Les sept derniers mots ont encore été ajoutés en marge
nfiniment honoré et content de son rang de duc et pair, et qu'il ne prétendoit rien de séparé des autres.
« Il doit être observé, pour une plus nette intelligence de ce qui regarde M. de Soubise, qui pourroit être obscurcie par la grande disproportion d'âge et l'éloignement des temps, qu'il est fils du vieux duc de Montbazon, conséquemment frère de la connétable de Luynes mère du dernier duc de Luynes, père du duc de Chevreuse d'aujourd'hui, laquelle connétable épousa en secondes noces le duc de Chevreuse, de la maison de Lorraine. M. de Soubise étoit aussi frère de la seconde femme du feu duc de Luynes, laquelle ainsi devint belle-fille de la fameuse Mme de Chevreuse, sa sœur ; et il étoit encore frère du comte de Rochefort fait chevalier de l'Ordre si jeune, en 1619, le premier de tous les gentilshommes après tous les ducs ; et tous deux neveux du marquis de Marigny, propre frère de leur père, lequel marquis de Marigny fut aussi fait chevalier de l'Ordre le soixantième, en la même promotion de 1619, avec son neveu de Rochefort, frère aîné de M. de Soubise d'aujourd'hui. Ce comte de Rochefort, si connu sous le nom de prince de Guémené, qu'il porta depuis, et par la faveur de sa femme auprès de la Reine mère, qui en obtint le tabouret et peu à peu les honneurs de prince étranger, comme il se voit par le mémoire sur les trois maisons, ce comte de Rochefort, dis-je, ou prince de Guémené, fut père du duc de Montbazon mort à Liège ; lequel duc de Montbazon eut pour fils le prince de Guémené d'aujourd'hui et le feu prince de Montauban, qui sont petits-fils du frère aîné du prince de Soubise d'aujourd'hui. »
Le prince de Soubise avait fait imprimer un premier mémoire; mais, ce morceau ayant été rejeté comme trop mauvais, on en rédigea un second, dont la copie se retrouve à la fois, comme presque toutes les pièces relatives à cette affaire de 1688, dans les papiers de la Pairie ou de Clairambault (Arch. nat., KK 598, fol. 709-714) et dans ceux de Saint-Simon (Affaires étrangères, vol. France 36, fol. 219-228, et vol. France 188, ancien Saint- Simon 33, fol. 78). Le début est ainsi conçu : « Le prince de Soubise se propose d'établir trois choses dans ce mémoire : la première, que la maison de Rohan est issue de maison souveraine; la seconde, que, depuis la réunion de la Bretagne à la couronne, les Rois ont toujours reconnu cette vérité par des actes authentiques; la troisième, que, depuis cette même réunion, la maison de Rohan a toujours joui jusques à présent de toutes les distinctions accordées aux princes étrangers.... »En marge de ce mémoire, dans le volume des papiers de la Pairie, Clairambault a écrit, de distance en distance, des objections contradictoires, où se retrouvent presque tous les principes de l'argumentation de Saint-Simon, de même que dans une pièce placée plus loin (KK 598, fol. 755-757) et intitulée : « Mémoire abrégé sur les rangs que peuvent prétendre les maisons de Bouillon et de Rohan dans l'ordre du Saint-Esprit. » Au mémoire du prince de Soubise sont annexés un exemplaire imprimé et une copie manuscrite de l'opuscule : Rang* et
alliances de la maison de Ilofian depuis six cents ans, dont une autre copie est dans le ras. Clairambault 721, p. 457-471.
Le même ms. Clairambault 721 renferme (p. 487-490) le procès-verbal rédigé par M. de Châteauneuf (ci-dessus, p. 263-265 et 572-573), et ainsi conçu :
Relation de ce qui s'est passé à la promotion du dernier décembre 1688 et jours suivants.
« Le Roi, étant à Versailles, commanda à M. le marquis de Louvois, chancelier des ordres de S. M., de faire savoir à MM. les commandeurs et officiers desdits ordres la résolution qu'elle avoit prise de faire une nouvelle promotion, et les faire avertir de se trouver le lendemain, 2e du mois, dans la chambre de S. M., sur les dix heures, pour assister au chapitre qu'elle tiendroit.
« Suivant ce commandement, M. le marquis de Louvois donna les ordres nécessaires au sieur Martineau, héraut des ordres, à cause de l'absence du sieur Valentin, huissier d'iceux, de faire savoir la volonté de S. M. auxdits commandeurs et officiers qui étoient tant à Versailles qu'à Paris.
« Et le lendemain, 2a décembre, se trouvèrent daus la chambre du Roi : Mgr le Dauphin, Monsieur, M. le duc de Chartres, Monsieur le Prince, Monsieur le Duc, M. le prince de Conti, M. l'archevêque de Paris, M. le duc de Montausier, M. le marquis de Louvois, chancelier, et M. le marquis de Châteauneuf, secrétaire desdits ordres1.
« Le lever étant fini, S. M. seroit entrée dans son cabinet, et, ne voulant pas s'asseoir, elle se seroit mise au bout de la table, ayant autour d'elle lesdits seigneurs commandeurs et officiers.
« S. M. leur auroit dit elle-même qu'elle auroit rempli, il y a plusieurs années, les places qui vaquoient dans l'Ordre, si elle n'en avoit été empêchée par les différends pour le rang qui étoient entre ceux à qui elle les avoit destinées, et que, son intention étant de faire plaisir et ne fâcher personne quand elle le pouvoit, elle avoit différé jusqu'ici de les régler, mais que, les chevaliers se trouvant à présent réduits à un fort petit nombre, S. M. avoit résolu de faire la promotion ; qu'elle auroit examiné les mémoires qui lui ont été présentés par les princes issus des maisons souveraines et par les ducs, et qu'après avoir vu les statuts de l'Ordre et la manière dont les rangs avoient été réglés dans les promotions faites depuis l'établissement de l'Ordre, S. M. auroit cru ne pouvoir se dispenser de régler leurs rangs dans la promotion qu'elle alloit faire sur le pied prescrit par les statuts, S. M. voulant bien décla-
1. Les Mémoires de Sourches disent que le duc Claude de Saint-Simon était au chapitre avec M. de Montausier, et le Journal de Dangeau dit que c'était le duc de Nevers, tandis que le procès-verbal nomme M. de Montausier, seul avec l'archevêque. Ces contradictions peuvent s'expliquer par le fait qu'il y eut, quelques instants avant la messe, un second chapitre pour déclarer le nom de M. de Sourdis, qui avait été oublié.
rer qu'elle ne prétendoit point que ce qui seroit réglé entre eux pour ce qui regardoit l'Ordre pût tirer à conséquence pour les difficultés qui pourront être entre eux dans toutes les choses qui ne regarderoient point l'ordre du Saint-Esprit ; qu'elle avoit eu intention de donner place dans cette promotion à trois personnes, qui l'avoient suppliée avec beaucoup de respect de ne les y pas comprendre, savoir : M. le comte de Soissons, qui, étant à sa cour l'aîné de la maison de Savoie, n'avoit pu convenir de rang avec les princes de la maison de Lorraine ; à M. de Soubise, lequel avoit représenté à S. M. qu'il la supplioit de trouver bon qu'il ne suivît pas le mauvais exemple de M. le comte de Rochefort, qui, n'ayant que vingt-sept ans quand il étoit entré dans l'Ordre, n'étoit pas en état de connoître ses véritables intérêts, et que ledit sieur de Soubise étoit d'autant plus éloigné de s'y conformer, qu'il necroyoit pas devoir être précédé par les cadets de la maison de Lorraine; et à M. le comte d'Auvergne, colonel général de la cavalerie, parce qu'il croyoit pouvoir prétendre un autre rang que celui que S. M. lui avoit destiné.
« S. M. ajouta qu'elle avoit fait écrire à M. de Monaco que la satisfaction que S. M. avoit de ses services l'avoit portée à le comprendre dans cette promotion ; que, s'il n'étoit pas satisfait du rang qu'elle lui avoit donné, elle lui permettoit de lui faire savoir, et qu'elle le dispenseroit de recevoir l'Ordre. Et de plus, S. M. dit qu'elle ne prétendoit pas, dans ce rôle, régler les rangs que les ducs prétendent avoir les uns devant les autres.
« S. M. ayant fini son discours, elle donna audit sieur marquis de Châteauneuf le rôle qu'elle avoit écrit de sa main, et lui commanda de le lire : ce qu'il fit.
« Le Roi permit à MM. les ducs de faire des protestations pour la conservation de leurs droits, et ils me donnèrent celle qui suit, pour l'insérer dans mes registres :
« Sur les contestations mues au sujet du rang, par les princes issus « de maison souveraine, contre les ducs, les derniers rapportant les sta- « tuts originaux de l'Ordre faits à leur avantage en 1578, et les autres « s'appuyant sur ceux réformés en 1584, le Roi a accordé la préséance « aux princes étrangers dans la présente cérémonie, ayant juré à son « sacre l'observation des statuts de 1584, sans que cela puisse préju- « dicier à l'avenir aux ducs, S. M. n'ayant prétendu rien décider sur « leurs droits de préséance, qui demeureront toujours en leur entier. »
« Nota. — Voyez l'Avertissement qui est au commencement des statuts imprimés par ordre du Roi, à l'Imprimerie royale, en 1703, qui porte la même chose. »
A la suite de ce procès-verbal, dont une partie est aussi dans les papiers de Saint-Simon {France 36, fol. 195), Clairambault a placé le mémoire fait par lui, de l'ordre de M. de Pontchartrain, en 1G96, sur les honneurs des princes, ducs, etc., et où se retrouvent encore, comme il a été dit, les argu ments contre la maison de Rohan repris et développés par Saint-Simon.