‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 505 sur 556 · Le cardinal d'Estrées au roi Louis XIV · texte numérisé non relu

Le cardinal d'Estrées au roi Louis XIV

« Madrid, 10 août 1703.

« Je n'ai pas ignoré, et je n'ai pas manqué de représenter à

Votre Majesté les grandes difficultés que je croyois trouver; mais je n'avois garde de m'imaginer que. le plus grand, le plus dangereux et le plus irrémédiable de tous mes embarras seroit suscité par une personne que nous avions comblée d'obligations, mon frère et moi, qui vint à Rome veuve de son premier mari, que sa mère et sa famille ne pouvoient attirer en France, parce qu'elle n'y vouloit paroître que dans un rang distingué et pour lequel elle cherchoit, dans les cours d'Espagne et de Vienne, de la protection par le moyen des cardinaux Nithard, Portocarrero, et l'impératrice douairière de Mantoue ; que nous avions servie, pour ainsi dire, comme une espèce d'orpheline séparée de tous ses proches, et tant contribué, sous la protection de Votre Majesté, à l'établir dans le rang le plus élevé de la cour de Rome.... Ce qu'elle a fait de pire, et de plus contraire aux instructions que je portois et aux intentions de Votre Majesté, c'est que, pour acquérir du mérite dans la nation espagnole aux dépens de la nôtre, elle a non seulement abandonné les François, mais elle a conjuré avec les Espagnols de les

renvoyer tous J'ai découvert, depuis quelque temps, qu'elle avoit

pris soin de prévenir et d'aliéner l'esprit de la reine contre moi..., en lui disant que je venois, avec toute la confiance de Votre Majesté, avec un caractère et une humeur à ne vouloir pas souffrir qu'un autre eut la moindre part aux affaires.... Elle a mendié des lettres de quelques grands et d'autres particuliers contre moi...; elle a dicté ou fait

1. Ci-dessus, p. 6-7, et ci-après, Additions et corrections, p. 557.

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