‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 349 sur 495 · Relation de la cour de France, p · texte numérisé non relu

Relation de la cour de France, p

A. Voyez les Mémoires de l'abbé de Choisy, p. 63-2-633. 5. Addition de Saint-Simon au Journal de Dangeau, 10 juillet 1688, iome II, p. 152.

entrer dans les affaires pour devenir un jour un grand roi, qui gouvernât ses peuples avec justice et avec piété, et qui fût plutôt le père que le maître de ses sujets. Il parla à Monseigneur avec tant de force et de tendresse, que Monseigneur ne put s'empêcher de se jeter à ses genoux pour lui témoigner son respect et sa reconnoissance. Ensuite le Roi, s» tournant vers ses deux nouveaux ministres, leur fit le plan de toutes les affaires de l'Europe, leur dit toutes les raisons qu'il avoit eues d'agir comme il avoit fait jusqu'alors, leur apprit tous les intérêts des princes étrangers et toutes leurs liaisons, leur découvrit les desseins qu'il avoit pour l'avenir et les moyens qu'il avoit de les exécuter. Enfin, pendant plus d'une heure que son discours dura, il ne prit jamais une parole pour l'autre, et leur parla avec tant de force, d'éloquence et de justesse, qu'ils sortirent du Conseil pénétrés de la beauté de son génie, qui n'avoit été cultivé par aucune science1. »

Monseigneur justifia la confiance de son père par une rare discrétion4; mais il n'assistait qu'en oisif aux séances, lorsque la chasse lui laissait quelque liberté3, et, « tout noyé dans la graisse et dans l'apathie, » nous ne le verrons prendre part aux délibérations que lorsqu'il s'agira d'accepter la couronne d'Espagne pour son second fils*. Au contraire, et quoique beaucoup plus jeune, le duc de Bourgogne marquera une grande assiduité dès qu'il aura été appelé à ce conseil. « Le lundi 4 décembre (1702), disent les Mémoires*, au sortir du conseil de dépêches, où étoit Mgr le duc de Bourgogne, le Roi lui dit qu'il lui donnoit l'entrée du conseil des finances et même du conseil d'État, qu'il comptoit qu'il y écouteroit et s'y formeroit quelque temps sans opiner, et qu'après cela il seroit bien aise qu'il entrât dans tout. Ce prince s'y attendoit d'autant moins que Monseigneur n'y étoit entré que beaucoup plus tard, et fut fort touché de cet honneur. Mme de Maintenon, par amitié pour Mme la duchesse de Bourgogne, y eut grand part, ainsi que le témoignage que rendit le duc de Beauvillier de la maturité et de l'application de ce jeune prince. » Celui-ci ne se montra pas seulement exact et attentif aux séances, mais travailla beaucoup en dehors, pour « se rendre capable d'affaires de guerre et de paix®. »

1. Mémoires de Sourches, tome III, p. 442; comparez le Journal de Dangeau, tome III, p. 370.

2. « Aussi impénétrable sur les secrets que le Roi, » dit Dangeau (tome XII, p. 348) ; et l'abbé de Choisy (p. 579) : « Il a été éprouvé plusieurs fois, et reconnu fort secret. »

3. « Monseigneur étoit assidu aux conseils d'État; mais, quoiqu'il eût la même entrée en ceux de finance et de dépêches, il n'y alloit presque jamais. » (Mémoires de Saint-Simon, tome VIII, p. 267.)

4. Mémoires de Saint-Simon, tome II de 1873, p. 392.Torcy ne parle guère du prince, dans le Journal édité par M. Frédéric Masson (1884), que pour dire qu'il n'est pas « harangueur. »

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