‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 221 sur 495 · L'ambassadeur de Hollande : ci-dessus, p · texte numérisé non relu

L'ambassadeur de Hollande : ci-dessus, p

8. La Gazette rend compte de son entrée, qui eut lieu le 24 août (p. 418). Comparez le journal ms. Fr. 10 713, fol. 12-15.

Il arriva à Meudon une scène fort étrange1. On jouoit après souper, et Monseigneur s'alla coucher; assez de courtisans demeurèrent à jouer ou à voir jouer. M. le prince de Conti et le Grand Prieur2 étoient des acteurs. Il y eut un coup qui fit une dispute. On a déjà vu en plus d'un endroit3 que ce prince et MM. de Vendôme ne s'aimoient pas, et d'une manière même assez déclarée. La faveur de M. de Vendôme, qui ne l'étoit pas moins*, sa préférence sur les princes du sang pour le commandement des armées, ses rangs et ses distinctions crus à pas de géant, touchant presque le niveau des princes du sang, avoient tellement augmenté l'audace du Grand Prieur, qu'il lui échappa dans la dispute une aigreur et des propos qui eussent été trop forts dans un égal, et qui lui attirèrent5 une cruelle repartie, où le prince de Conti tançoit à bout portant et sa fidélité au jeu et son courage à la guerre, l'un et l'autre, à la vérité, fort peu nets6. Là -dessus, le Grand Prieur s'emporte, jette les cartes, et lui demande satisfaction, l'épée à la main, de

1. Cette scène se passa le 28 juillet, selon le récit de Dangeau (tome VI, p. 387-388, 390 et 392-393), que Saint-Simon suit encore ici, le 27, selon M. de Sourches (tome VI, p. 49-54). On la trouve aussi racontée dans une lettre de Madame que je citerai, dans une lettre de Racine à son fils (Œuvres, tome VII, p. 269), dans la Gazette d'Amsterdam, n° lxiii, dans les Annales de la cour, tome II, p. 400-402 et 406-407, etc. Quelques pièces relatives à ce conflit, entre autres la relation envoyée à Venise par l'ambassadeur Erizzo (copie des Dépêches vénitiennes, filza 191, p. 263-265 et 279-282), ont été réunies dans le tome X des Archives de la Bastille, p. 173-175. Jal avait reproduit, sans connaître les faits, l'ordre d'envoi du Grand Prieur à la Bastille et l'ordre de mise en liberté (Dictionnaire critique, p. 1241).

2. Philippe de Vendôme, frère cadet du duc : tome I, p. 303. Nous avons déjà vu les deux frères prendre querelle au jeu, chez Mme d'Armagnac, avec Roquelaure (tome II, p. 246-250), et le second, en 1698 même (ci-dessus, p. 67-68), contester la préséance à l'ambassadeur anglais.

3. Notamment tomes I, p. 279-304, II, p. 185, 232, 246 et 288-291, IV, p. 137 et 144.

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