Relation de l'ambassadeur vénitien
<• Si la naissance a fait M. le duc d'Orléans inférieur à un frère élevé sur le trône, elle ne l'a pas, pour cela, dépouillé des qualités qui rendent dignes d'une couronne. Son courage a été prouvé à la bataille de Mont-Cassel, où il battit le prince d'Orange. 11 y paya en plein de sa personne, et, en faisant un sincère aveu de son inexpérience et demandant les avis des maréchaux qui l'assistaient et des vieux officiers, il a doublé le mérite de sa belle conduite. Son génie et son caractère ne manquent point d'ailleurs de qualités capables de rendre illustre un grand prince; mais il ignore l'art de s'en servir et de les faire briller, soit par la faute d'une éducation négligée, soit par l'effet d'une prudente politique. La trempe d'un excellent tempérament se lit sur son visage. Dans une douce et oisive existence, il s'applique à s'en conserver les avantages intérieurs et extérieurs. Sa bienveillance ne saurait être plus grande, bien qu'il aime beaucoup l'étiquette. Son goût du splendide dépasse les moyens qu'il a pour le satisfaire, car il ne saurait suffire à la dépense de ses bâtiments, au jeu et au luxe des babits, outre l'entretien d'une cour choisie, avec un million huit cent mille livres à quoi montent d'ordinaire ses assignations fixes et les secours occasionnels dont le Roi le gratifie de temps en temps pour diminuer les dettes qu'il contracte. Naturellement paisible, et formé par une longue habitude à cette subordination résignée qu'exige l'autorité absolue du Roi, son caractère trouve d'ailleurs un frein dans une très puissante inclination pour le chevalier de Lorraine. La tendresse que M. le duc d'Orléans porte à celui-ci est si grande, que, parfois, avec des larmes d'attendrissement, et aussi d'allégresse, on l'a vu s'affliger ou se féliciter de la situation acquise par lui auprès du Roi son frère. Ce favori a été dressé, dans sa jeunesse, par l'exil et la privation temporaire des riches abbayes et pensions dont il jouit, à ne point porter d'ombrage ni d'inquiétude dans l'esprit du Prince, et, au contraire, à conformer ses insinuations à la nature du gouvernement présent. Il s'efforce soigneusement d'amasser des richesses, et est tout entier plongé dans les délices et les amours, se. montrant absolument étranger à ces pensées turbulentes et ambitieuses qui pourraient lui coûter la position dont le Roi et les ministres le laissent jouir sans trouble, plus par convenance personnelle que par inclination de bienveillance. 11 se
p. 111 et 112) : « Le cardinal vouloit le rendre efféminé...: mais la nature a été la plus forte en lui. Quand il a fallu se battre, il s'est montré du sang de France et a gagné des batailles. Je l'ai vu, pendant des campagnes entières, quinze jours à cheval, en suivant les ordres du Hoi, exposant toute sa beauté à un soleil qui ne l'épargnoit pas. ■>
l. Relation de Séb. Foscarini, série Frahcia, tome lit, p. 367.
contenir, rn cela, de donner la direction qui lui plaît <■( lui agrée à la cour de Monsieur, et il y entretient une confusion si visible, que Madame s'y trouve méprisée, et, en comparaison, peu ou point considérée de son mari, et qu'elle a subi de temps en temps des dégoûts secrets très graves. Aussi peut-on dire que la discorde entre eux est plutôt assoupie qu'éteinte. •>