Au diocèse de Coutances, 0. N. 0. de Carentan
5. En 1719, il reviendra à nouveau sur ce point, et, en termes encore plus précis, dira : « Son nom est Guillot, et, lors du mariage (de 1668), tout étoit plein de gens, dans le pays, qui avoient vu ses pères avocats et procureurs du Roi des petites jurisdictions, puis présidents de ces juridictions subalternes. Ils s'enrichirent et parvinrent à cette alliance.... Coigny s'arrondit plus que n'avoient fait ses pères. Il acheta tout près de son bien la terre de Franquetot, de gens de condition en Normandie. Il vit cette maison s'éteindre; alors il obtint des lettres patentes, etc. » Mais cela est contredit par toutes les généalogies. Dès 1520, Robert Guillotte, celui qui se fit alors anoblir, possédait la terre de Franquetot, sur les paroisses de Cretteville et de Saint-Jores-en-Bauptois, et, en 1543, il fut autorisé à en prendre le nom, ainsi que son fils Thomas, le greffier de Coutances, et que Louis Guillotte, auteur de la branche d'Auxais, lequel devint gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi et chevalier de son ordre. Il y aurait donc cinq générations nobles de plus que ne le prétend notre auteur. C'est la terre de Coigny, voisine de Franquetot (dép. Manche, canton la Haye-du-Puits), qui ne fut acquise qu'au dix-septième siècle par le président de Franquetot, et sa belle-
registres1 que le gros du monde, qui se met à rire de Guillot, tandis qu'il prend les Franquetot pour bons, parce que les véritables l'étoient, et qu'il ignore si on s'est enté dessus avec du parchemin et de la cire2. Coigny donc, devenu Franquetot et dans les premiers grades militaires, partagea avec les Matignons, ses beaux-frères, la faveur de Chamillart. Il étoit lors en Flandres, où le ministre de la guerre lui procuroit de petits corps séparés. G'étoit lui qu'il vouloit glisser en la place de Villars, et, par là, le faire maréchal de France. Il lui manda donc sa destination, et, comme le bâton ne devoit être déclaré qu'en Bavière, même à celui qui lui étoit destiné, Chamillart n'osa lui en révéler le secret; mais, à ce que m'a dit lui-même ce ministre dans l'amertume de son cœur, il lui mit tellement le doigt sur la lettre3, que, hors lui déclarer la chose, il ne pouvoit s'en expliquer avec lui plus clairement. Coigny, qui étoit fort court, n'entendit rien à ce langage. Il se trouvoit bien où il étoit ; d'aller en Bavière lui parut la
Coigny refuse
de passer
en Bavière, et
par là, sans
le savoir,
le bâton
de maréchal
de France.
fille la fit régulièrement ériger en comté, en février 1653. De ce même président, son contemporain et voisin Bonaventure d'Argonne a dit (Mélanges de littérature et d'histoire de Vigneul-Marville, éd. 1700, tome II, p. 241) : « 11 étoit bien gentilhomme et le portoit aussi haut qu'aucun autre de sa qualité; cependant il ne méconnoissoit point ses parents, et, quand il venoit chez nous en basse Normandie, il ne manquoit point d'aller visiter les petits juges et les petits gentilshommes à lièvre ses parents, de les régaler, et de les traiter hautement de cousins. Cela lui attiroit l'amour et l'estime de tout notre canton. » C'est de lui, sans doute, que Saint-Évremond a parlé plaisamment dans la Retraite du duc de Longueville. Celui qu'on surnommait Barberousse, et qui, selon la Muse historique, mourut avant la fin de la Fronde, en juillet 1651, était-il son père?
1. Je ne saurais dire dans quel livre ou « registre *> il a pris ces renseignements, assez inexacts d'ailleurs, sur l'origine d'une famille qui devait arriver à la dignité ducale en 1746, quatre ou cinq ans à peine après la date de rédaction de cette partie des Mémoires. Elle s'est éteinte de nos jours, en 1865.
2. Allusion aux lettres d'anoblissement ou d'érection de terres.
3. Deviner ou faire deviner le secret, le vrai sens d'une chose. C'est une locution familière que nous retrouverons bien souvent.
Marcin passe
en Bavière
malgré lui et
est fait
maréchal
de France.
Retour
en France de
Villars bien
muni.
Chine : il refusa absolument, et mit son protecteur au désespoir, et lui-même peu après1, quand il sut ce qui lui étoit destiné2.
On se tourna à Marcin, auquel arriva un courrier devant Landau3, chargé d'un paquet pour lui qui en enfermoit un autre4. Par celui qu'il ouvrit, il lui étoit ordonné de quitter le siège tout aussitôt, et de prendre le chemin qui lui étoit marqué pour se rendre en Bavière, où seulement, et non plus tôt, il devoit ouvrir l'autre paquet5. En le6 tâtant il reconnut qu'il y avoit un sceau, et comprit que c'étoit le bâton de maréchal de France. La merveille fut que cela ne le tenta point : il se sentit blessé de ne l'obtenir que par besoin de lui après la promotion des autres, et fut effrayé du poids dont on vouloit le charger. 11 renvoya donc le courrier, avec des excuses, et le paquet qu'il ne devoit ouvrir qu'en Bavière, tel qu'on le lui avoit envoyé7. Le Roi persista, et lui redépêcha aussitôt les mêmes ordres avec le même paquet, pour ne l'ouvrir qu'en
1 . Le manuscrit porte : a près, sans accents et en deux mots ; mais ce ne peut être qu'un lapsus.
2. Comparez, dans notre tome IX, appendice V, p. 356, la notice Marcin. — Le Journal de Dangeau dit seulement, à la date du 26 novembre (p. 359) : « Le comte de Coigny, lieutenant général, qui ne faisoit que d'arriver de Flandre, a pris congé de S. M., qui l'envoie commander le corps que commandoit M. de Pracomtal. La plus grande partie de ces troupes-là hiverneront dans le pays de Trêves. » Même mention dans les Mémoires de Sourches, p. 230.
3. Ci-dessus, p. 279. Marcin avait commencé le siège le 40 octobre (Dangeau, p. 323).
4. Première lettre et instruction du Roi, en date des 43 et 44 octobre, imprimées d'abord dans les Œuvres de Louis XIV, tome VI, p. 439- 444, puis dans les Mémoires militaires, tome III, p. 697-706. Comparez les Mémoires de Villars, tome II, p. 435-440.
5. Outre un pouvoir pour commander l'armée d'Allemagne à défaut du maréchal, il y avait un autre paquet dont l'ouverture ne se devait faire qu'au cas où Villars, parti pour la France, aurait déjà dépassé Schaffouse, et Marcin devait en communiquer le contenu à l'Électeur, ainsi qu'à toute l'armée.
6. La corrigé en le. — 7. Voyez les Mémoires militaires, p. 306.
Bavière1. Il fallut obéir2 : il partit, et rencontra Villars en Suisse3, chargé de l'argent de ses contributions personnelles et de l'exécration publique4. L'Électeur dit à qui le voulut entendre qu'il emportoit deux millions comptant de son pays, sans ce qu'il avoit tiré du pays ennemi, à quoi avoit tendu tout son projet militaire, qui lui avoit énormément rendu. Les troupes et les officiers généraux ne l'en dédirent point. Il offrit de l'argent, avant partir, à qui en voudroit emprunter, pour s'en décharger d'autant ; mais la haine prévalut : qui que ce soit n'en vouloit prendre, pour la malice de lui laisser ses coffres pleins, qu'il amena à bon port en France5. L'escorte qui l'avoit amené remena Marcin, chargé de cent mille pistoles pour l'Electeur; il passa avec lui beaucoup d'argent pour la paye et les besoins de nos officiers et de nos troupes, et beaucoup d'autres choses nécessaires pour lesquel[le]s on profita de l'occasion6. En joignant l'Electeur7, il lui rendit le repos, et la joie à toute l'armée8. Il ouvrit son paquet et y trouva ses ordres, ses instructions, et son bâton, comme il s'en étoit douté. Le Roi le déclara maréchal de France quand il le crut arrivé9. Il fut parfaitement d'accord
4. Lettre du Roi en date du 20 octobre : Œuvres de Louis XIV, tome VI, p. 145-146. « Vous ne devez point être en peine de votre réputation, quelque chose qui arrive, y était-il dit. J'espère qu'elle ne fera qu'augmenter par votre bonne conduite; s'il arrivoit, par quelque événement malheureux, qu'elle pût être attaquée, je prendrai soin de vous justifier.... »
2. Les réponses de Marcin, en date du 24 octobre, au Roi et à Chamillart, sont dans le recueil de l'abbé Esnault, tome I, p. 304-308.
3. Dangeau, p. 359 ; Pelet, Mémoires militaires, p. 712. — La fin de Suisse surcharge une lettre illisible.