‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 474 sur 495 · L'ABBE DE LA RIVIÈRE · texte numérisé non relu

L'ABBE DE LA RIVIÈRE

IMazarin, qui, sous main, avoit toujours arrêté la promotion, lui donnoit toujours les plus positives paroles et se dépitoit avec lui du retardement, plus que lui-même. Dix-huit mois se passèrent de la sorte, depuis janvier 1650 que les Princes avoient été arrêtés. Il falloit tenir parole au coadjuteur, qui possédoit Monsieur, et on fit à Rome ce qui étoit nécessaire pour le changement de la nomination. Quand Mazarin fut certain que la promotion s'alloit faire, il ne put se contenir de faire à la Rivière la plus cruelle malice. L'entretenant un jour seul, dans son cabinet, de sa prochaine promotion, il s'enthousiasma de la joie de la consommation d'un ouvrage qui lui avoit coûté tant de peine; puis il ajouta qu'il vouloit s'en avancer le plaisir : il fit apporter ses habits de cardinal, son bonnet, tout l'équipage, et en affubla la Rivière, qui nageoit de joie, et qui ne se laissoit faire, disoit-il, que par complaisance. Mazarin le faisoit, ainsi vêtu, promener par la chambre, se récrioit sur sa bonne mine et combien cet habit lui séyoit bien. Il s'en joua de la ■sorte plus d'une heure, et le renvoya comblé de plaisir et de sécurité. Un mois après, le coadjuteur le fut en sa place, qui prit le nom de cardinal de Retz1. »

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