‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 461 sur 495 · Le Grand Alcandre, p. 24-25; comparez p. 37 et · texte numérisé non relu

Le Grand Alcandre, p. 24-25; comparez p. 37 et

spécimens; et toujours la belle répondait obstinément : « Je vous aime, mon cher prince, autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous à l'honneur, à la vertu, ni à aucune chose qui me puisse faire perdre votre estime1. » Se rapprochant encore des récits de Saint- Simon, le pamphlet représente M. de Soubise comme un mari peu redoutable au fond, quoi qu'en dise une chanson du temps2, et même prêt à s'accommoder.

Sur ces entrefaites, Mme de Montespan, revenue des eaux de Bourbon et mise au courant de la situation, aurait dénoncé, d'une part, à M. de 'Soubise, les manœuvres du roi amoureux, et d'autre part, à celui-ci, les vices constitutionnels que dissimulait la beauté d'Anne Chabot. Le pamphlet parle alors d'une retraite momentanée à la campagne, évidemment celle dont nous avons trouvé des traces en 1676. Enfin il donne à entendre, toujours comme Saint-Simon, et aussi comme Mme de Caylus, que la princesse, en femme sensée, ne voulut point se compromettre à jamais pour un amant qui, selon toutes probabilités, l'eût abandonnée au premier jour.

Conclusion : après avoir cru plusieurs fois son triomphe assuré, le Roi aurait été contraint de quitter la partie, en déclarant ne connaître dans son royaume que deux femmes pour lesquelles il ferait serment qu'elles fussent fidèles à leurs maris : la Reine et Mme de L***; et celle-ci, modeste dans son triomphe, n'aurait eu garde de s'en faire gloire à la cour.

Le pamphlet commente en ces termes un cas si rare : « II faut en effet qu'une/emme ait un grand fonds de vertu pour soutenir les assauts qui furent livrés à cette pauvre comtesse, et dont elle sortit toujours à son honneur. Elle eut à combattre la passion du Roi, le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant d'occasions périlleuses où les plus chastes succomberoient, et où l'honneur a si souvent fait naufrage : de sorte que surmonter tous ces obstacles, comme a fait notre héroïne, est le plus grand effort de la vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remporté sur l'amour3. »

Il ne semble pas que rien soit inadmissible dans cette version si

i. Le Grand Alcandre, p. 48 et 58.

2. Ms. Fr. 12 687, p. 25; imprimé dans le Nouveau siècle de Louis XIV, tome IV, p. 54 :

Si c'est la crainte d'un époux

Qui vous fait combattre un monarque,

Soubise, que ne parlez-vous ?

On lui fera passer la barque,

Et, si vous voulez aujourd'hui,

On l'enverroit demain chez lui.

C'est à la suite de ce couplet que l'éditeur du Nouveau siècle a reproduit les récits de Saint-Simon et de Mme de Caylus. Dans le manuscrit, le commentateur, c'est-à-dire Gaignières, a mis cette note (p. 33) : « On disoit que le Roi l'aimoit, et qu'elle résistoit à S. M. par la crainte de son mari : c •<> qui n'est pas vraisemblable. »

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