‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 497 sur 556 · La princesse des Ursins à M. de Torcy · texte numérisé non relu

La princesse des Ursins à M. de Torcy

« A Madrid, le 19 février 1703.

« Le courrier de M. le cardinal d'Estrées, Monsieur, m'a apporté trois lettres : celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, une de Mme la duchesse de Noailles, et la troisième, de M. le comte de Marcin. Je dirois qu'elles sont les plus dures qui se puissent écrire, si celles du Roi à LL. MM. Catholiques ne contenoient pas des choses encore plus accablantes pour moi. On m'y fait envisager que tout mon bien est en France, qu'on ne me permettra pas même d'aller à Rome en

1. Ci-dessus, p. 823-252. Les originaux des lettres qui suivent se trouvent au Dépôt des affaires étrangères. On a en outre, en dehors de cette série, les lettres aux Noailles (Espagne, mémoires et documents, vol. 125), et trois lettres fort importantes, au duc d'IIarcourt, publiées par Hippeau dans les Mémoires de V Académie de Caen, année 1862 (avec tirage à part), et datées du 22 avril 1703, du 17 novembre suivant, et du 1er janvier 1704.

2. Dépôt des affaires étrangères, vol. Espagne 121, fol. 362. La minute de cette lettre est écrite de la main de M. de Torcy.

3. Vol. Espagne 122, fol. 144. Voyez ci-dessus, p. 234, note 2, et p. 237, note 3.

sortant d'Espagne, qu'il faut que je fasse au plus vite toutes sortes d'avances pour regagner les bonnes grâces de MM. d'Estrées ; et enfin j'y suis représentée comme une personne qui tend des pièges à LL. MM. Catholiques, et qui est intéressée à leur perte, ou au moins qui sert d'instrument à ceux qui peuvent avoir de si détestables desseins.

« Mou zèle à toute épreuve pour le service du Roi, ma droiture et mon désintéressement ne méritent pas, en vérité, Monsieur, des menaces si terribles, et il est bien honteux pour moi qu'on ait tant de facilité à croire des impostures qui me déshonorent.

« Je ne savois guères, lorsque le chevalier des Pennes partit d'ici, ce que MM. d'Estrées imaginoient contre moi, et il m'aurait été bien difficile, dans ce temps-là, de deviner à quoi tendoient leurs accusations. Je ne pouvois cependant douter qu'ils ne cherchassent à me perdre ; mais la crainte d'être la première à annoncer au Roi une chose désagréable, et mon trop d'égards pour eux m'empêchèrent d'écrire.

« Vous aurez vu depuis, Monsieur, par les lettres que Vazet vous a rendues, en quoi consistent et sur quoi sont fondés les pièges qu'on m'accuse de tendre au roi catholique. Si on donne ce nom au soin que j'ai d'empêcher une révolte dans Madrid, je suis d'autant plus criminelle que je ferois encore la même chose, si c'étoit à recommencer, parce que je ne connois pas de devoir plus pressant que celui-là. Mais, comme il n'y a que MM. d'Estrées qui puissent condamner mon zèle, vous me permettrez de vous témoigner combien je suis rebutée par des reproches si injustes et si outrageants. Si l'expérience n'en étoit pas si dangereuse, je souhaiterais que M. le cardinal d'Estrées voulût encore tenter de tenir le despacho seul avec le roi. Il ne faudroit que vingt-quatre heures pour faire connoître qui, de lui ou de moi, mérite votre approbation. Mais, sans en venir à une épreuve si funeste, commandez, Monsieur, par ordre du Roi, aux François à qui vous pouvez vous fier davantage, de vous écrire la vérité, et vous saurez bientôt que MM. d'Estrées, s'appropriant toute l'autorité, enlèvent au roi catholique la gloire qui lui est due, pendant que je ne suis appliquée qu'à le faire aimer et estimer de ses sujets.

« Il paraît, par ce que vous me faites l'honneur de me mander, que; M. le cardinal d'Estrées suppose que le rai catholique, trompé par une cabale ennemie, l'a exclus de son despacho, qu'il lui a annoncé cette exclusion avec hauteur, et qu'il n'a pas voulu écouter ses conseils. Souffrez, s'il vous plaît, que je vous demande, Monsieur, comment des faussetés si grossières ont pu faire la moindre impression sur votre esprit. Reconnoissez-vous la docilité du roi catholique et son respect infini pour le Roi notre maître dans le personuage qu'on lui fait faire? Et avez-vous pu croire que M. le cardinal d'Estrées se soit vu dans la crainte d'être moins considéré ici que l'ont été M. le duc d'Harcourt et M. le comte de Marcin? Je ne vous parle point de moi, car vous auriez assurément mieux pensé de S. M. Catholique, si je n'avois point été

mêlée dans cette affaire, et c'est ce qui me mortifie encore davantage.

« La vérité est, comme je vous l'ai déjà écrit, qu'il étoit de toute nécessité de tenir le despacho; que M. le cardinal d'Estrées prétendoit y entrer seul, ne voulant pas figurer avec ce coquiii de président de Castille qui ne Vavoit pas été voir (ce sont ses propres termes) ; que le roi lui en fit voir les conséquences dès la veille ; que je lui en parlai le même jour, dans mon appartement ; que le roi lui dit, avec toute la bonté et toute la circonspection possible, l'état embarrassant où il se trou voit réduit, et qu'au contraire M. le cardinal d'Estrées traita S. M. d'une manière à mériter qu'elle en demandât satisfaction.

« Tout le reste est une pure calomnie, qui m'est d'autant plus sensible, Monsieur, qu'il faut nécessairement que je sois la personne qui a abusé de la facilité du roi catholique par des desseins intéressés à sa perte.

« Je ne vous répéterai point ce que je vous ai écrit dans mes précédentes. Vous aurez sans doute remarqué moins de passion et beaucoup plus de sincérité dans le récit simple et naturel que je vous ai fait, que dans les lettres de MM. d'Estrées, qui, étant fausses en tout, ne peuvent pas se soutenir contre la vérité. Mais qu'en dois-je attendre, si un ministre a le privilège d'inventer toutes sortes de noirceurs contre quelque personne que ce soit, sûr d'être soutenu, et sans craindre d'avoir à justifier ce qu'il avance?

« Le nombre d'années que j'ai vécu dans les pays étrangers devroit m'avoir accoutumée à cette espèce d'injustice ; car j'ai connu peu d'ambassadeurs qui n'aient fait un mauvais usage de leur autorité. Ces gens, qui ne sont jamais que de très méchantes copies des originaux qu'ils représentent, m'ont souvent donné occasion d'admirer la différence que la nature même a mise entre les rois et les autres hommes. Mais je vous avoue cependant que je n'ai rien vu, en ma vie, de plus hardi et de si téméraire que le procédé de MM. d'Estrées : je ne dis pas à mon égard, car je me soumets à la loi générale, mais à l'égard du roi catholique, le petit-fils de leur maître.

« Le despacho se trouve interrompu par la retraite du cardinal Portocarrero. Tout le monde convient du danger où cela expose le royaume. Le roi consulte plusieurs fois le cardinal d'Estrées, qui ne trouve point d'autre remède à un mal si pressant que de se charger seul de toutes les affaires, parce qu'il a ses raisons particulières pour éloigner le président de Castille. Le roi sait que toute l'Espagne se révoltera, si un ministre françois paroit avoir seul le gouvernement du royaume : il le représente au cardinal d'Estrées avec la douceur que vous lui connoissez ; mais il ne le persuade pas, l'ambition l'aveuglant. S. M. m'ordonne de lui en parler; je le fais parce que lui-même m'en donne l'occasion : mes raisons l'assomment. Cependant il ne me répond qu'avec emportement. LL. MM. Catholiques, plus embarrassées par de nouveaux avis que je reçois de tous côtés, renvoient chercher le cardinal d'Estrées ; elles lui font connoître que le péril augmente à toute

heure, et le roi enfin lui dit que, dans la malheureuse situation où il se trouve, rien ne lui paroît moins dangereux que la résolution qu'il va prendre de tenir son despacho seul avec le marquis de Rivas jusqu'à ce qu'il sache de France les personnes qu'il doit y faire entrer avec lui. Il le prie, en même temps, d'expédier au plus tôt un courrier au Roi son grand-père pour lui demander les conseils dont il a tant de besoin, et l'assure d'un autre côté qu'il lui fera porter le despacho tous les jours, pour avoir son avis et sa décision sur toutes choses, ajoutant que, si cela ne suffit pas, il travaillera deux ou trois heures par jour avec lui dans son cabinet, se faisant un plaisir d'apprendre tout ce qu'il doit savoir d'un ministre si éclairé, et pour qui le Roi son grandpère a tant d'estime. La reine prend la parole, et dit mille gracieusetés à M. le cardinal d'Estrées, qui ne parle qu'avec fureur et pour dire des choses très offensantes à LL. MM. Le jour suivant, le roi, informé que le cardinal d'Estrées n'a pas voulu recevoir le despacho, et qu'il continue ses menaces, fait appeler M. Orry, et lui commande d'aller, de sa part, chez le cardinal d'Estrées, lui dire, dans les termes les plus obligeants, la peine qu'il souffre de son mécontentement, et le prier encore de venir tous les jours travailler avec lui. M. Orry exécute les ordres du roi, et revient sans oser rendre la réponse, tant elle lui paroît déraisonnable et peu respectueuse.

« Dieu m'est témoin, Monsieur, que cet exposé est vrai dans toutes ses circonstances. L'expérience a fait voir d'ailleurs qu'il étoit impossible de prendre un parti plus judicieux, puisque le roi catholique s'est acquis plus d'estime dans son royaume, par cette résolution, qu'il n'a peut-être fait depuis qu'il règne, et que toutes les affaires ont marché avec prospérité, celle des effets de la flotte, la plus grande et la plus difficile qui se soit vue en Espagne depuis plusieurs années, ayant eu son commencement et sa fin dans le temps que le roi a tenu seul son despacho. Malgré cela, le cardinal d'Estrées, ne pouvant digérer qu'on l'ait traversé dans l'idée fausse qu'il s'étoit faite de pouvoir se rendre maître absolu des gouvernements, entreprend de faire un crime à S. M. même, et, n'écoutant que sa passion, dont on connoît assez les effets, il retient cinq jours son courrier, et emploie tout ce temps à composer des invectives contre le roi catholique.

« J'étois présente, Monsieur, quand LL. MM. lurent la lettre du Roi. Je crus, ayant déjà lu la vôtre, qu'elles auroient besoin de consolation, et je ne me trompois pas; car, quoique je fusse outrée moimême de ce qu'on m'impute, je vous avoue que je me trouvois bien plus sensible encore à l'accablement où je vis le roi catholique, lorsqu'il lut les reproches d'ingratitude, de présomption et de mollesse que M. le cardinal d'Estrées lui a attirés si mal à propros et avec tant d'injustice. Je vous assure que ce jeune monarque ne donnera jamais dans ces défauts ; mais je prends, en même temps, la liberté de vous (Yiro, Monsieur, que des lettres semblables, loin d'être utiles, ne sauroient jamais produire qu'un très mauvais effet. S. M. Catholique pos-

sède toutes les plus grandes qualités, sans le croire, et doit être bien plutôt animée à agir par elle-même, que retenue par la crainte de mal faire.

« C'est aussi par cette raison que je souhaiterois que MM. d'Eslrées, moins avides de gloire, et plus attentifs à instruire ce jeune prince, voulussent, en lui communiquant la suite d'une affaire, lui apprendre à décider par lui-même, au lieu d'attendre à l'informer des choses lorsqu'il n'est plus question que de prononcer un oui ou un non qu'on lui prescrit. De cette manière, laborieux comme il est et ayant autant d'esprit qu'il en a, il seroit bientôt aussi habile que ses ministres, et il se rendroit respectable à ses sujets, qui ne l'estimeront jamais qu'autant qu'il sera capable de les gouverner par ses propres lumières.

« Pour revenir à ce qui me regarde, Monsieur, je ne puis m'empêcher de vous dire encore qu'il n'y a rien que je ne préfère à la situation où je me trouve. Depuis dix-huit mois que j'ai l'honneur d'être auprès de la reine, avec des incommodités et des dépenses infinies pour moi, vous avez toujours paru content de ma conduite; et effectivement elle a été assez bonne pour m'attirer l'approbation de toute l'Espagne, quand je devois craindre les plus terribles persécutions. Vous ne laissez pas cependant que de me condamner sans m'entendre, sur une lettre remplie d'impostures presque incroyables, et, comme si j'étois faite pour souffrir les indignités qu'il plaira à MM. d'Estrées de me faire, on me menace que les personnes sur qui je crois ponvoir compter m'abandonneront, si je ne fais pas toutes sortes d'avances pour regagner les bonnes grâces de ces Messieurs.

« Que dois-je attendre à l'avenir? Ces injustes ennemis, devenus plus hardis encore à tout entreprendre par la déférence que le roi catholique doit avoir à leurs volontés, et maîtres de toutes les grâces, ne révolteront-ils pas à la longue tout le monde contre moi, qui occupe une place si généralement enviée, et à qui il n'est pas même permis de parler en faveur d'un homme dont je connoitrai le mérite et le zèle pour le service du roi? Ils poussent déjà si loin leurs malhonnêtetés à mon égard, que, le cardinal d'Estrées passant, il y a quelques jours, devant moi, dans la chambre du roi, où j'étois avec la reine, il affecta de ne me pas saluer, aimant mieux se faire moquer de tous les grands qui étoient présents, et de tout Madrid même, qui l'a su depuis, que de perdre une occasion défaire connoître combien il se soucie peu de moi.

« Je continue donc à vous supplier très humblement, Monsieur, de me faire avoir la liberté de retourner à Rome. Quoique mes affaires domestiques dussent m'obliger de faire un tour à Paris, je n'irai point, étant résolue de tout sacrifier à mon repos, que je saurai trouver, à force de raison et de dégoût du monde, dans quelque état où ma mauvaise fortune puisse me réduire.

« La reine écrivant elle-même au Roi, je ne vous parle point, Monsieur, de la colère, où elle est contre MM. d'Estrées. Elle me disoit encore avant-hier qu'elle ne croyoit pas pouvoir faire jamais un plus

grand sacrifice à S. M. que de se résoudre à leur parler après la cruelle mortification qu'ils viennent de lui attirer dans l'unique dessein de prendre sur le. roi catholique et sur elle une autorité qu'il n'est pas nécessaire qu'ils aient, n'étaut envoyés ici que pour les assister de leurs conseils, et non pas pour les assujettir à leurs volontés. Le roi n'a pu s'empêcher de dire au cardinal d'Estrées qu'il s'étonnoit fort qu'il eût pu écrire au Roi son grand-père des choses si éloignées de la vérité. La reine en auroit dit davantage ; mais je la suppliai très humblement de se modérer, et elle me l'accorda comme une grâce.

« Je vous honore, Monsieur, plus que personne du monde, et j'ai toute la reconnoissance possible des assurances que vous voulez bien me donner de me continuer l'honneur de votre amitié. Je vous assure que vous ne l'accorderez jamais à personne qui soit plus véritable et meilleure sujette du Roi.

« La princesse des Ursins.

P. S. — « Je viens d'apprendre, par les lettres que le courrier ordinaire m'a apportées de Paris, que MM. d'Estrées supposent que c'est moi qui ai engagé M. le cardinal Portocarrero à refuser d'entrer au despacho, exprès pour avoir un prétexte de l'en exclure, dans le dessein de gouverner moi-même la monarchie avec le marquis de Rivas. Voilà, Monsieur, pousser bien loin la calomnie. Si tout cela est faux, n'avouerez-vous pas que LL. MM. Catholiques sont bien malheureuses d'être livrées à des gens capables d'inventer de telles noirceurs, et que MM. d'Estrées ne méritent guères la confiance dont le Roi les honore?

« Dès que j'ai su la mission du cardinal d'Estrées, j'ai fait tous mes efforts pour la faire approuver au cardinal Portocarrero, qui ne s'est jamais bien ouvert là-dessus avec moi. Étonnée que le cardinal d'Estrées ne lui écrivit point, et m'apercevant de quelque aigreur dans l'esprit du cardinal Portocarrero, j'avertis le premier du mauvais effet que son silence causoit. Il reçut ma lettre à Figueras, et il écrivit pour lors, par mon conseil, une lettre que je rendis moi-même. Il ne peut nier ce fait, car je dois avoir sa réponse parmi mes autres papiers. D'ailleurs, Monsieur, je suis encore à deviner si le cardinal Portocarrero est bien aise ou non que je sois ici, l'application que j'ai eue à vivre également bien avec tout le monde l'ayant empêché, je crois, de me marquer toute la confiance que j'aurois dû espérer de notre ancienne amitié. MM. d'Estrées n'ignorent pas cette vérité, et ils l'avoueront un jour, s'ils peuvent en tirer quelque conséquence contre moi. Quelle opinion voulez-vous avoir, Monsieur, de gens qui sacrifient leur conscience et leur honneur au plaisir de se venger dans le premier chagrin qu'ils croient avoir reçu d'une amie qui, loin d'avoir jamais eu la moindre envie de les chagriner depuis qu'ils sont ici, proteste devant Dieu qu'elle a fait tout ce qu'elle a pu pour leur acquérir l'estime et l'amitié des Espagnols? Le mal est que vous ne savez à qui croire, n'étant pas facile de vous imaginer l'artifice qu'ils emploient pour que

vous ne soyez pas informé de la vérité, et moins encore qu'ils soient capables de tromper le Roi par de si noires suppositions inventées à plaisir. Dans ces circonstances, le plus foible doit céder au plus fort, et je suis la première à en convenir, espérant que Dieu, qui voit seul le cœur des hommes, rendra à chacun la justice qui lui est due.

« Le 22 février 1703.

« Le gentilhomme qui vous rendra cette lettre n'ayant pu partir dans le temps que je croyois, Vazet est arrivé tout à propos pour que je puisse vous remercier de la grâce que le Roi a la bonté de m'accorder. J'ai fait part aussitôt de cette nouvelle à LL. MM., à qui je n'avois rien dit encore de la permission que je demandois, pour ne leur pas anticiper ce chagrin. Je partirai immédiatement après Pâques, bien contente, je vous avoue, Monsieur, de m'éloignerdc MM. d'Estrées, quoique ce soit un triomphe pour eux, et que d'ailleurs je sois très sensible au déplaisir de quitter la reine. Vous ne recevrez plus de mes lettres sur cette affaire; j'étois même fort tentéede déchirer celle-ci, caries menteries de ces Messieurs ont trop d'avantage sur les vérités que je puis vous dire. Si Dieu ne m'assistoit de ses grâces, je crois qu'une chose aussi honteuse pour moi m'auroitdéjà fait mourir cent fois. J'irai droit à Paris, pour obéir aux ordres du Roi. Mon dessein est de voir l'Escurial et Aranjuez avant que de sortir d'Espagne. Faites-moi l'honneur, Monsieur, s'il vous plaît, de me mander, si je puis, en chemin faisant, prendre congé de la reine douairière.

(Autographe.) « Vous trouverez des termes dans cette lettre, Monsieur, que vous condamnerez peut-être ; mais je ne sais quel autre nom donner au procédé de MM. d'Estrées, et, quand une femme comme moi est attaquée sur la fidélité qu'elle doit à son roi, elle n'a plus rien à ménager. »

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