‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 495 sur 556 · Saint-Simon a écrit : Voluyre · texte numérisé non relu

Saint-Simon a écrit : Voluyre

3. 1629 corrige 1630. V Histoire généalogique disait : « en 1629 et en 1G30. » Les dates, en plusieurs endroits, ne concordent pas avec celles de Y Histoire de Berry.

i. Ces trois mois ont été ajoutés en interligne.

maison de Montrouge, visité de beaucoup d'amis et de tout ce qu'il y avoit alors de plus grand et de plus considérable, consulté comme l'oracle de l'État, et comme l'homme des plus grands talents, de la plus grande probité, et de la plus grande expérience, et considéré comme le seul qui pût et dût succéder au cardinal Mazarin, qui le ménageoit, et l'éloignoit de tout tant qu'il pouvoit, avec une extrême crainte et jalousie. Tant d'amis et de réputation lui firent rendre les sceaux, 2 mars 1650, qui, pour cela seulement, furent ôtés au chancelier Séguier, mais avec ferme propos de ne les laisser que le moins qu'il seroit possible dans des mains si peu flexibles. C'étoit au fort des troubles et pendant la prison de Monsieur le Prince, que la Fronde triomphoit par le besoin que le cardinal Mazarin avoit eu d'elle pour frapper ce grand coup. Mais cette union se ruina bientôt, et cette Fronde, qui avoit causé la prison de Monsieur le Prince, fit sa délivrance, et y força le cardinal Mazarin, qui ne se crut en sûreté d'elle que par cette complaisance, et se concilier les princes en allant luimôme au Havre les tirer de prison. Toutes ses bassesses furent inutiles, et il demeura si mal avec les deux partis, qu'accablé de toutes parts, il sortit du Royaume, mais, de sa retraite, le gouverna toujours par la Reine, qui ne vivoit et ne respiroit que pour lui. Parmi tant de troubles, et Monsieur le Prince maître du terrain par la retraite du cardinal et l'absence de la cour, acheminée en Guyenne pour la réduire, on fit entendre à M. de Châteauneuf que le bien de l'État, dans la conjoncture présente, vouloit qu'on adoucît Monsieur le Prince, et qu'on flattât le Parlement qui s'étoit porté à de si grands éclats contre le cardinal Mazarin, et que cela ne se pouvoit qu'en donnant les sceaux à Mole, homme de bien et modéré, et qui étoit premier président du Parlement et intimement avec Monsieur le Prince. On lui donna la qualité nouvelle de président du Conseil d'État; on fit entendre que ce n'étoit que par un reste de ménagement pour le cardinal Mazarin qu'on ne lui donnoit pas dès lors le titre de premier ministre, mais que c'étoit l'être, et que ce cardinal proscrit ne pouvoit jamais revenir. Ce fut avec ce titre tout neuf, et tous les dehors de la plus intime confiance de la Reine, qu'il fit le voyage avec la cour ; mais le sien fut abrégé par l'arrivée triomphante du cardinal Mazarin un an après sa fuite, et au moment où tout étoit le plus déchaîné contre lui. Il joignit la cour à Poitiers, [1er] février 4652 *, et, deux jours après, M. de Châ teauneuf, et ceux de ses amis qui étoient à Poitiers, furent congédiés. « Il se retira chez sa sœur, à Leu ville, près Châtres, où il ne pensa plus qu'à son salut, et y mourut, 47 septembre 4653 2, à soixantetreize ans. »

Page 1