Pouvoit ou povroit avec une seule r
4. « Le Roi insista de nouveau, et lui manda qu'il ne s'embarrassât point de ses preuves, qu'il verroit ou à l'en dispenser, ou à les éloigner, de manière à le recevoir toujours en attendant : après quoi il ne s'en parleroit plus. .. (Ibidem.)
au delà des forces, il faut convenir que c'est une lettre aussi complète ; mais rien ne put ébranler l'humble attachement de ce prélat aux règles et à la vérité. Après s'être répandu comme il devoit en actions de grâces, il répondit qu'il ne pouvoit mentir, ni par conséquent fournir [de preuves ; qu'il ne pouvoit aussi se résoudre à être cause que, par un excès de bonté, le Roi manquât au serment qu'il avoit fait à1 son sacre de maintenir l'Ordre et ses statuts2; que celui qui obligeoit aux preuves3 étoit de ceux dont le souverain, grand maître, ne pouvoit dispenser, et que ce seroit lui faire violer son serment que d'être reçu sans preuves préalables sur la certitude de les faire après, quand il savoitque sa condition lui en ôtoit le moyen4; et il finit une lettre d'autant plus belle qu'il n'y avoit ni fleurs ni tour, mais de la vérité, de l'humilité et beaucoup de sentiment, par supplier le Roi d'en nommer un autre, et de ne point craindre d'en dire la raison puisqu'il le falloit3. Cette grande action fut universellement admirée, et ajouta encore à la considération du Roi et au respect de tout le monde6. Son refus commençoit à transpirer 'jrs- Monsieur que le Roi assembla un autre chapitre pour nommer
i. A surcharge de.
2. Articles iii-vin des statuts de l'Ordre. Voyez l'Histoire de l'ordre du Saint-Esprit, par Poullain de Saint-Foix (1767), p. 128-129.
3. Article xv, cité plus haut, p. 282, note 3. ■4. « L'archevêque, pénétré de reconnoissance, remontra respeetueu-
mcnt au Roi que les statuts de l'Ordre obligeoient aux preuves, que le Koi les avoit jurés à son sacre, et que, pour prix de ses infinies bontés, il ne vouloit pas être cause qu'il manquât à son serment. » (Notice Coisun, dans les Écrits inédits, tome VI, p. 263.)
5. « Ainsi finit cette illustre et unique lutte, que le Roi raconta au chapitre suivant, en comblant ce grand prélat d'éloges. » (Ibidem.)
6. Après monde, Suint-Simon a biffé : p* M. de Sens. — Comme Saint-Simon l'a rappelé dans l'Addition, sinon ici, il existait un précédent très célèbre, et que la cour ne pouvait avoir oublié, puisqu'il ne remontait qu'à quarante ans, celui du maréchal Fabert, en 1661. Fabert, fils d'un libraire de Metz anobli comme échevin, eût probablement, accepté une dispense; mais, le Koi se refusant à la donner, il ne voulut pas produire de fausses preuves.
de Metz coin-
mandeur de Monsieur de Metz à sa place par amitié pour le cardinal ,,, 1,1e',., de Coislin, son oncle, qui ne s'y attendoient ni l'un ni
I autre. Le Roi déclara le refus de Monsieur de Sens, voulut bien parler de ce qu'il lui avoit offert, et fit son éloge1.
II n'y eut personne dans le chapitre qui ne le louât extrêmement ; mais, sans louange, M. de Marsan2 fit mieux que pas un, et tint là le meilleur propos de toute sa vie1. « Sire, dit-il au Roi tout haut, cela mériteroit bien que
1. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 91 et 92, dimanche 1" mai, avec les deux Additions n°' 374 et 375 : « Il nous dit que M. l'archevêque de Sens lui avoit mandé qu'il avoit été pénétré de reconnoissance de l'honneur que lui avoit voulu faire S. M., mais qu'il croyoit être obligé en honneur et en conscience de le supplier d'honorer un autre prélat de cette grâce, ne pouvant pas l'accepter sans faire une fausseté. En même temps, le Roi déclara qu'il avoit jeté les yeux sur Monsieur
de Metz, qu'il jugeoit très digne de remplir cette place Et après nous
avoir déclaré sa volonté, il recommença à parler de Monsieur de Sens, dont il loua extrêmement la probité et la droiture. ■> A la fin de l'article du jour, Dangeau ajoute : <■ L'action que vient de faire Monsieur de Sens a été fort louée de tout le monde, d'autant plus qu'il ne lui manque qu'un degré pour faire ses preuves. » Cela veut dire que la noblesse ne remontait pas au delà de ce grand-père qui l'avait reçue en 1590. Pour répondre au sentiment général, le Roi donna peu après une place de conseiller d'État d'Église à Monsieur de Sens.
2. Le comte de Marsan, que nous avons vu, en 1696 (tome III, p. 14), se remarier avec la veuve de Seignelay, avait eu l'Ordre en 1688, avec ses deux frères aînés le comte d'Armagnac et le chevalier de Lorraine, et son neveu le comte de Brionne. Au mois de mai 1697 (Mémoires de Sourches, tome V, p. 274), le Roi, en portant ses pensions de neuf mille livres à vingt mille, était allé jusqu'à lui dire qu'il l'aimait fort, « parole qu'on ne lui avoit encore entendu dire à personne. »
3. Saint-Simon, qui le dépeindra, en 1708 (tome VI de 1873, p. 172-
174), comme l'homme de la cour le plus lâchement avide à tirer de
l'argent de toutes mains, » lui accordera en revanche « de la valeur, du monde, beaucoup de politesse et du jargon de femme. » En 1690, Ézéchiel Spanheim (Relation de la cour de France, p. 120) traçait ainsi son portrait : « Quoique petit et d'une taille mal aisée, il a su se faire valoir par un esprit vif et hardi et par la réputation de beaucoup de courage ; mais, comme il avoit joint un esprit dangereux et porté à l'intrigue, il se rendit aussi par là suspect au Roi et donna lieu, de fois à autre, de le croire entièrement disgracié et éloigné de la cour. Cepen-
lier de l'Ordre, etc.
Votre Majesté changeât le bleu en rouge1. » Tout y applaudit comme par acclamation, et, à la fin du chapitre, tous louèrent et remercièrent M. de Marsan'2.
Tallard , qui ne faisoit qu'arriver d'Angleterre3, eut le gou- Taiiard chevavernement du4 pays de Foix5, et d'autres petites charges à vendre1', et fut déclaré chevalier de l'Ordre pour être reçu à la Pentecôte avec les deux prélats7. Il parut fort content; mais le duché d'Harcourt8 émoussoit0 fort la joie de ces10 faveurs". A un mois de là il perdit sa femme, du Mort de
Mme de Tallard
dant il a eu l'adresse ou le bonheur de se tirer d'affaires, de se remettre, et de se maintenir jusques ici, à la cour, dans le poste et le rang que sa naissance lui y donne.... »
1. C'est-à-dire que le Roi donnât à l'archevêque le chapeau rouge des cardinaux en place du cordon bleu de l'Ordre qu'il refusait.
2. Comparez la rédaction antérieure dans la notice Coislin, tome VI des Écrits inédits, p. 263, et vovez le Journal de l'abbé Ledieu, tome II, p. 182-183.
3. Il arriva le dimanche 24 avril : Journal de Dangeau, tome VIII, p. 87 ; Mémoires de Sourches, tome VII, p. 52.