LE GRAND INQUISITEUR
« L'archevêque de Ségovie. — C'est la charge d'Espagne de la plus grande autorité. Il juge seul et en dernier ressort, assisté de six autres inquisiteurs, mais qui, à proprement parler, ne sont que consulteurs, parce qu'ils n'ont point voix délibérative, et qu'étant tous six d'un même avis, le grand inquisiteur peut prononcer l'arrêt tout au contraire, de son seul avis. C'est lui qui les nomme, qui les Ole quand il lui plaît, ainsi que tous les autres officiers de ce tribunal par toute l'Espagne. Il prétend que le roi même est soumis à ce tribunal, et tous les conseils. Ce qui est certain, c'est que le roi évite avec grand soin de le choquer. On ne peut mieux comparer son autorité qu'à celle d'un légat a Intere en France pendant sa légation. Il est maître immédiat de tous les moines, qui sont infiniment puissants, et, encore que les évèques soient indépendants de lui pour leurs fonctions, il y a mille choses néanmoins qui le rendent en quelque façon leur supérieur et le maître de leur donner mille mortifications différentes. Il n'a nulle5 sorte de rang; mais, encore un coup, son autorité et son crédit est fort au-dessus de ceux du primat et du président de Castille, et don Manuel Arias a voulu quitter sa charge dans l'espérance d'avoir celle-ci.
« Ce prélat est de la maison de Mendoza, âgé de [ J6 ans, et fut nommé par le feu roi du conseil de régence, où il entra. Il s'étoit fait faire grand inquisiteur par le crédit de la reine Palatine7, ce qui a rendu le cardinal son ennemi et son persécuteur implacable, joint qu'il ne voulut pas ployer assez sous lui, ni le saluer assez bas après la mort du feu roi. Le cardinal le fit reléguer à Séville dès que le roi fut à Irun : ce qui fut un coup d'une autorité prodigieuse. Le prélat balança tout un jour s'il obéiroit au roi, et partit enfin le lendemain de l'ordre8; mais il eût été très difficile de l'y forcer, s'il fût resté. Le