Le g de gentilhomme corrige un second C majuscule
2. Les preuves de ce personnage jusqu'en 1440, pour entrer dans les pages, sont conservées au Cabinet des titres, vol. 286, n° 37. La famille avait eu trois chevaliers ou commandeurs de Malte, reçus en 1633, 1649 et 1689; sa généalogie est insérée au second registre de Y Armoriai général de d'Hozier. Le père, qui possédait le château d'Uzay, auprès de Saint-Maixent, et avait une charge de lieutenant de Roi au bas Poitou, ne mourut qu'en 1720. La Carte, château situé dans la paroisse de Cherveux, leur appartenait depuis 1450, selon la généalogie, qui leur attribue aussi quelques bonnes alliances.
3. On comprend qu'il veut dire que le prince montrait d'ordinaire un meilleur goût; mais la phrase est singulière.
4. Voyez une pièce du Chansonnier, ras. Fr. 12 692, p. 11, qui est reproduite dans le Nouveau siècle de Louis XIV, tome IV, p. 80.
5. Dans la table du volume du Journal où Dangeau a noté les deux acquisitions successives faites par M. de la Carte en 1696, Saint-Simon a relevé le fait en ces termes : « La Carte, qui, d'officier au régiment des gardes, étoit devenu un étrange favori de Monsieur et avoit eu une moitié de charge de son premier maître d'hôtel, achète de M. d'Estampes une moitié de celle de capitaine de ses gardes. »
6. Sa est en interligne. — Ceci est une erreur : nous avons vu déjà que, des deux charges de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, l'une appartenait aux deux frères Châtillon, et l'autre au comte de Sassenage. La Carte n'eut jamais que la moitié d'une des deux charges de capitaine des gardes du corps du prince, l'autre moitié étant possédée par M. d'Estampes, et l'autre charge par la Fare.
7. Le 14 mai 1697, Monsieur lui avait constitué une pension de quatre mille livres ; il en ajouta une autre, de six mille, à l'occasion de son mariage, le 22 juillet 1698. Madame parle aussi d'un don datant de 1696 (recueil Rolland, p. 154). Tous ces faits, bien connus à la cour,
duchesse de la Ferté avoit encore une fille1, qui avoit un peu rôti le balai2 et qui commençoit à monter en graine3 : elle étoit fort bien avec Monsieur, qui lui proposa ce mariage; elle se fit prier, et elle voulut que la Carte prît les livrées et les armes4 de sa fille et le nom de marquis de la Ferté5. Gela l'honoroit trop pour n'y pas consentir avec joie; mais le duc de la Ferté, de tout temps
inspiraient au Roi une profonde aversion pour le favori, et il ne lui permit jamais d'approcher de sa personne.
1. Mlle de Mennetou, Françoise-Charlotte de Senneterre (tome II, p. 80, note 6), cette « égueulée » avec laquelle Saint-Simon avait été obligé de danser un branle en 1694, et qui, alors, avait failli épouser le chevalier de Soissons. Elle a figuré aussi dans le principal branle, au bal des noces de 1697 (tome IV, p. 320). Excellente musicienne, danseuse et chanteuse, elle avait été admise à jouer du clavecin devant le Roi, n'ayant que neuf ans. Elle jouait aussi de la flûte. C'était une fort jolie personne, élégante, mais de taille un peu irrégulière. (Chansonnier, mss. Fr. 12 690, p. 507, et 12 692, p. 188 ; Journal de Dangeau, tome II, p. 450; second supplément du Parnasse françois [1755], p. 11.) La collection Hennin renferme deux portraits d'elle (n" 6198 et 6171); l'un la représente en pied, l'autre jouant du clavecin. Elle fut mariée le 22 juillet 1698, et, trente ans plus tard, après un long veuvage, épousa en secondes noces (avril 1729), Jean-François de Malortie, marquis de Boudeville, de même famille que François de Malortie, seigneur de Villars, dont la femme, Anne Sarrau, fut exécutée avec le chevalier de Rohan, le 27 novembre 1674. Elle mourut le 4 novembre 1745, à la Ferté, ayant soixante-six ans.
2. Saint-Simon écrit : ballet. Il applique la même expression à Mme de Maintenon en plusieurs endroits. Ce n'est évidemment pas au sens de végéter et être réduit, faute de bois, à brûler son balai, comme le croit Littré, mais au sens de mener une vie dévergondée, une vie d'enfer, comme les sorcières qui se rendent au sabbat sur leur balai.
3. Expression déjà employée pour Mlle de Croissy : tome III, p. 35.
4. La maison de Senneterre ou Saint-Nectaire portait pour armes : d'azur à cinq fusées (losanges allongés) d'argent rangées en fasce.
5. Journal de Dangeau, tome VI, p. 385. — La terre de la Ferté- Nabert, en Orléanais, avait été érigée en duché, en 1665, pour le maréchal de Senneterre, mort en 1681, grand-père de Mile de Mennetou, laquelle n'avait que deux oncles, jésuite et chevalier de Malte, et des cousins, des branches de Châteauneuf et de Brinon, cadettes. Il fut donc convenu que, faute de descendance masculine, M. de la Carte deviendrait propriétaire des terre? 4e la Ferté, Mennetou, Ligonneau, etc.,
brouillé avec sa femme, et non sans cause1, séparé d'elle et qui ne la voyoit point, se fit tenir à quatre2, et les Saint-Nectaires3 encore plus, qui s'opposèrent en forme à la prostitution de leur nom et de leurs armes*. Après bien du vacarme et des propos fâcheux, Monsieur apaisa tout avec de l'argent5 : tous consentirent, et la duchesse
prendrait le nom de la Ferté-Senneterre, et en écartèlerait les armes avec les siennes propres.
1. Le mari (dans notre tome III, p. 93) était un débauché « jusqu'à la crapule, » qui, toujours ivre, « se tua avant l'âge, fort comme il étoit, après en avoir tué bien d'autres à coups de verre. » Autrement, il eût réussi par sa prestance, son esprit, sa belle conduite à la guerre. Le Roi fit de vains efforts pour qu'il se corrigeât. Voyez sa notice dans le duché de la Ferté, tome VI des Écrits inédits, p. 294-297. Le recueil inédit de caractères conservé au musée Britannique (ms. Addit. 29507, fol. 25) dit de lui : « D'une médiocre taille pour la hauteur, mais, quoique jeune, d'une grosseur et d'une graisse à dégoûter toute la terre. Il n'a de l'esprit que pour raffiner sur les débauches du vin et des femmes. En un mot, c'est un homme à enterrer de toutes manières. » — La duchesse, type de la Messaline des Caractères, disait-on, était en procès avec lui (Correspondance administrative, tome II, p. 283; Arch. nat., 01 40, fol. 262), et elle ne le vit que malgré elle et passagèrement à l'occasion du mariage de leur fille (Chansonnier, ms. Fr. 12 692, p. 367).
2. Littré a recueilli de nombreux exemples de cette locution, au sens de faire la plus vive résistance, soit réelle, soit feinte.
3. Sur ce nom de famille, devenu définitivement Senneterre, voyez notre tome III, p. 27, note 1.
4. Ce furent le chevalier de la Ferté °, frère cadet du duc, et leur cousin germain, le marquis de Senneterre-Brinon, qui firent une tentative d'opposition ; mais Monsieur obtint au profit de son favori un arrêt du Conseil du 24 novembre 1698. D'ailleurs, M. de la Carte s'était hâté de faire entériner les lettres patentes lui permettant de changer son nom pour celui de la Ferté-Senneterre (Journal de Dangeau, tome VI, p. 385 et 465; Gazette d'Amsterdam, 1698, n°' lxi et lxii; Arch. nat., X1A 8693, fol. 373.) Le fils issu de cette alliance hérita des deux noms et du titre : Dictionnaire critique de Jal, p. 1122.
5. Comparez tout ce qui vient d'être dit avec l'article de Mlle de Menn<îtou, « les délices de sa mère, » dans la notice déjà indiquée du duché de la Ferté, tome VI des Écrits inédits, p. 297-298.
° Selon le Chansonnier (ms. Fr. 12 692, p. 485), ce chevalier avait été aimé de sa nièce.
Mariage de
Sassenage avec
une fille du duc
de Chevreuse,
veuve de
Morstin.
Monsieur
le Grand, et
60 000 * au
de la Ferté donna une fête à Monsieur en faisant la noce1.
Sassenage2, autre premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, épousa la veuve de Morstin, fille du duc de Chevreuse3. G'étoit une âme d'élite du petit troupeau de Mme Guyon et de Monsieur de Cambray4, qui, avec toute la profondeur de cette dévotion, voulut se remarier5. Ce gendre n'étoit pas plus fait pour cette famille que M. de Levis6, et beaucoup moins pour une femme si mystique7; il a pourtant très bien vécu avec eux tous8.
Le Roi, qui venoit de payer les dettes de M. de la Rochefoucauld9 et qui aimoit fort aussi Monsieur le Grand, ne voulut apparemment pas faire de jalousie entre ces
1. Le mariage fut célébré à Saint-Cloud, par le premier aumônier de Monsieur : « Outre le régal qu'où y donna aux conviés, il y eut, le soir, un magnifique soupe (sic), par ordre de Monsieur, dans un appartement du Palais-Royal, à la fin duquel la duchesse de la Ferté, mère de la mariée, donna une belle symphonie, et mena ensuite les mariés coucher chez elle. » (Gazette d'Amsterdam, n° lxii.) Les Mémoires de Sourches disent que « la magnificence de cette fête alla presque aussi loin qu'auroit pu aller celle des noces d'un grand prince. » Mme de la Ferté avait déjà donné un « grand régal » à Monseigneur, le 27 janvier précédent.
2. Ismidon-René, comte de Sassenage, dont Saint-Simon a parlé à propos des changements faits dans les deux charges, en 1694 : tome II, p. 208.