Comparez ci-après, p. 451-452 et
6. La couronne ducale est sommée de trois quintefeuilles ou feuilles
Abus descouronnes*.
2iî MÉMOIRES
nouvelle robe. 11 est pourtant vrai que cet abus n'a pas cinquante ans, et qu'un peu auparavant nul homme de robe ne portoit aucune sorte de couronne. Il en existe encore un témoignage évident : les armes de M. Séguier1, alors chancelier, et non encore duc à brevet2, sont en relief des deux côtés du grand autel de l'église des Carmes- Déchaussés, dont le convent est à Paris, rue de Vaugirard3; toutes les marques de chancelier y sont, manteau sans armes au revers, masses, mortier, et point de couronne4. Tout ce que je puis dire, c'est qu'étant allé
d'ache et deux demi-feuilles : voyez notre tome VI, p. 513 et 514; mais Saint-Simon y eût voulu des modifications qu'il a expliquées dans ses Projets de gouvernement, p. 125-126, et il entendait qu'on la réservât absolument aux héritiers des ducs (Ecrits inédits, tome 111, p. 356). Comparez son mémoire sur les couronnes, dans le volume de ses Papiers coté aujourd'hui France 215, fol. 72. Cette question avait était traitée, au point de vue général, dans YHistoire de la Pairie, par Jean le Laboureur, chap. xvm.
1. Ces armes étaient: d'azur au chevron d'or, accompagné de deux étoiles de même en chef, et, en pointe, d'un mouton d'argent passant. Voyez le ms. Clairambault 1141, fol. 58-121.
2. Voyez sa notice dans les Écrits inédits, tome VIII, p. 680-683. Garde des sceaux de France en 1633, chancelier en 1635, garde des sceaux de l'Ordre le 16 janvier 1641, il ne devint duc à brevet qu'en février 1650.
3. Cette église, construite de 1613 à 1624, existe encore dans le couvent où se sont réinstallés les successeurs des carmes de la rue Saint-Jacques qui étaient venus faire leur succursale rue de Vaugirard, en 1610, sur des terrains appartenant aux l'Aubespine. Le chancelier Séguier fournit, de 1633 à 1635, aux frais de la construction du grand autel, et Simon Guillain en exécuta la décoration (Mémoires sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie de peinture et de sculpture, tome 1, p. 192); mais on ne retrouve plus, dans l'autel actuel, les détails héraldiques allégués ici.
4. En règle générale, l'écu des armes du Chancelier devait être sommé d'un mortier de toile d'or rebrassé d'hermine, duquel sortait un buste de reine tenant de la main droite le sceptre, de la gauche les grands sceaux ; derrière l'écu, deux grandes masses de vermeil posées en sautoir ; manteau écarlatc, orné de rayons d'or vers le haut et fourré d'hermine, mais non armorié des armes du titulaire. Saint-Simon écrivait en 1711
' Courones, dans cette manchette et en quelques endroits du texte.
voir Mme la maréchale de Villeroy à Villeroy, de Fontainebleau, peu avant sa mort, c'est-à-dire vers 1706 ou 7, j'ai vu les armes de Villeroy1 en pierre, avec le cordon autour et la croix comme le portent les prélats de l'Ordre, et sans collier. Je les ai vues de même dans une église de Paris, je ne me souviens plus laquelle assez fermement pour la citer2. J'ai vu aussi en une chapelle de sépulture des l'Aubespine, aux Jacobins de la rue Saint-Jacques3,
(tome III des Écrits inédits, p. 116) : « Nul homme de plume ni de robe [ne portoit de couronne], pas même le Chancelier, et il est remarquable qu'il reste encore des tapisseries aux armes de M. Séguier faites en divers temps depuis qu'il fut chancelier : aux premières, il n'y a point de couronne; les marques de chancelier sont à toutes autour des armes, et, aux dernières, il y a une couronne de duc, parce qu'il le devint en effet. Et depuis, tous les chanceliers ont pris la couronne de duc. » Comparez son mémoire sur les prétentions du Chancelier, ibidem, p. 427 ; la notice Épernon, tome V, p. 335 et suivantes, et, au tome VI, p. 225, 226, la notice Coislin; les Projets de gouvernement, p. 127, 140 et 282, et l'Addition n° 301, dans notre tome VI, p. 462. Du reste, Tallemant des Kéaux parle, ausi bien que Saint-Simon, des distinctions que Séguier s'était arrogées : écriteau sur la porte de son hôtel, manteau avec masses croisées par derrière, titre de Grandeur, carrosse armorié, etc. (Historiettes, tome III, p. 385-393). Son successeur, lisonsnous ailleurs, « a fait faire un portail magnifique à sa maison de la rue Saint-Louis et a fait mettre sur un marbre : Hôtel Boucherat; et au-dessus sont ses armes, avec une couronne ducale, le manteau de chancelier, les masses et les colliers des ordres. Et, comme ses armes sont un coq, l'on a dit : « Voilà le coq à l'âne! » parce que le bonhomme est accusé de n'être pas habile. On a dit que l'onavoit écrit sur sa porte : VHôtel du coq à l'âne; mais cela n'est pas vrai : on a fait seulement la plaisanterie. » (Recueil d'ana copié par Gaignières, ras. Nouv. acq. fr. 4529, p. 141.)
1. D'azur au chevron d'or, accompagné de trois croisettes ancrées du même. Voyez des dessins de tapisseries dans le ms. Clairambault 1192, fol. 128 et 132.
2. Nous avons encore, comme il a été indiqué plus haut, les monuments funéraires de Magny, dont Gaignières avait fait faire des aquarelles, qui sont aujourd'hui dans le ms. Clairambault 1192, fol. 126, 127 et 153. Les dessins des mausolées du marquis d'Alincourt et du duc Nicolas V sont dans les mss. 1125 et 1148.
3. Il est parlé de cette sépulture dans les Secrétaires d'État de Fauvelct du Toc, p. 121 ; voyez ci-après, p. 451 et 479. — Ce couvent
Abus des
grands officiers
de l'Ordre
représentés
en statues
sur
leurs tombeaux
avec
le collier
et le manteau
de l'Ordre,
sans
nulle différence
leurs armes plusieurs fois répétées1 sans collier et entourées du cordon, et, la dernière année de la vie du maréchal de Berwick, tué devant Philipsbourg en 173[4]2, je l'allai voir à Fitz-James3, d'où je m'allai promener un matin à Verderonne4, qui en est près, où je vis sur plusieurs portes les armes de l'Aubespine en pierre, entourées du cordon avec la croix, sans collier.
Mais voici le comble5 : ce sont les grands officiers6 de l'Ordre peints, et en sculpture, vêtus avec le manteau de chevalier de l'Ordre et avec le collier de l'Ordre par-dessus comme l'ont les chevaliers. Châteauneuf, secrétaire d'État7, fit faire à Rome le tombeau et la statue de son père la Vrillière8, à genoux dessus, de grandeur naturelle, dans cet équipage complet. C'est même un très beau morceau, que j'ai vu sur leur sépulture à Châteauneuf-sur- Loire9. Qui que ce soit, à l'inspection, ne se peut douter
était le premier établissement des religieux envoyés par saint Dominique en 4217 ; l'église et le couvent furent bâtis par saint Louis en partie avec l'amende payée par Enguerrand de Coucy, sur des terrains de l'ancien Parloir-aux-Bourgeois. L'église était pleine de tombeaux princiers et autres. Celui des l'Aubespine était dans la Chapelle du Crucifix.
1. De gueules à trois fleurs d'aubépine d'argent. La statue funéraire de Guillaume de l'Aubespine (ci-dessus, p. 189), représentée dans le ms. Clairambault 1126, fol. 137, n'a que le ruban au cou et la croix au côté gauche de la robe, tandis que partout l'écu est entouré des deux colliers.