Fin de l'année 1649 et commencement de
2. Il avait brigué ou refusé l'archevêché de Reims et manqué l'évêché de Noyon, aussi pairie ecclésiastique.
3. Saint-Taurin d'Évreux, Saint -Benoît -sur -Loire, Saint- Père- en- Vallée, la Grasse, la Sauve-Majeure, Lire, etc.
4. La façon dont les choses sont présentées par un familier de M. le Tellier, Olivier d'Ormesson (ci-après, p. 282, note 3, et 283, notes 1 et 3), prouverait que le père prit aux négociations une part plus directe que notre auteur ne le dit.
5. Cela se passait vers le 30 mai 1668 : Journal d'Olivier d'Ormesson, tome II, p. 545. L'abbé le Tellier était alors maître de la chapelle du Roi, et il venait de faire un séjour à Rome.
6. Antoine Barberini, fils du duc de Monterotondo et neveu du pape Urbain VIII, fut d'abord destiné à l'ordre de Malte par son oncle, qui lui fit obtenir un grand prieuré en 1623 et qui lui donna en outre plusieurs abbayes, puis le fit cardinal et légat d'Avignon et d'Urbin en 1627, légat a latere en Piémont en 1629, camerlingue en 1638, légat de Bologne, de Ferrare et de la Roraagne, et généralissime des troupes de l'Église en 1641. Il dirigeait tout à Rome lorsque mourut Urbain VIII : les persécutions du nouveau pape le forcèrent, à la fin de 1645, d'aller demander un asile à la France, dont il avait eu le protectorat depuis 4633, avec l'abbaye de Saint-Évroult (1639), et, quoiqu'on lui imputât certains griefs qui étaient peut-être mal fondés, Mazarin, ne pouvant oublier que c'était le premier auteur de sa fortune, lui fit donner successivement la charge de grand aumônier de la Régente (1651), l'évêché de Poitiers (1652), la charge de grand aumônier de France, avec des lettres de naturalité (1653), enfin l'archevêché de Reims et une place
sa chute à Rome1, la protection que le cardinal Mazarin lui avoit accordée, et à sa famille fugitive en France2, ne lui avoit pas donné moins d'expérience et d'instruction qu'à la Rivière, touchant les ministres : il accourut dès le lendemain chez le Tellier, où il envoya chercher ses fils, leur fit de grands reproches de s'être adressés à Monsieur de Langres plutôt qu'à lui, et, de ce pas, alla demander au Roi la coadjutorerie de Reims pour l'abbé le Tellier, et l'obtint sur-le-champ3. Une si prodigieuse for-
de ministre d'État (1657). Le cardinal Antoine (appellation familière qu'on employait pour le distinguer de son frère aîné, François, et de son oncle Antoine, également cardinaux) mourut en Italie, le 3 août 1671, à soixante-quatre ans. Saint-Simon lui a consacré quelques lignes dans sa chronologie des Pairs ecclésiastiques (vol. 44 de ses papiers, aujourd'hui France 199, fol. 130). Nanteuil nous a laissé de lui un très beau portrait ad vivum, 1663. Plusieurs autres portraits sont réunis dans le ms. Clairambault 1143, fol. 35-40.
1. Cette chute était la conséquence naturelle et ordinaire du changement de pape : voyez les Mémoires d'Orner Talon, p. 161 et suivantes; le Journal d'Olivier d'Ormesson, tome I, p. 227, 332, 345 et suivantes; l'Histoire de France pendant la minorité de Louis XI Y, par M. Chéruel, tome II, p. 148 et suivantes; le tome II des Lettres de Mazarin, publiées par le même, à partir de la page 156, etc.
2. Persécutés et dépouillés par Innocent X malgré leurs relations avec la France, les frères du cardinal Antoine, c'est-à-dire le cardinal François, qui avait été secrétaire d'État, et Thaddée Barberini, préfet de Rome, se réfugièrent à Paris au mois de février 1646. Mazarin prit chaudement en main leur cause, et profita des premiers succès remportés dans l'expédition sur les côtes d'Italie pour demander que le Pape reçût les Barberini en grâce et leur rendit les biens confisqués (octobre 1646); ce ne fut cependant qu'en 1653 qu'ils purent rentrer dans leur pays. Quand Mazarin fit donner au cardinal Antoine l'archevêché de Reims, le pape d'alors, Alexandre VII, ne pouvant obtenir qu'il abandonnât le poste de camerlingue, lui refusa ses bulles, et il ne les eut que de Clément IX, en 1667. Il partit aussitôt pour la France.
3. C'est en effet dans les premiers jours de juin 1668 qu'on donna cette nouvelle coadjutorerie à l'abbé le Tellier", qui fut sacré arehe-
° Cela ressort du récit d'Olivier d'Ormesson; cependant la Gallia christiana, à l'article de l'évêque de Langres, dit que l'abbé le Tellier fut nommé coadjuteur de Reims le 8 juillet. On ne le remplaça pas à Langres, et ce siège passa peu après à M. de Simiane.
tune pour un homme de l'état et de l'âge de l'abbé le Tellier, qui n'avoit pas encore vingt-sept ans entièrement accomplis, fit un grand bruit dans le monde, et surprit jusqu'à sa famille et jusqu'à lui-même1. M. de Turenne, qui n'aimoit pas M. de Louvois, ni guère mieux M. le Tellier2, en fut piqué au dernier point3. G'étoit de plus un morceau unique, qu'il convoitoit pour son neveu, qui, déjà plein d'ambition, fut enragé de se le voir ôter, et par l'abbé le Tellier. Ils imaginèrent la coadjutorerie de Paris, et, avec les avances d'amitié intime qu'ils avoient avec M. de Péréfixe, ils le lui persuadèrent si bien et si tôt, qu'il ne le désira pas moins passionnément qu'eux :
vêque de Nazianze le 11 novembre suivant. Olivier d'Ormesson (Journal, tome II, p. 546-547) dit : « Il y avoit longtemps que l'on ménageoit cette coadjutorerie avec M. le cardinal Antoine, et l'on croit que celle de Langres n'avoit été recherchée et obtenue que pour faciliter l'obtention de celle de Reims.... M. le Tellier, ayant obtenu l'agrément de M. le cardinal Antoine, le dit au Roi et marqua que la coadjutorerie de Reims étoit un même titre de duché que Langres, une plus grande dignité, étant archevêché, et néanmoins qu'il ne desiroit l'une plus que l'autre que parce que Reiras n'étoit qu'à deux journées de Paris.... »
1. « M. l'abbé le Tellier.... en témoignoit une joie très grande, comme d'un établissement très élevé et beaucoup au delà de ses espérances.... Tout le monde considère cette grâce comme trop considérable pour M. l'abbé le Tellier, à son âge, etc., et que c'étoit un effet de la bonne fortune de M. le Tellier et de la puissance que les trois ministres ont sur le Roi. » (Ibidem.)
2. Dans son récit de cette affaire, que, plus loin, nous rapprocherons du récit de Saint-Simon, l'abbé de Choisy dit (Mémoires, p. 651-652) que Louvois et son père étaient hostiles à Turenne et aux Rouillon, soit à cause des différences de rang et de privilèges que la Sorbonne avait accordées à ces derniers, soit par ressentiment d'un mot de Turenne sur l'attitude respective de Colbert et de le Tellier dans le procès de Foucquet. Il a déjà été fait allusion à cette inimitié en 1697, tome IV, p. 80, note 3.
3. Olivier d'Ormesson raconte (p. 546) qu'allant faire ses compliments à M. le Tellier, il rencontra l'oncle du jeune duc d'Albret : « Je vis M. de Turenne, qui, me parlant de la coadjutorerie, dit qu'il ne falloit plus que M. le Tellier parlât de modération, et que, sur cette affaire, il le trouvoit embarrassé quand il en parloit, car il ne savoit comment accorder sa modestie avec cela »
il la demanda au Roi, et fut bien étonné d'y trouver de la résistance. Il ne se rebuta point; M. de Turenne vint au secours, qui s'y mit tout entier, comme pour un coup de partie1. Le Roi, dans l'embarras du refus à M. de Péréfixe, qu'il aimoit et qu'il considéroit fort, et encore plus à M. de Turenne dans la posture où il étoit2, et qui étoit pourtant résolu de ne hasarder pas3 de faire un second coadjuteur de Retz4, en sortit par proposer3 à M. de Turenne sa nomination au cardinalat au lieu de la coadjutorerie, et se trouva heureux et obligé à M. de Turenne de ce qu'il voulut bien l'accepter. La promotion des couronnes étoit instante6 : ainsi ils n'attendirent
1. Coup qui décide le gain ou la perte de la partie (Académie).
2. L'abbé de Choisy, qui a laissé deux rédactions différentes de son récit, dit, dans la première, que Turenne « avoit fait la pluie et le beau temps à la campagne de Lille ; mais, depuis la paix, sa faveur étoit fort baissée, et les courtisans, qui s'en étoient aperçus, n'étoient plus dans son antichambre. » Dans la rédaction définitive : « M. de Turenne n'étoit pas alors en faveur ; la campagne de 1667 avoit été trop brillante pour lui : les ministres s'étoient réunis contre lui.... Son crédit recommença en 1670. » (Mémoires de Vabbé de Choisy, p. 556 et 654.)
3. Pas est répété, par mégarde, à la fin de la ligne et au commencement de la suivante.
4. Ci-dessus, p. 243. — « Le Roi, qui se souvenoit encore de la guerre de Paris, où le coadjuteur cardinal de Retz lui avoit fait tant de peine, refusa tout net à Turenne la coadjutorerie. « Le duc d'Albret, « lui dit-il, est trop jeune pour le charger du soin de tant d'âmes. » Mais il le refusa dans les termes du monde les plus obligeants. » (Mémoires de l'abbé de Choisy, p. 650-651.) On sait en effet quelle difficulté le gouvernement royal avait eue à obtenir que Retz se démît de l'archevêché de Paris, dont il était absolument impossible que l'exercice lui fût remis. Cela explique, dans Louis XIV, la répugnance pour les coadjutoreries dont parlera notre auteur (tome XI, p. 343).
5. La première lettre de proposer corrige un d. — Nous avons déjà noté au passage ou rencontré de pareilles constructions où l'infinitif se trouve régi par la préposition par.
6. L'abbé de Choisy dit, avec quelque différence : « Cette nomination paroissoit alors fort éloignée, le pape Clément IX, qui n'étoit pape que depuis un an, n'ayant pas encore songé de faire la promotion
pas1, et se dépiquèrent ainsi de la coadjutorerie de l'abbé le Tellier2.
M. de Péréfixe étoit proviseur de Sorbonne, et en étoit d'autant plus le maître qu'il s'étoit plus que prêté à Wd S'-S. 260 toutes les volontés de la cour contre M. Arnauld3 et ses et261^
de ses créatures, qui devoit précéder celle des couronnes. » (Mémoires, p. 651.)
t. Le Roi écrivit au Pape et au cardinal Rospigliosi qu'il donnait sa nomination au duc d'Albret; ses lettres, du 18 novembre 1668, sont imprimées dans l'ouvrage de Baluze, tome II, p. 843-844, et dans les Mémoires de l'abbé de Choisy, p. 652. Le lendemain, Turenne annonça à Olivier d'Ormesson que cela s'était fait « sans aucune participation des ministres. » Clément IX ne fit la nomination que le 5 août 1669. 2. Selon la seconde rédaction de l'abbé de Choisy (p. 654 et 657), la conversion de Turenne fut une occasion de hâter les choses. Dans la première (p. 556; comparez p. 652-653), il dit que Turenne, vexé de ce que son neveu avait figuré en simple docteur au sacre du nouveau coadjuteur de Reims, « pour se dépiquer, alla prier le Roi de rendre publique la nomination de son neveu au cardinalat. Le Roi, qui se souvenoit des grandes obligations qu'il lui avoit, et qui l'aimoit dans le fond, n'osa le refuser. Il fut fait véritablement cardinal l'année suivante. » Malgré des écarts insignifiants entre le récit de l'abbé de Choisy et celui de notre auteur, il est bien difficile de ne pas voir là le fait d'un emprunt de ce dernier, soit aux souvenirs directs de l'abbé, qui fit un séjour à la Ferté-Vidame, en 1708, avec le cardinal de Bouillon lui-même, et qui y conçut la pensée d'écrire des mémoires sur la vie de ce prélat, soit à ses Mémoires, qui parurent en 1727 (n° 788 du catalogue de Saint-Simon). On remarquera l'emploi par Choisy du verbe se dépiquer, qui se retrouve ici aussi. Nous l'avons déjà rencontré au tome II, p. 338, et au tome III, p. 38, et il est employé d'ailleurs au même sens, dans les lettres de Coulanges et de Mme de Sévijmé (tome X, p. 335, 354 et 364), dans le Journal de Dangeau (tome XI, p. 458, etc.) ; mais l'usage que Saint-Simon en fait ici, dans la même phrase et au même propos que l'abbé, n'est-il pas un indice des plus probants? — Pour juger si cette idée d'un emprunt est exacte, le lecteur n'aura qu'à se reporter aux deux rédactions de Choisy. J'ai déjà dit que le même récit se trouve résumé dans les Curiosités historiques de 1 /o9 (tome I, p. 141-143).
3. Antoine Arnauld, né à Paris le 6 février 1612, mort à Bruxelles le 8 août 1094, est ce docteur, théologien, philosophe et écrivain, dont le rôle dans les disputes sur la grâce, ainsi que ses luttes avec la Sorbonne et avec les adversaires de Port-Royal, sa polémique brillante
amis1, et qu'il avoit fait main basse sur la Sorbonne2 et répandu grand nombre de lettres de cachet3. D'autre part,
contre les protestants, enfin son long exil à l'étranger, sont choses trop connues pour qu'il y ait lieu d'en dire plus ici.
1. Les vrais ou prétendus partisans du jansénisme. Dans la notice sur M. de Péréfixe indiquée plus haut, Saint-Simon s'exprime en ces termes : « Il se prêta à tout ce que la cour et les jésuites voulurent; il dévasta la Sorbonne, enleva et emprisonna les religieuses de Port- Royal, et leur ôta les sacrements même à la mort; dissipa tout ce qui leur étoit uni, persécuta, sous le nom de jansénistes, tous ceux que les jésuites voulurent, etc. » [Écrits inédits, tome IV, p. 440; comparez la suite des Mémoires, tome VII, p. 134.)
2. Antoine Arnauld, ayant fini sa licence, en 1638, sans être reçu de la maison de Sorbonne, ne fut admis de la société que tardivement et avec de grandes difficultés, le 31 octobre 1643, alors qu'il était prêtre et docteur en théologie de la Faculté de Paris depuis deux ans. Son livre sur la Fréquente communion et la lettre dans laquelle il contestait l'existence des propositions condamnées chez C. Jansenius le firent censurer et exclure de la Sorbonne, et même de la Faculté de théologie, en 1656. Dès lors, il se consacra tout entier à la lutte contre les protestants, d'une part, contre les jésuites, de l'autre. Saint- Simon avait dans sa bibliothèque le livre de la Fréquente communion, celui de la Perpétuité de la foi touchant l'Eucharistie, et l'Histoire et concorde des quatre évangélistes.
3. Les lettres de cachet s'appelaient ainsi de ce que, à la différence des lettres patentes, elles arrivaient à destination pliées, fermées et scellées du cachet secret. Portant la signature du Roi et le contreseing d'un secrétaire d'État, elles étaient censées émaner directement du souverain; mais, le plus souvent, le secrétaire d'État était seul instruit de l'affaire. L'objet des lettres de cachet n'était pas uniquement, comme on l'a cru souvent, d'envoyer quelqu'un en exil ou en prison ; elles servaient aussi bien à l'en faire revenir, à convoquer des compagnies ou des personnages particuliers, à faire injonction de délibérer sur quelque matière ou de se rendre à une cérémonie, à une réunion. La formule était en général celle-ci : « Monsr *** (ou Nos amés et féaux les ***), je vous fais cette lettre pour vous dire que ma volonté est que vous fassiez telle chose dans tel temps. Si n'y faites faute. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.... » La lettre de cachet n'indiquait, comme on voit, ni les motus, ni les conditions de l'ordre ; c'était la simple expression de la volonté royale. Elle pouvait d'ailleurs s'adresser aussi bien à la personne chargée d'exécuter l'ordre qu'à celle qui en était l'objet. Remise à
le jeune abbé s'étoit dévoué aux jésuites, auxquels il a été toute sa vie abandonné, et dont il a tiré de grands services1. Avec ces2 secours, M. de Turenne put prétendre pour lui toutes les nouveautés qu'il voulut3 ; elles s'exécu-
destination, soit par un officier de police ou un exempt de la garde du Roi, soit par quelque haut personnage, selon les circonstances, il fallait que le porteur justifiât de l'exécution ou du motif qui l'avait empêchée. Sans que l'usage des lettres de cachet ait eu la même extension sous Louis XIV que sous son successeur, il est très vrai qu'on s'en servit énormément au cours des dissensions philosophiques et religieuses. Dans une Addition au Journal de Dangeau, tome XVI, p. 171, Saint- Simon dit qu'il se trouva, en septembre 1715, que presque tous les prisonniers auxquels la liberté fut rendue par le Régent « l'étoient sous prétexte de jansénisme ou de la Constitution, plusieurs anciens et comme oubliés.... Les ministres avoient fait arrêter beaucoup de gens sans avoir dit pourquoi, et quelquefois même à l'insu du Roi. » On aura plus de renseignements sur les lettres de cachet dans l'ouvrage publié par Mirabeau en 1782, touchant cette matière; dans l'Encyclopédie méthodique de jurisprudence; dans un mémoire de M. Joly intitulé : les Lettres de cachet dans la généralité de Caen au xviw siècle; dans un autre mémoire, plus considérable, de M. Ph. Van der Haeghen, publié, en 1881, par le Messager des sciences historiques de Belgique, d'après les papiers de l'intendance de Languedoc. C'est surtout dans les registres de la maison du Roi qu'il faudrait étudier cette matière. Le registre 01 274 contient (fol. 1-4) les divers types de rédaction.