‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 293 sur 495 · La première lettre & agréa corrige un p · texte numérisé non relu

La première lettre & agréa corrige un p

6. Cet ordre religieux, réformé au seizième siècle, comme les carmélites, par sainte Thérèse, et établi en France, comme elles, vers

d'années : il avoit de l'esprit, de la science, de l'élo- I quence; il avoit prêché avec réputation; il savoit fort le monde, et il paroissoit exceller en régularité dans tous les pénibles exercices de la vie de la Trappe. Il s'appeloit D. François Gervaise, et il avoit un frère1 trésorier [Add. S'-S. 269] de Saint-Martin de Tours2, qui étoit homme de mérite et qui se consacra depuis aux missions et fut tué en Afrique évêque in partibus. Ce carme3 étoit connu de Monsieur de Meaux, dans le diocèse duquel il avoit prêché*.

1605, y comptait plus de quarante couvents. La principale maison, à Paris, était dans la rue de Vaugirard.

1. Nicolas Gervaise, dont la vie et les ouvrages font l'objet d'un long article dans le Moréri, avant l'article de son frère. D'abord envoyé en mission à Siam, d'où il rapporta une histoire de ce royaume et une description du royaume de Macassar, il devint curé à Vannes, puis prévôt de Suèvres, dignité qui dépendait de l'église Saint-Martin de Tours. H fit paraître alors une Vie de saint Martin, que Saint-Simon eut dans sa bibliothèque, et divers ouvrages d'érudition. Vers 1724, le Pane lui ayant donné un évêché inpartibus, il s'embarqua pour le pays de sa mission, mais fut massacré sur l'Orénoque, en Amérique, et non en Afrique, comme notre auteur va le dire, le 20 novembre 1729. Il laissait inédits ou inachevés des travaux d'histoire ecclésiastique, parmi lesquels une Vie de Rancé, que des ordres supérieurs lui avaient défendu de publier en 1700. — Ces deux frères Gervaise étaient fils du médecin de Nicolas Foucquet.

2. Nicolas Gervaise avait, comme on vient de le voir, la dignité de prévôt de Suèvres, et non celle de trésorier, dans la célèbre et riche basilique de Saint-Martin. La trésorerie appartenait depuis 1696 à l'abbé de Pezeux, neveu du maréchal de Choiseul.

3. Son séjour dans l'ordre des carmes, où il était entré à l'âge de quinze ans, sous le surnom d'Agathange, n'avait été marqué que par une grande régularité et par des études très profondes. Après y avoir enseigné la théologie et prêché, il gouverna plusieurs maisons comme prieur théologal, et môme représenta l'ordre à Rome, en qualité de député. N'ayant pu obtenir de se réfugier dans quelqu'une des solitudes que possédaient les carmes, et se trouvant encouragé dans ses idées de retraite par la lecture du livre de Rancé sur la vie monastique, il insista longtemps auprès de cet abbé avant qu'on l'admît à la Trappe.

4. Selon le Moréri, ce fut comme prieur du couvent de Crégy, près Meaux, qu'il eut l'occasion de se faire connaître de Bossuet. Sur ce couvent, voyez le Mémoire sur la généralité de Paris (1881), p. 86.

Monsieur de la Trappe, son ami, le consulta : Monsieur de Meaux l'assura qu'il ne pouvoit faire un meilleur choix. G'étoit un homme de quarante ans et d'une santé à faire espérer une longue vie et un1 long exemple ; ses talents, sa piété, sa modestie, son amour de la pénitence séduisirent Monsieur de la Trappe, et le témoignage de Monsieur de Meaux acheva de le déterminer2. Ce fut donc lui qui, à la prière de Monsieur de la Trappe, fut nommé par le Roi pour succéder à celui qu'il venoit de perdre3. Ce nouvel abbé ne tarda pas à se faire mieux connoître après qu'il eut eu ses bulles : il se crut un personnage, chercha à se faire un nom, à paroître, et à n'être pas inférieur au grand homme à qui il devoit sa place et à qui il succédoit4. Au3 lieu de le consulter, il en devint jaloux, chercha à lui ôter la confiance des religieux, et, n'en pouvant venir à bout, à l'en tenir séparé.

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