Cette anecdote reviendra jusqu'à trois fois
pouvoit oser1. Dès qu'il fut mort, la pauvre chienne fut oubliée : plus de têtes de lapins; la maîtresse le fut aussi. Elle avoit eu la sottise de compter sur son amitié : surprise et blessée d'un abandon si subit, elle lui en fit revenir quelque chose. Lui-même fit le surpris : il ne pouvoit comprendre sur quoi ces plaintes étoient fondées. Il dit effrontément qu'il ne la connoissoit presque pas, et qu'il ne l'étoitde Monseigneur que par son nom; ainsi, qu'il ne savoit pas ce qu'elle vouloit dire. De cette sorte2 finit ce commerce avec la cause de la faveur, et elle n'en a pas ouï parler depuis3. En voilà assez, pour le présent, sur un homme dont j'ai déjà parlé ailleurs, et4 que nous verrons, toujours le même, figurer en plus d'une sorte, et se déshonorer enfin de plus d'une façon. Nous aurons donc aussi occasion d'en parler plus d'une fois encore. Il suffira de dire ici que la tête lui pensa tourner de ne voir point de succès de tant de menées5, et qu'il y avoit plusieurs mois qu'il étoit enfermé chez lui dans une farouche
1. Le Nouveau siècle de Louis XIV renferme cette épigramme sur Huxelles (tome IV, p. 290) :
Censeur public du ministère, En secret flatteur mercenaire, Méprisant la guerre et la cour, Ou par la Choin ou par la table Prétend-il devenir un jour Surintendant ou connétable?
2. Ces trois mots sont en interligne, au-dessus d'ainsy, biffé.
3. Madame dit, dans une lettre de 1719 (recueil Brunet, tome II, p. 98) : « Monseigneur faisait beaucoup de cas du maréchal d'Huxelles, parce que celui-ci feignait d'être ami intime de cette femme ; mais, dès que le Dauphin eut fermé les yeux, le maréchal a cessé de la voir, et n'a pas remis le pied chez elle, tandis que, tant que le Dauphin a vécu, il passait toutes les journées chez elle. » Notre auteur s'est souvenu sans doute d'avoir entendu raconter cela par Madame.
4. Ces sept derniers mots sont ajoutés en interligne. — Il n'a guère été parlé d'Huxelles, jusqu'ici, qu'à l'occasion des opérations militaires, et aussi pour raconter son impatience brusque contre d'Harcourt qui avait fait manquer la promotion en 1702 (tome X, p. 40). Il attendait le bâton depuis 1690 : Relation de Spanheim, p. 345.
5. En 1706, il se mettra sur les rangs pour l'ambassade de Rome,
et menaçante mélancolie, ne voyant presque et qu'à peine Beringhen, lorsque l'espérance d'aller traiter la paix1 raffermit son cerveau déjà fort égaré.
Tessé, dont j'ai eu occasion de parler plus d'une fois2. Tessé.
Sa mère étoit sœur du père du marquis de Lavardin ambassadeur à Rome, excommunié par Innocent XI pour les franchises, chevalier de l'Ordre, etc., duquel, par l'événement, il a beaucoup hérité3. Le frère cadet de son père étoit le comte de Froullay, grand maréchal des logis de la maison du Roi , chevalier de l'Ordre en 1 661 , mort en 1671, grand-père de Froullay ambassadeur à Venise, de l'évêque du Mans et du bailli de Froullay ambassadeur de son ordre en France*. Une autre alliance fut plus utile à la fortune de Tessé. La mère de son père étoit Escoubleau5, sœur du père6 de Sourdis chevalier de l'Ordre en 1688, puis commandant en Guyenne, duquel j'ai parlé, ami intime de Saint-Pouenge, au fils duquel il donna enfin sa fille unique7, et créature de Louvois, auprès duquel il produisit Tessé encore tout jeune8. G'étoit un grand homme
contre Saint-Simon lui-même, mais à la condition d'être préalablement fait duc et pair.
1. En 1710, lorsqu'on envoya des plénipotentiaires à Gertruydenberg.
2. Il va se servir de l'Histoire généalogique, tome VII, p. 667-673. Lui-même, dans ses écrits antérieurs, n'avait pas consacré de notice à Tessé comme maréchal de France, mais seulement comme grand d'Espagne : vol. Espagne (mémoires et documents) 92, fol. 172.