‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 492 sur 556 · Au heu d'en, le manuscrit porte et · texte numérisé non relu

Au heu d'en, le manuscrit porte et

2. Vol. France 189, fol. J 51 . Voyez ci-dessus, p. 215. Ce morceau, autographe comme les n0B II et III, est remarquable par l'écriture posée et sans corrections, qui en fait comme une mise au net destinée à être produite. Un autre morceau (fol. 178) est intitulé : Chevaliers cl commandeurs que je me souviens d'avoir vus portant V Ordre,

« L'institution de l'ordre du Saint-Esprit étoit de le porter au col. Lorsque l'incommodité qu'on y trouva le fit porter en écharpe, on étoit encore en pourpoint. Les justaucorps, devenus à la mode, firent peu à peu disparoître les pourpoints ; mais ils ne changèrent que longtemps après la coutume de porter le cordon par-dessus. On en accusa une fausse modestie, et plus encore une vanité recherchée, d'autant qu'on faisoit paroitre le cordon par le côté de l'habit sur l'épée, et que cette mode de le porter par-dessous ne s'établit que lentement et peu généralement. Les chapitres ont, plusieurs fois depuis, réglé qu'on le devoit porter dessus, et que le mettre entre l'habit et la veste n'étoit pas le porter apertement ainsi que les Statuts le prescrivent. Tant que le Roi a vécu, il n'y a jamais eu un quart des chevaliers qui l'aient porté dessous, et ce nombre n'en est venu là que depuis les deux tiers de son règne. Quoique lui-même le portât dessous, aucun de la maison royale, en France et en Espagne, sans exception, de son vivant ni depuis, ne l'a porté autrement que dessus, et c'est aussi l'usage constant de tous les chevaliers du Saint-Esprit étrangers jusqu'à présent. Le feu Roi même et tous ceux qui l'ont dessus [lisez : dessous], l'ont toujours rais dessus aux cérémonies, aux noces et aux fêtes. On donne ici derrière, en colonne, la liste des chevaliers du Saint-Esprit qu'on se souvient d'avoir vus, et de la manière qu'ils ont porté l'Ordre. On se borne à ceux du feu Roi. Pour ceux du Roi d'aujourd'hui, on a la mémoire fraîche de ceux qui sont morts, et on a les autres sous les yeux. On remarquera seulement que presque tous ces derniers, excepté les étrangers, le portent par-dessous, mais que la plupart le font passer par-dessus leur cravate, qui est une mode que le feu Roi n'a jamais vue. »

Au verso de cette pièce, Saint-Simon a dressé la liste, en trois colonnes, des chevaliers qu'il avait vus porter l'Ordre par-dessous, par-dessus, et tantôt d'une façon, tantôt de l'autre. Il en compte vingt-huit dans le premier cas, quatre-vingt-quatre dans le second, douze dans le dernier, et finit par cette observation :

« 11 faut ajouter que, de tout ce qu'il y a présentement de chevaliers de l'Ordre en France, il n'y en a plus que cinq ou six qui le portent dessus, savoir : M. de Châtillon l'oncle, M. le maréchal d'Estrées, M. le maréchal du Bourg et M. de Goësbriant, tous du feu Roi, et M. le duc de Tresmes et M. de Lassay; et sept ou huit qui le portent tantôt dessus, tantôt dessous, mais la plupart de ceux-là fort rarement dessus, savoir : M. le duc de Brancas, M. le duc de Chaulnes, M. le duc de Tallard, M. de Beaune, M. d'Isenghien, M. de Roquelaure, M. le maréchal de Montmorency, M. de Belle-Isle. D'où il est aisé de juger que le porter dessus passera incessamment en totale désuétude. On laisse à juger de l'indécence dans le Royaume, et beaucoup plus aux yeux des étrangers. »

Page 1