‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 384 sur 556 · Harcourt et le tabac · texte numérisé non relu

Harcourt et le tabac

(Page 57.)

26 janvier 1710. — M. d'Harcourt avoit une passion démesurée d'entrer dans le Conseil, et Mme de Maintenon l'y portoit de toutes ses forces. Elle l'avoit initié auprès du Roi par l'Espagne, et s'en éloit bien servie après pour perdre Chamillart. Le commandement de l'armée, auquel, faute de mieux, il lui avoit bien fallu se résoudre, étoit une occasion d'entretenir le Roi qu'il ne laissoit pas oisive. Le Roi avoit une aversion extrême pour le tabac, et sentoit de fort loin ceux qui en prenoient. Harcourt y étoit fort accoutumé; mais il s'étoit aperçu que cet usage du tabac1 abrégeoit, du côté du Roi, ses conversations avec lui, et il voulut s'ôter cet obstacle. 11 ne prit plus du tout de tabac, et l'on crut qu'à la longue les humeurs, n'ayant plus ce véhicule d'écoulement, lui causèrent des apoplexies. Il cacha cette première attaque du mieux qu'il put, mais sans se réconcilier avec le tabac. La mort du Roi fit sa paix avec cette herbe, par l'avis réitéré bien des fois des médecins : comme elle ne pouvoit plus être alors obstacle à ses plus ardents désirs, il se rendit à leurs instances ; mais il n'étoit plus temps, et les humeurs avoient pris un cours sous lequel on le vit2 succomber de la manière du monde la plus terrible.

462. Le comte d'Auvergne et la charge de colonel général de la cavalerie.

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27 janvier 1703. — Le comte d'Auvergne avoit eu la charge de colonel général de la cavalerie de M. de Turenne, à sa mort. Il étoit ancien lieutenant général, et avoit bien et longtemps servi. Il avoit essuyé tous les dégoûts possibles, dans cette charge, par M. de Louvois, qui haïssoit M. de Turenne et tout ce qui lui appartenoit. Le Roi, depuis, fit tout ce qu'il put pour engager le comte d'Auvergne de la vendre à M. du Maine, sans en pouvoir venir à bout. Cela acheva de le rendre nul dans la cavalerie, et, à la fin, il ne servit plus; et, pour consoler M. du Maine, on mit les carabiniers en corps à la fin de 1693, comme ils sont encore aujourd'hui, sous M. du Maine. A la fin, dégoûte d'ailleurs de servir, le comte d'Évreux, devenu ami de M. le comte de Toulouse, obtint l'agrément de la charge de son oncle, que sa persévérance à tout souffrir conserva dans sa maison.

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