Voyez les notes de notre tome IX, p
2. Il fut blessé au siège de Candie : Gazette de 1669, p. 138.
3. C'est en 1669 que furent publiées chez Barbin les fameuses Lettres portugaises , les Portugaises, comme les appelait simplement Mme de Sévigné. Elles étaient au nombre de cinq seulement, et les réponses au nombre de onze. Plusieurs critiques ont étudié cette énigme littéraire, s'accordant tous à ne point reconnaître d'authenticité aux Réponses, quoi qu'en dise Saint-Simon, presque tous à considérer les Lettres elles-mêmes comme une œuvre d'origine française, et non portugaise. C'est aussi l'opinion du traducteur qui les a mises en portugais dans notre siècle, ainsi que les Espagnols l'ont fait pour le Gil Blas de notre Lesage. Cependant un éditeur hollandais de 1690 les avait présentées comme traduites du portugais par Guilleragues, que nous connaissons déjà en qualité d'ambassadeur à Constantinople ; d'autres bibliographes disent Subligny. Quant à la tradition qui représente Chamilly comme le destinataire de ces lettres si passionnées, c'est en 1678 et 1682 qu'un éditeur avait indiqué : le chr de C, et c'est celui de 1690 qui a donné tout au long le nom de chevalier de Chamilly. De notre temps, Monmerqué a même attribué à Chamilly en personne l'édition originale de 1669. A cela il a été répondu, d'une part, que jamais Chamilly ne porta le titre de chevalier, et qu'il y aurait lieu de chercher si quelque chevalier de Malte dont le nom commençait par la même initiale (Clermont-Lodève, par exemple) ne faisait pas partie du même corps d'armée dans l'expédition de Portugal ; d'autre part, que Chamilly ne put certainement avoir, entre l'époque où il quitta le Portugal et celle où il partit pour Candie, le temps de préparer et de faire paraître l'édition de 1668-69, en supposant qu'il ne vit aucune indiscrétion à dévoiler le secret de ses amours de cloître. Parmi les critiques qui ont examiné le plus récemment ces points divers, je citerai M. Augustin Filon, qui, en 1863, fit une lecture sur les Portugaises à la conférence du Rez-de-Chaussée, sans d'ailleurs combattre l'attribution à Chamilly; M. Beauvois, dans la Jeunesse de Chamilly, lequel conteste l'authenticité des cinq lettres; enfin, M. Maurice Paléologue (Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1889, p. 914-928), qui, au contraire, l'admet, sans être convaincu quant au destinataire. Mais, tout dernièrement, en 1891, un écrivain portugais, M. Luciano Cordeiro, est par-
qu'il eut pendant la guerre de Hollande, le gouvernement de Grave1 l'illustra par cette admirable défense de plus de quatre mois, qui coûta seize mille hommes au prince d'Orange, dont il mérita les éloges, et à qui il ne se rendit qu'avec la plus honorable composition sur les ordres réitérés du Roi2. Ce fameux siège l'avança en grades et en divers gouvernements sans cesser de servir, malgré la haine de Louvois, qu'il avoit héritée de son frère, qui toutefois ne put empêcher que, lorsque le Roi se saisit de Strasbourg au printemps de 16853, il ne lui en donnât le gouvernement1; mais le ministre s'en vengea en y tenant
venu à établir complètement l'identité de la religieuse elle-même, et a Revue hebdomadaire vient de nous faire connaître ses découvertes (n° du 14 octobre 1893, p. 271-300). Déjà, en 1810, Boissonade avait lu sur un exemplaire de l'édition originale le nom de Maria Alcoforado, religieuse à Beja, dans la province d'Alemtcjo,et l'on avait prouvé en 1874 et 1876 l'existence d'une religieuse de ce nom dans ce couvent au temps où le corps français de Chamilly était cantonné à Beja. M. Cordeiro a complété la restitution. Marianna Alcoforado, fdle d'un patricien important de Beja, née le 22 avril 1640, entra en religion et fit profession de très bonne heure au couvent de la Conception (Clarisses ou Franciscaines) qui subsiste encore. M. Cordeiro a suivi avec soin les événements qui firent cantonner à Beja la partie de la petite armée où Chamilly servait d'abord comme capitaine au régiment de Briquemault, puis comme colonel d'un régiment organisé par lui. La religieuse avait vingt-cinq ans, lui trente. M. Cordeiro démontre que rien ne s'oppose à ce que le colonel et la religieuse aient pu se voir et nouer les relations passagères dont les Lettres font une peinture passionnée. Celles-ci furent écrites, comme le prouve mainte allusion, vers la fin de 1667 et au commencement de 1668, avant la paix du 13 février, que Chamilly n'avait pas attendue pour revenir en France. Mais rien n'atteste positivement que ce soit lui qui ait été le héros de cette aventure, et la question, résolue à l'égard de la religieuse, reste encore ouverte à l'égard de son amant. Soror Marianna mourut seulement le 28 juillet 1723, dans les pratiques d'une profonde piété.