Saint-Évremond et sa disgrâce
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17 octobre 1703. — Saint-Évremond est si connu dans le monde, qu'on se contentera de dire qu'une lettre qu'il écrivit au maréchal de Créquy le proscrivit pour toujours. La curiosité l'avoit attiré à Saint- Jean-de-Luz lors du traité des Pyrénées : cette lettre en est un détail, et une critique qui développe les replis du cœur du cardinal Mazarin, et qui ne fait pas une comparaison avantageuse de sa conduite et de sa capacité avec celle du premier ministre espagnol. L'esprit et les grâces qui brillent dans cette lettre en rendent encore les raisonnements plus forts et plus piquants. Don Louis d'Haro en auroit1 fait la fortune à l'auteur; le cardinal Mazarin l'ignora toute sa vie. Après sa mort, M. Foucquet fut arrêté, et les papiers de ses principaux amis saisis. Le maréchal de Créquy et Mme du Plessis-Bellière étoient des principaux; cette dame fut elle-même arrêtée, et, parmi ses papiers, on trouva ceux du maréchal- qu'il lui avoit confiés, et, dans ceux-là, cette lettre fatale, que le maréchal n'avoit pu se résoudre à brûler. Il n'étoit pas encore maréchal de France, et le besoin qu'on crut avoir le tira de cette disgrâce pour lui donner le bâton et une armée à commander ou après3. Les ministres, à qui cette lettre fut présentée, craignirent un si judicieux censeur; M. Colbert se piqua de reconnoissance pour son ancien maître, le Tellier l'y seconda, et le Roi, plein de sentiments vifs encore pour la mémoire du cardinal, et jaloux au dernier point sur le gouvernement, s'irrita de manière que Saint-Évremond erra longtemps caché de lieu en lieu, et, lassé enfin de ne trouver sûreté nulle part, sortit du Royaume. H tenta souvent et inutilement d'y revenir, et on le lui offrit bien des années après, lorsqu'il ne s'y attcndoit plus. Jl s'étoit naturalisé à Londres, où Mme de Mazarin lui tenoit lieu de tout ; il avoit déjà soixante-dix ou douze ans: il ne se soucia plus de sa patrie, et refusa d'y revenir. Il vécut encore une vingtaine d'années, et mourut en philosophe comme il avoit vécu.
i. Auroit est en interligne, d'une autre main, au-dessus d'eust, biffé.