Seulement doyen du conseil d'État, selon les généalogies
beau-frère du premier maréchal de la Chastre et de M. de Villeroy, le célèbre secrétaire d'État'. Ses filles avoient épousé MM. de Saint-Chamond et de Vaucellas2, ambassadeur en Espagne, et tous deux chevaliers de l'Ordre, et son père3 étoit celui qui avoit mis les secrétaires d'État hors de page, signé le premier: le Roi, et qui fut en si grande et longue considération sous Henri II, François II
1. Guillaume de l'Aubespine, « un des vertueux et honnêtes seigneurs de son temps, et qui aimoit la noblesse très tant, » selon Brantôme, avait épousé, le 31 décembre 1572, Marie de la Chastre, dont le frère Claude, ambassadeur en Angleterre en 1575, chevalier des ordres en 1588, maréchal de France en 1594, fit les fonctions de connétable au sacre de Louis XIII et mourut le 18 décembre 1614, âgé de soixante-dix-huit ans, laissant plusieurs œuvres historiques d'un vif intérêt. Elle mourut le jour de Pâques de 1626. Quant à la sœur de l'Aubespine, Madeleine, femme de Nicolas III de Neufville, seigneur de Villeroy, il en sera parlé plus loin (p. 193). Cette dame de Villeroy, aussi célèbre par son esprit et par son talent poétique que par sa beauté, traduisit Ovide et eut l'honneur d'être chantée par Ronsard.
2. Elisabeth de l'Aubespine, fille de Guillaume, épousa André de Cochefillet, comte de Vauvineux et baron de Vaucellas, chevalier des ordres en 1619, maréchal de camp, ambassadeur en Savoie, en Espagne, etc., et mourut en septembre 1656, à soixante-neuf ans (Muse historique, tome II, p. 244) ; mais c'est son frère, Claude IV de l'Aubespine, baron de Châteauneuf, qui épousa en 1606 Gasparde de Saint- Chaumont ou Chamond, fille de Jacques Mitte, comte de Miolans, chevalier des ordres en 1598, et veuve en premières noces du marquis de Canillac. Cette erreur ne se retrouve pas dans la notice consacrée au garde des sceaux Châteauneuf, dans les Chanceliers, ci-après, p. 186. Une seconde fille avait épousé M. de Leuville.
3. Claude II de l'Aubespine, baron de Châteauneuf, d'abord simple secrétaire des finances, nommé secrétaire d'État en survivance de son beau-père Guillaume Bochetel (1542), remplaça M. de Villandry dans une des autres charges et fut un des quatre secrétaires des commandements et finances qui, réservés par le règlement de 1547, devinrent enfin secrétaires d'État en 1559. Il remplit diverses missions diplomatiques et avait toute la confiance de la cour quand il mourut, le 11 novembre 1567. Henri II lui avait conféré des lettres de chevalerie d'honneur. Le Moréri lui a consacré un article à part. C'est lui qui aurait, le premier, emprunté aux Espagnols l'appellation définitive de secrétaire d'État : voyez le livre du comte de Luçay sur les Secrétaires d'État, p. 17-18. On a son portrait du temps, aux crayons de couleur.
et Charles IX1. Etabli de la sorte, il obtint une singularité, pour sa charge de chancelier de l'Ordre, qui subsiste encore aujourd'hui2, qui est d'entrer en carrosse dans la cour du logis du Roi en son absence, même la Reine y étant, ce que n'ont pas les chevaliers de l'Ordre, ni aucun autre que, longtemps depuis, le chevalier d'honneur3 et les dames d'honneur et d'atour de la Reine4.
Ces grands5 officiers de l'Ordre n'étoient pas compris dans le nombre de cent dont l'ordre du Saint-Esprit est composé, et les statuts premiers et originaux les en excluent6. Les Guises, qui les firent changer par deux différentes fois7, toujours à leur avantage à mesure que leur puissance augmenta, et qui voulurent toujours favoriser les ministres pour les mieux sceller8 dans leur dépendance pour leurs vues sur les projets de la Ligue, qui, de jour en jour, les approchoient du succès de leur dessein sur la couronne, les firent comprendre dans le nombre
1. L'anecdote à laquelle Saint-Simon fait allusion est dans les Mémoires de l'abbé de Clioisy, tome I, p. 165, mais appliquée à Villeroy, et non à l'Aubespine; comparez les Mémoires de Pontchartrain, p. 396.
2. Dangeau en fait mention à propos de Torcy : Journal, tome VIII, p. 15, avec l'Addition n° 485. Comparez l'Addition n° 6, dans notre tome I, p. 318, les Mémoires de Luynes, tome XV, p. 139, et les Projets de gouvernement, p. 145.
3. Voyez ce qu'en disent le Journal de Dangeau, tomes III, p. 111, et X, p. 252, et les Mémoires de Luynes, tomes I, p. 431, et XI, p. 99-100.
4. Ce dernier membre de phrase, depuis que longtemps, a été ajouté après coup dans le blanc qui restait à la fin du paragraphe, et sur la marge. — Dans le mémoire fait pour M. de Saint-Florentin, en 1756, sur la charge de chancelier de l'Ordre et sur les cas exceptionnels qui avaient pu se présenter depuis l'origine, il est dit (Arch. nat., M 64, n° 33, p. 147) que Louis XIV, en juillet 1702, se souvint d'avoir décidé que Mmes de Louvois et de Torcy jouiraient du même privilège que leurs maris.