‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 466 sur 495 · De soixante à soixante-quinze mille livres par an · texte numérisé non relu

De soixante à soixante-quinze mille livres par an

4. Ci-dessus, p. 561, et Histoire amoureuse des Gaules, tome IV, p. 40-46 «t 50. Cela rappelle le mot cynique de Russy-Rabutin écrivant, en 1677, à Mme de Montmorency, à propos de Mlle de Ludres : « Je dirai, avec le vieux Senneterre, que les gens d'honneur n'ont point de chausses. Il n'appartient pas à ceux qui n'ont point de pain de faire les généreux.... » {Correspondance, tome III, p. 285.)

5. Hclation de la cour de France en 1690, p. 130, et portraits de la cour vers 1700, à la suite, p. 423.

6. Caractères de.... la cour de France, éd. 1702, p. 28, et éd. 1706, réimprimée par M. Edouard de Barthélémy, p. 26.

1703 : « Le prince de Soubise n'est ni bien ni mal fait de corps. Son esprit est de même trempe. Don seigneur, mais peu raffiné courtisan. Il vit tranquillement dans le poste qu'il occupe. Il aime le corps qu'il commande (gendarmes), et en est aimé. Cela suffit pour lui. Il ne faut pas lui en demander davantage1. »

M. de Soubise s'était éloigné lui-même de la cour depuis le mois de novembre 1703, en donnant sa démission et remettant la compagnie des gendarmes aux mains de son fils et survivancier, pour qui le brevet de retenue fut porté alors à quatre cent mille livres 2. Il survécut seulement quatre années à sa femme; mais, comme elle, il eut une longue agonie, qui dura d'avril à août 1712. Déjà perclus par la goutte, il dicta, le 4 avril, dans son hôtel de la rue de Paradis, un codicille additionnel au testament que lui et sa femme avaient fait conjointement le 9 août 17083. Certains détails de cette pièce indiquent un profond esprit de résignation et d'humilité, entre autres la devise empruntée aux livres saints pour un cadran solaire qui devait être placé dans la cour de l'hôtel, sur le mur d'un voisin, M. Chaillou :

Dies nostri sicut umbrœ prœtereunt.

Sic transit gloria mundi.

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas *.

Le prince recommandait à son fils aîné de surveiller la réfection du portail des Pères de la Merci3, ses proches voisins, dont il s'était chargé le 6 juin 1709, moyennant concession du caveau funéraire où il alla rejoindre sa première et sa seconde femme. C'est le 24 août 1712, à Fontainebleau, qu'il mourut, étant âgé de quatre-vingt-un ans selon l'Histoire généalogique, dom Morice et Saint-Simon, de quatrevingt-cinq selon Dangeau6. Une lacune de deux mois et demi dans la correspondance de Mme de Maintenon avec Mme des Ursins nous prive des réflexions que cette mort put inspirer à l'une et à l'autre. Le Mercure se borna à l'annoncer.

1. Caractères inédits de 1703, au Musée Britannique, ms. Addit. 29 507, fol. 23 v°.

2. Journal du temps, publié en 1868 dans X Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 2e partie, p. 70 ; Journal de Dangeau, tome IX, p. 363.

3. Copie authentique de ce codicille, dans le dossier Rohan des Pièces originales, vol. 2530, fol. 301-304 et 306.

A. Job, vin, 19; Ecclésiaste, i, 2.

5. Les plans étaient de l'architecte Boffrand, qui, plus tard, fit la décoration intérieure de l'hôtel Soubise.

6. Journal, tome XIV, p. 213. Les généalogistes le font naître à Paris en. février 1631

(Fragment inédit de Saint-Simon2.)

« Il n'y avoit presque plus de chevaliers de l'Ordre outre le sang royal, et l'embarras du choix et du rang avoit toujours retenu le Roi d'en faire ; mais, à la fin, il s'y résolut, poussé par M. de Louvois et par l'entrée en une grande guerre où ce ministre engageoit la France par les raisons qu'on verra lorsqu'on en sera à son article, et par l'intérêt de ce puissant ministre d'en saisir l'occasion pour se rendre maître de la promotion. Dans toutes, ou dans la plupart, il s'y étoit glissé des militaires par des considérations à eux particulières, qui avoient couvert leur défaut d'ailleurs. Ce fut un prétexte à M. de Louvois de faire de celle-ci une récompense militaire, pour en disposer absolument. Il persuada au Roi que, n'ayant ni assez de gouvernements5, ni assez d'autres récompenses pour le très grand nombre auquel les officiers généraux étoient parvenus par ce prodigieux 4 corps de troupes qu'il avoit incessamment grossies, il n'avoit de ressource que des colliers du Saint-Esprit. Le ministre, par son état, et le Roi, par son goût, convenoient dans l'éloignement de tout ce qui étoit seigneurie, que son long règne a sans cesse travaillé à abattre, et en est venu parfaitement à bout. Ce système de donner l'Ordre en récompense militaire convenoit à celui qui se suivoit, et la promotion, dans les mêmes vues, fut bientôt conclue dès que M. de Louvois, par l'instance de cette grande guerre et par l'autorité qu'il avoit usurpée sur le Roi, et que cette guerre lui donnoit de plus en plus, fut venu à bout de persuader au Roi d'en faire une. Ce qui lui donna de la peine à l'y déterminer fut un engagement que le Roi avoit pris, et dont il ne vouloit pas être la dupe.

« Son soin le plus cher, et qui n'étoit pourtant rien encore en comparaison des suites, étoit d'agrandir ses enfants naturels, qu'il chérissoit avec jalousie, comme les enfants de sa personne et de son pouvoir, tandis qu'il ne considéroit les fils de France et leur postérité que comme les enfants de sa couronne, grands par elle indépendamment de lui. Mme de Maintenon, qui, dans leur obscurité, les avoit élevés, et qui, après qu'ils eurent été reconnus, étoit restée leur gouvernante, croyoit, à ce titre, se rehausser en les élevant. Elle les aimoit comme enfants

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