‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 353 sur 495 · Parallèle des trois premiers rois Bourbons, p · texte numérisé non relu

Parallèle des trois premiers rois Bourbons, p

siuellement valu à des enfants les survivances des plus importantes places de secrétaires d'État de leurs pères, et qui les y a établis en chef dans la première jeunesse par la mort de leurs pères, ou par leur translation, comme le Tellier et Pontchartrain, à un plus grand emploi. Louis XIV s'applaudissoit avec une complaisance extrême de les former aux affaires, et rien ne lui plaisoit tant que leur aveu, feint ou véritable, d'ignorance pour en être instruits. Aussi a-t-on vu comment les affaires ont tourné depuis que de pareils ministres ont gouverné et que des généraux formés de même ont commandé les armées, malheurs dont la sagacité d'Henri IV et de Louis XIII ont été toujours préservés (sic)1. »

Du vivant même de Louis XIV, vers 1712, dans la Lettre anonyme au Roi*, Saint-Simon écrivait que, « choquée peut-être- du grand nom que •s'étoient acquis dans le monde les anciens ministres, S. M. n'a pas été insensible à leur donner des successeurs dont la médiocrité, reconnue ou par leur génie, ou par leur nouveauté, ou par leur extrême jeunesse, ne pût partager avec elle la gloire du gouvernement. » Et en effet le prince, reconnaissant l'impossibilité absolue de toujours trouver des nommes de génie, n'avait-il pas fait cette profession de foi dans ses Mémoires'5 : « Ni vous, ni moi, mon fils, n'irons pas chercher pour ces sortes d'emplois ceux que l'éloignement ou leur obscurité dérobent à notre vue, quelque capacité qu'ils puissent avoir. Il faut se déterminer nécessairement sur un petit nombre que le hasard nous présente, c'est-à-dire •qui sont déjà dans les charges, ou que la naissance, l'inclination ont attachés de plus près à nous.... J'aurois pu sans doute jeter les yeux sur des gens de plus haute considération, mais non pas qui eussent eu plus de capacité que ces trois ministres (le Tellier, Lionne, Foucquet), *et ce petit nombre.... me paroissoit meilleur qu'un plus grand. Pour vous découvrir même toute ma pensée, il n'étoit pas de mon intérêt de prendre des sujets d'une qualité plus éminente. II falloit, avant toutes choses, établir ma propre réputation et faire connoître au public, par le rang même d'où je les prenois, que mon dessein n'étoit pas de partager mon autorité avec eux. Il m'importoit qu'ils ne conçussent pas eux-mêmes <le plus hautes espérances que celles qu'il me plairoit de leur donner : <se qui est difficile aux gens d'une grande naissance.... »

La conclusion de Saint-Simon, comme celle du judicieux et véridique Spanheim4, est que cette composition du Conseil eut la plus fâcheuse

1. Ailleurs encore [ibidem, p. 217), il dit : « Comme le petit lui étoit fort homogène (au Roi), il s'y attacha avec avidité, en prit titre de se persuader qu'il se gouvernoit seul et faisoit tout lui-même, tandis que le grand, que le vaste, que les détails les plus importants demeuroient entre leurs mains. »

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