoit bientôt après. Gela parut bien nouveau et assez amer aux deux sœurs; mais, semblables à leurs maris en vertu et en bienséances, elles ne coururent après personne, se tinrent tranquilles, virent sans dédain ce flux de la cour5, mais sans paroître embarrassées,
avaient les grandes entrées ; nous avons eu déjà le pronom ils trois lignes plus haut.
4. Comparez la description plus complète de cet appartement dans la suite des Mémoires, tomes III de 1873, p. °24, et VIII, p. 179, et voyez les magnifiques atlas de plans et perspectives de Marly conservés aux Archives nationales, 0l 1470-1472.
2. En mars 1695, Mme de Maintenon avait échangé son appartement d'en haut contre celui que Monseigneur occupait en bas, pour que le Roi n'eût plus à monter (Journal de Dangeau, tomes V, p. 71 et 163, et XIII, p. 485).