La première lettre d'Harcourt surcharge on
4. Grd eau, dans le manuscrit. Nous avons déjà eu cette expression dans notre tome XI, p. 318.
5. Saint-Simon a déjà parlé de son talent dans l'art de contrefaire: tome XII, p. 330. Au cours de l'été de 1707, elle souleva contre elle une terrible tempête à propos d'une poupée que Mme de Maintenon l'avait chargée de faire habiller pour la petite-fdle de Mme de Noailles en singeant les modes exagérées de certaines jeunes femmes. Mme de Maintenon regardait alors comme impossible de la faire nommer dame du palais. (Recueil Bossange, tomes T, p. 80, 96, 165 et 195, III, p. 404, et IV, p. 109-110.)
6. Mme de Maintenon écrivait, le 13 février 1707 (ibidem, tome I, p. 91) : « Enfin, Madame, votre Mme de Gaylus a reparu à la cour, non sans quelque confusion pour elle et pour moi; mais elle y a été très bien reçue. » Dangeau mentionne, le 27 avril (tome XI, p. 356), qu'elle a accompagné Mme de Maintenon à la promenade du Roi à Trianon, et que Louis XIV l'a ramenée dans son carrosse; ce fait significatif fut annoncé à Mme des Ursins (recueil Bossange, tomes I, p. 119, et III, p. 479).
7. Avant la, le manuscrit porte on, biffé, et la semble corriger /m [î/J.
8. Bientost est en interligne, au-dessus de peu à peu, biffé.
la chambre de Mme de Caylus devint un rendez-vous important; les gens considérables frappoient à cette porte, et se trouvèrent heureux d'y entrer quelquefois1. La dévotion enfin écoulée devint la matière des plaisanteries de Mme de Caylus. Elle revit Madame la Duchesse et ses anciennes connoissances, avec qui elle déplora la tristesse avec laquelle sa jeunesse s'étoit passée, dont elle faisoit mille contes sur elle-même, en se moquant de toutes ses pratiques de dévotion5. Toujours attachée au duc de Villeroy, et lui à elle3, ils se voyoient sans que Mme de Maintenon le trouvât mauvais, tant elle l'avoit subjuguée, et, à la fin, elle se fit une cour, les matins, de généraux, de ministres, et de la plupart des importants de la cour, par ricochet vers Mme de Maintenon. Au fonds, elle se moquoit d'eux tous, ne pouvoit rien, et, si elle pouvoit quelquefois insinuer à sa tante certaines choses, elle se réservoit toute pour M. d'Harcourt et pour tous ses desseins, auquels elle demeura livrée sans réserve privativement à tout le reste, parce qu'après ce qui lui étoit arrivé, elle n'osa rien hasarder en faveur des Villeroy que plusieurs années après ce retour4.
1. L'abbé Dubois écrivait à son maitre, en juillet 1707 (recueil Seilhac, tome I, p. 342) : « Elle plaît (à Marly) aux hommes dévots et non dévots, et est accusée par les femmes d'être trop grosse. Mme de Vaudémont y a été chargée de lui en faire les honneurs. » La princesse des Ursins qui, décidément, lui voulait beaucoup de bien, eût désiré que Mme de Maintenon la prit auprès d'elle comme conseillère, et, dans une lettre du 22 février, elle dit : « Le tabac me paroit une horreur; je ne le puis même souffrir au joli nez de Mme de Caylus; je veux croire que son directeur lui a ordonné d'en prendre pour la rendre moins aimable » (recueil Bossange, tomes III, p. 404, et IV, p. 110).
2. Il y a des vers sur les pénitentes du P. de la Tour dans le Chansonnier, ms. Fr. 12 694, p. 5.
3. Tome XII, p. 410-411. Le duc avait été son amant autrefois, avant qu'elle eût quitté la cour.
4. Saint-Simon reviendra encore à différentes reprises sur Mme de Cavlus, sur sa faveur, sa liaison avec Harcourt, etc., notamment à la date de 1709.
Union do l'Kcosse
avec Angleterre.
Ce fut en ce temps-ci que les Anglois parvinrent à consommer la grande affaire qu'ils se proposoient depuis tant d'années, à laquelle le prince d'Orange avoit échoué : ce fui ce qu'ils appelèrent l'union de l'Ecosse, et ce que, plus exactement, les Ecossois appelèrent réduire l'Ecosse en province1. Son indépendance de l'Angleterre dura tant que durèrent ses parlements2. A force de menées, d'argent et de persévérance3, le parlement d'Ecosse consentit, en ce commencement d'année, à être abrogé, et à ne faire plus qu'un seul parlement pour les deux royaumes avec celui d'Angleterre, moyennant certains privilèges particuliers maintenus4, et que l'Ecosse seroit représentée aux parlements
1. L'acte d'union fut signé le 22 juillct-2 août 4706 : Corps diplomatique, tome VIII, 4re partie, p. 499. Les deux royaumes d'Ecosse et d'Angleterre étaient réunis en un seul, sous le nom de Grande- Bretagne, avec un parlement unique composé de deux chambres, haute et basse. L'égalité des impôts et des droits civils et politiques, l'identité des monnaies et des poids et mesures, l'unification du système des douanes sur les côtes et l'abolition des douanes intérieures y étaient proclamées. M. James Mackinnon a publié, en 4896, sur cet événement, un ouvrage intitulé : The union of England and Scotland. On peut voir aussi The parliamentary history of England (4840), tome VI, p. 534-543, 554-583, Ottieri, Istoria délie guerre, tome IV, p. 452-460, la Gazette d'Amsterdam, 4707, n°* vin, xi-xv, xxi, xxiv, Extr. xxiv, n09 xxv et xxvi, le Journal de Verdun, 4706, 2e partie, p. 265 et 424-425, etc. Le pamphlétaire Daniel Defoë, auteur du Robinson Crusoé, fut employé dans cette affaire, et il en écrivit l'histoire. Sa correspondance vient d'être publiée par la Commission des archives anglaises, dans le tome II des Manuscripts of the duke of Portland.
2. Les actes de ces parlements ont été publiés de 4844 à 4844.
3. Il y eut bien des oppositions : Dangeau, tome XI, p. 239, 264 262 et 300; Sourches, tome X, p. 225 et 233. Le traité, accepté définitivement, le 27 janvier, par le parlement écossais, ne dut avoir son effet qu'à partir du 4er mai 4707. Par suite, dit Dangeau (p. 335), la reine Anne songea à prendre le titre d'impératrice de la Grande-Bretagne.
4. Exemption des gabelles pendant sept ans et des droits sur le papier timbré, sur les fenêtres et sur le charbon, maintien de toute l'organisation judiciaire, des droits et privilèges des bourgs royaux, des charges héréditaires et à vie. Tous les navires existant en Ecosse au moment de l'union, considérés comme construits dans le pays, ne seraient point soumis à la taxe des bâtiments construits en pays étranger.
d'Angleterre par douze pairs d'Ecosse élus par les pairs de ce royaume, qui s'assembleroient, pour cette élection seulement, à Edimbourg, sous la présidence d'un pair écossois nommé par le roi, alors par la reine Anne1. Ce nombre, si inférieur à celui des pairs anglois2, et dans Londres, n'étoit pas en état de rien balancer de ce qui se proposeroit dans les parlements. On les leurra de l'influence qu'ils auroient, comme les pairs anglois, sur ce qui regarderoit l'Angleterre même, et, à la fin, cela passa sous la condition que le parlement, désormais, ne s'appelleroit plus que le parlement de la Grande-Bretagne3. Ainsi plus d'embarras du côté de l'Ecosse pour le commerce, ni pour aucune partie du gouvernement, dont les Anglois devinrent entièrement les maîtres, sans qu'on puisse comprendre comment une nation si fière, si ennemie de l'angloise, si instruite par ce qu'elle en avoit éprouvé dans tous les temps, si jalouse de sa liberté et de son indépendance4, put baisser la tête sous ce joug5.
1. Non pas douze pairs, mais seize, qui devaient être désignés par le conseil d'Ecosse, lequel devait aussi faire élire quarante-cinq députés pour prendre séance dans la Chambre des communes. Les fonctions de membre de la Chambre des lords étant héréditaires, la désignation, une fois faite par le conseil d'Ecosse, n'avait pas à être renouvelée. L'acte d'union ne parle pas de la présidence du conseil d'élection par un pair que désignerait le souverain.
2. A cette époque, la Chambre des lords d'Angleterre comprenait environ cent quatre-vingt-dix membres; en 1713, deux cent huit, y compris les seize pairs écossais (Glasson, Histoire des institutions de V 'Angleterre, tome V, p. 426).
3. Le premier parlement de la Grande-Bretagne fut convoqué à Westminster pour le 3 novembre : Gazette d'Amsterdam, n09 li et xc; Parliamentarij history of England, tome VI, p. 590 et suivantes.
4. En 1705, on avait pu croire que des difficultés sérieuses allaient s'élever à propos de la succession de la reine Anne : Dangeau, tome \, p. 235 et 242.
5. Les derniers chapitres de l'ouvrage de M. Mackinnon montrent que l'union ne fut pas acceptée avec enthousiasme par tous les Écossais, et que, pendant de longues années, il se produisit dans les rapports des deux peuples des tiraillements de tout genre. En outre, les
Marquis Le marquis de Brancas1, qui servoit en Espagne, vint
de Brancas rendre compte; au Roi de l'état des troupes et des affaires ,ie Bay. militaires de ce pays-là, et recevoir ses ordres sur la campagne prochaine2. 11 étoit destiné à servir en Castille dans le corps séparé que le marquis de Bay y devoit commander3, lequel marquis de Bay4, pour le dire en passant, étoit un Franc-Comtois, fils d'un cabaretier. C'étoit un homme d'esprit et de valeur qui avoit su profiter de la rareté des sujets militaires en Espagne pour s'y pousser promptement par son application et par de petits succès, et il parvint jusqu'au grade de capitaine général, qui est le plus élevé de tous en Espagne dans les armées, et, ce qui est énorme, à l'ordre de la Toison d'or. D'ailleurs il devint capable, bon général, et servit fort utilement5. Port-Mahon Tout à la fin de janvier le frère du maréchal de Villars6
r^?r!s p^ur entra au Port-Mahon7 avec trois vaisseaux de guerre et
Philippe V. «
jacobites ne restaient point inactifs, et leurs menées contribuèrent à agiter le pays.