‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 411 sur 556 · Liboy gardien de V ambassadeur de Savoie. (Page · texte numérisé non relu

Liboy gardien de V ambassadeur de Savoie. (Page

5 novembre 1703. — On mettoit souvent ainsi des gentilshommes ordinaires à la garde des ambassadeurs avec les maîtres desquels on étoit sur le point de rupture ou en rupture ouverte, et même chez les Nonces. Ils logeoient et mangeoient avec l'ambassadeur, alloient partout avec lui, et ne le quittoient point : en sorte que sa chambre même ne leur étoit jamais fermée. C'étoient d'honnêtes espions à découvert pour voir et rendre compte de tout, rompre toutes mesures par leur présence, et empêcher l'ambassadeur de s'évader et de dépêcher des courriers. Ce Liboy avoit de l'esprit et de l'intrigue, grand joueur d'échecs, et servoit toujours. On le soupçonnoit un peu de rapporter, peut-être injustement; mais il n'étoit pas admis en beaucoup d'endroits, ni en grand commerce avec personne.

499. Le comte de Coigny manque le bâton de maréchal de France.

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12 octobre 1704. — Coigny s'appeloit Guillot et prit des lettres patentes pour porter, au lieu de ce nom, celui de Franquetot, d'une terre qu'il avoit achetée. Son père étoit un de ces braves que le cardinal Mazarin s'attacha et éleva, et qui eut par sa protection une compagnie de gendarmerie. Le père de celui-là et sa famille avoient du bien et eroyoient leur fortune faite par des charges de procureur du Roi et de lieutenants généraux des petites justices royales de basse Normandie. La même raison qui valut une compagnie de gendarmerie au père lui valut à la fin le château de Caen, que celui-ci tourna en gouvernement de la ville et du château. C'étoit un homme de bonne mine, très brave homme, de la valeur, de la capacité et de l'assiduité à la guerre, beaucoup d'honneur, et un bien fort considérable, qui, dans le voisinage de Matignon, le tenta de se défaire d'une de ses filles pour rien. Cette alliance, qui rehaussa fort Coigny, lui valut ensuite toute la faveur de Chamillart, ami intime de Matignon son beau-frère, et qui remit à flot Gacé, son autre beau-frère et en fit à la fin un maréchal de France. Il

en voulut faire un de lui, et, s'il eût mieux su entendre le françois, il l'étoit. Chamillart, qui avoit défense de le lui écrire, lui offrit d'aller en Bavière quand le maréchal de Villars revint. 11 refusa. Chamillart rechargea, et sua de l'encre pour lui faire comprendre, sans pourtant trahir le secret, qu'il seroit maréchal de France en arrivant en Bavière; mais il parloit à un sourd, et il écrivoità un aveugle. Jamais il ne voulut quitter sa Moselle, et Marcin, qu'on envoya à son refus, en profita. Alors l'événement lui ouvrit les yeux, et l'affligea avec tant d'amertume, que, quoiqu'il fût en situation de réparer une si lourde faute, elle prit tellement sur sa santé, qu'il ne put aller loin.

500. Les droits de la dame d'honneur et de la dame d'atour préférés à ceux des dames titrées.

25 octobre 1703. — Depuis Mme de Senecey et la comtesse de Fleix, sa fille et sa survivancière, toutes deux dames d'honneur de la Reine mère, cette place n'avoit plus été remplie que par des duchesses. Ellesmêmes le furent en 1663, par l'érection de Randan en leur faveur, et de MM. de Foix, fils de la dernière. Longtemps auparavant, elles avoient eu le tabouret de grâce, lorsque le rang des Bouillons s'établit et que celui des Rohans pointa. Le bruit qui en fut fait dans des assemblées que Monsieur Gaston favorisa fit ôter tous ces rangs sans vrai titre, qui furent rendus quelques années après, et, à la fin, ces deux dames furent comprises, avec M. de Foix, dans l'énorme augmentation de ducs de 1663. Jusqu'à elles, les dames d'honneur ne disputoient rien aux duchesses, non seulement la préférence dans le carrosse de la Reine, mais même le service de la salve1 et de la chemise, tout le reste demeurant à la dame d'honneur. La salve est une sorte de soucoupe sur laquelle, à la fin de la toilette, on présente à la Reine sa montre, des étuis et des mouchoirs. Mmes de Senecey et de Fleix, favorites de la Reine et qui avoieut perdu leur charge pour elle et passé les dernières années de Louis XIII en exil, firent chasser, à leur retour, Mme de Brassac, qui avoit été mise en leur place, et possédèrent la Reine toujours depuis. On ne sait si ce fut de leur temps que leur charge ne céda plus la salve et la chemise aux duchesses; mais il faut que ce soit depuis leur exil. On ne sait encore si ce furent elles qui obtinrent la préférence dans le carrosse; mais il est sûr que les duchesses de Navailles-, de Montausier, et toutes les autres de la reine Marie-Thérèse l'ont eue sous prétexte de lui nommer les dames pour y monter, qu'elle fut longtemps à connoitre par leurs noms et leurs rangs. Pour la dame d'atour, jamais aucune n'y avoit songé, pas même Mme de Béthune, si favorite de la dernière Reine, et qui l'a été si longtemps. Mme de Mailly, nièce de

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