LE DAUPHIN ET LES HARENGÈRES
La lettre de Mme Dunoyer qui nous a déjà fourni quelques détails sur l'accident de Monseigneur - contient ce récit assez circonstancié de la visite que firent au prince les déléguées des harengères :
« Il n'y a pas jusques aux harengères3 qu'il [sic) n'aient témoigné leur zèle dans cette occasion. Ce corps si redoutable du temps de la Minorité vient à présent de se rendre célèbre; car, dès qu'elles eurent appris le mal de Monseigneur, après avoir tenu conseil, elles députèrent quatre de leurs troupes («te) à Versailles, pour lui faire compliment sur sa convalescence. Ces ambassadrices de la Halle se présentèrent à la porte de son appartement; mais l'huissier ne jugea pas à propos de les faire entrer : ainsi, elles s'en retournèrent fort mécontentes. Le soir, on rendit compte au Roi du concours de monde qui étoit venu pendant le jour, et l'on ne manqua pas de lui parler des harengères. S. M. dit qu'on avoit eu tort de leur refuser la porte, et que leur zèle méritoit qu'on leur laissât voir Monseigneur4. Les harengères sures [sic) dès le lendemain matin ce que le Roi avoit dit. Le Conseil fut encore assemblé, et les quatre Excellences députées tout de plus belles. Dès qu'elles fuient arrivées à Versailles, et qu'elles se présentèrent à la porte de Monseigneur, on les introduisit en cérémonie dans son appartement, et l'on fut en avertir le Roi, qui s'y rendit pour entendre leur harangue. S. M. les trouva à genoux devant Monseigneur, qui étoit tout debout en robe de chambre : l'une lui baisoit les pieds, l'autre le bord de sa robe. Le prince souffroit cela patiemment; mais il craignoit fort que, par un excès de tendresse, il ne leur prit envie de le baiser au visage. Heureusement pour lui, il en fut quitte pour la peur. Pendant que les unes s'amusoient à lui baiser les pieds, une autre disoit fort élégamment : « Que serions-nous devenues, si notre cher Dauphin fût mort ? « Nous aurions tout perdu ! — Oui, répliqua la quatrième, tu as raison, « nous aurions tout perdu, car notre bon roi n'auroit jamais pu sur- « vivre à son fils, et il serait sans doute mort de douleur. » On admira la politique de cette femme qui redressoit sa compagne de peur que le Roi ne fût jaloux de l'affection qu'elle témoignoit à Monseigneur. S. M. ordonna qu'on leur donnât un de ses carrosses pour les promener par-