‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 261 sur 548 · Les princes étrangers, les Lorrains surtout · texte numérisé non relu

Les princes étrangers, les Lorrains surtout

7. Il a déjà dit (tome I, p. 60, et tome VI, p. 8j que Monsieur, <• le plus glorieux prince du monde,... savoit le mieux et avec le plus de jalousie tout ce qui concernoit les rangs et les cérémonies, partialité à part pour les Lorrains: » et plus loin (p. l't), (pie « le Roi, qui ignorait beaucoup de choses, se rapportoit fort ordinairement (à Monsieur; sur tout ce qui fait partie du cérémonial. » Mme des Ursins ra-

aimoit le grand monde, il avoit une affabilité et une honnêteté qui lui en attiroit en foule, et la différence qu'il savoit faire, et qu'il ne manquoit jamais de faire, des gens suivant ce qu'ils étoient, y contribuoit beaucoup1. A sa réception, à son attention plus ou moins grande ou négligée, à ses propos, il faisoit continuellement toute la différence, qui flattoit, de la naissance et de la dignité, de làge et du mérite, et de l'état des gens; et cela avec une dignité naturellement en lui, et une facilité de tous les moments qu'il s'étoit formée. Sa familiarité obligeoit, et se conservoit sa grandeur naturelle, sans repousser, mais aussi sans tenter les étourdis d'en abuser. II visitoit et envoyoit où il le devoit faire2, et il donnoit chez lui une entière liberté sans que le respect et le plus grand air de cour en souffrît aucune diminution. Il avoit appris et bien retenu de la Reine sa mère l'art de la tenir3: aussi la vouloit-il pleine, et y réussissoit par ce maintien*. La foule étoit toujours au Palais-Royal. À Saint-Cloud, où toute

conte on effet (Lettres inédites, publiées par M. Geffroy, p. 27) que le prince eût « damé le pion à tous les maîtres des cérémonies. •> Comparez une note des Mémoires de Sourches, tome I, p. 3"25. En janvier lt>9N, il avait fait un règlement pour les entrées chez lui comme il y eu avait un chez le Roi. En 1089, il bouda la reine d'Angleterre parce qu'elle lui refusait le baiser : Lettres de Mme de Sévigné, tome VIII, p. 406 et 41 1. C'est lui aussi qui fit interdire aux cardinaux de draper en violet.

1. L'humeur de Monsieur, écrivait Spanheim en 1690 (Relation, ]). 56), « est toute portée aux plaisirs, éloignée d'aucune application sérieuse, et ainsi plus caressante, plus ouverte et plus insinuante que celle du Koi : d'où lui vient un procédé civil, obligeant, et fort régulier même, envers les personnes qui l'abordent ou qui lui font la cour. Aussi se plait-il qu'on la lui fasse »

"î. Voyez le récit de ses visites à l'hôtel de Chaulnes, à l'hôtel de Créquy, chez les Hohan : Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 230, 232, 235, 241 et 353. Il se piquait d'être le seul «à rendre ces devoirs ■< aux occasions » (suite des Mémoires, tome IV, p. 58), et nous l'avons vu, en 1695, aller plusieurs fois chez M. de Luxembourg mourant.

3. De tenir une cour. Madame dit aussi que Marie-Thérèse excellait en cet art.

4. Voyez les Mémoires de Mademoiselle, tome III, p. 345-346 et 355.

sa nombreuse maison se rassembloit1, il y avoit beaucoup de daines, qui, à la vérité, n'auroient guères été reçues ailleurs *, mais beaucoup de celles-là du haut parage3, et force joueurs. Les plaisirs de toutes sortes de jeux, de la beauté singulière du lieu *, que mille calèches5

1. Ci-dessus, p. 327 et 333. C'était sa seule résidence importante à

portée de Paris, et il y passait au moins une moitié de l'année. Madame finit par y rester presque à demeure.

2. Un « repaire d'espèces les plus décriées des deux sexes, » a-t-il dit dans l'Addition n° 259 (tome V, p. 430). Mlle de Fieunes, maîtresse du chevalier de Lorraine, disait à Monsieur : « Vous ne déshonorez pas les femmes qui vous hantent; mais elles vous déshonorent. » (Nouveau siècle de Louis XIV, tome I, p. 403.) Les principales ont déjà été nommées : Mmes de Blanzac, de Bouillon, de Fiïrstenberg, de Fontaine- Martel, d'Espinoy, de Melun, de Montauban, Mme de Quintin, la « reine de Saint-Cloud, » les Grancey, Marey, etc., sans compter les amies de Madame, comme la comtesse de Beuvron ou la maréchale de Clérambault.

3. Le Mercure (juin, p. 315) dit qu'il y avait toujours table ouverte pour les dames à Saint-Cloud.

4. Dès avant 1660 la Gazelle et la Muse historique ne parlent jamais que de la « délicieuse maison » de Saint-Cloud ; mais nous avons vu (tome II, p. 259) que Monsieur y avait, depuis lors, prodigué les embellissements, sur le conseil et aux frais du Boi. Un admirait surtout un « grand degré magnifique pour descendre dans le jardin, » une galerieorangerie, ornée de vues des maisons royales ou des châteaux célèbres, la giande cascade achevée en 1699 : voyez la Gazelle de 1673, p. 412 (fête offerte au duc de Monmouth), le Journal de Dangeau, tomes II, p. 153 et -219, VI, p. 393, VII, p. 112 et 113, les Mémoires de Sourches, tome 11, p. 283, etc., et les descriptions publiées sur l'ordre du prince, en 1681 et 1686, par son aumônier Laurent Morelet. Une autre description, qu'il avait fait composer en 1698 par Harcouet de Longueville, ne parut qu'en 1706. Le musée de Versailles possède (n° 743) une vue de Saint-Cloud peinte par Allegrain, vers 1700.

5. Voyez notre tome II, p. 102 et note 4. La calèche, probablement d'origine italienne quoique le mot vienne de l'allemand, était un véhicule découvert qu'on avait commencé à voir circuler vers 1650 (Gazelle, p. 953; Mute historique, tome I, p 59). En 1657, les deux jeunes Hollandais dont le Journal de voyage à Paris a été publié par Pr. Faugère disent (p. 48) avoir acheté un carrosse de la plus nouvelle façon, « étant fait en forme de calèche. » Une des Pièces en prose publiées chez Ch. de Sercy, en 1658-63. a pour titre : la Promenade du Roi, ou la Fable de la Calèche <!<■ S. )l. La Muse historique parle souvent, en 1659 (tome III,

rendoient aisé aux plus paresseuses pour les promenades, des musiques, de1 la bonne chère, en faisoient une maison de délices avec beaucoup de grandeur et de magnificence; et tout cela sans aucun secours de Madame, qui dinoit et soupoit avec les dames et Monsieur, se promenoit quelquefois en calèche avec quelques-unes, boudoit souvent la compagnie2, s'en faisoit craindre par son humeur dure et farouche, et quelquefois par ses propos, et passoit toute la journée dans un cabinet qu'elle s'étoit choisi, où les fenêtres étoient à plus de dix pieds de terre, à considérer les portraits des Palatins3 et d'autres princes allemands dont elle l'avoit tapissé*, et à écrire des vo-

p. 3*2, 45, 241, etc.) de calèches dorées et « bien lustrées. « On voit en effet (Chéruel, Mémoires sur Foucquet, tome II, p. 37) le jeune roi, cette année-là, inventer une calèche. C'était, ainsi que l'a dit Quicherat, le char antique retourné, mis sur ressorts, et servant à la promenade, mais non aux voyages. Au lieu de deux banquettes affrontées comme celles des carrosses, la calèche comportait deux ou trois bancs, tous tournés du côté des chevaux. Dans celle du Roi à deux bancs, trois Majestés pouvaient s'asseoir sur la banquette de devant, trois princes et princesses sur la banquette de derrière, et une septième personne sur un strapontin; avec trois bancs, on y plaçait seize personnes, sans doute à raison de cinq dames sur le même banc, comme nous le voyons par le Journal de Bougeait, au 3 septembre 109K. D'autres fois, au contraire, pour suivre la chasse, la calèche ne servait qu'à quatre dames. Voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome IV, p. 547-o48 ; Dangeau, tomes VI, p. 404, 405 et 410, VII, p. 202 et 387, XI, p. 444 et 479, etc. La description des équipages du Hoi reproduite dans le livre de M. Dussieux : le Château de Versailles, tome II, p. 159 et 160, distingue les voitures en carrosses, calèches, soufflets et calèches diligentes. Celle que le Hoi employait pour lui-même, à la chasse, était très petite et attelée de quatre bidets noirs. Dès 10(53, il y avait des calèches de poste.

Page 1