‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 343 sur 610 · Les traitants, financiers, magistrats, etc · texte numérisé non relu

Les traitants, financiers, magistrats, etc

5. Saint-Simon ne dit pas quelles mesures furent prises contre le livre de la Dîme, sinon contre son auteur, et cela sans doute parce que Dangeau ne lui en fournissait pas l'indication. Le livre ayant été imprimé sans privilège ni permission, et même introduit clandestinement à Paris, le chancelier Pontchartrain et le lieutenant général de police d'Argenson agirent avec la même rigueur qu'ils déployaient alternativement contre les Maximes des saints ou contre le Télémaque, contre les romans historiques de Courtilz de Sandraset contre les pièces obscènes. Dans l'Addition n° 725, notre auteur prétend, avec son exagération habituelle, que les « magistrats des finances » réclamèrent la Bastille pour le maréchal et le bourreau pour son livre, qui cependant finissait par cette invocation toute loyale : « Je n'ai plus qu'à prier Dieu de tout mon cœur que le tout soit pris en aussi bonne part que je le donne ingénument et sans autre passion ni intérêt que celui du service du Roi, le bien et le repos de ses peuples. » En fait, nous voyons que le maître des requêtes Turgot de Saint-Clair fut chargé de préparer un

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coeurs François, ae put survivre aux bonnes grâces de son

maille, pour (jni il avoit tout l'ait, et mourut peu de mois après1, ne voyaui pins personne, consommé9 de douleur el (rime affliction que rien ne put adoucir, et à laquelle le Roi l'ut insensible jusqu'à ne pas faire semblant de s'apercevoir qu'il eût perdu un serviteur si utile et si illustre8. Il n'en fut pas moins célébré par toute l'Europe, et par les

arrêt pour le conseil privé, où ne siégerait point d'autre ministre que le contrôleur généra), et, en faisant passer cet arrêt à la séance du 14 février, le Chancelier le corrigea lui-même. Comme le Projet ne portait ni nom d'auteur, ni lieu d'impression, l'arrêt put seulement ordonner que tous les exemplaires saisis fussent mis au pilon, avec interdiction aux libraires de le débiter, comme contenant « plusieurs choses contraires à l'ordre et à l'usage du Royaume. » Postérieurement, un second arrêt, du 14 mars, contia à d'Argenson le soin de rechercher de quelle imprimerie parisienne ce livre était sorti, et quels libraires continuaient à le débiter. Le commissaire Nicolas Delamare, l'auteur du Traité de la police, fut chargé de cette enquête, et, comme il faisait timidement observer que « toute la preuve retomberait sur M. de Vauban, » d'Argenson lui ordonna de procéder à l'exécution des ordres du Roi sans « prévoir les conséquences. » Le maréchal n'avait même pas •connu l'arrêt du 14 février, à la veille duquel il soumettait encore au contrôleur général un mémoire sur la canalisation de la Durance.

1. Atteint d'une ancienne affection de poitrine qui était devenue plus grave et l'avait forcé à revenir de l'armée (notre tome XIII, p. 394, note 6), le maréchal était déjà fort malade quand, le 24 mars, il apprit les poursuites commencées par la police, et son premier soin fut de retirer les exemplaires qui étaient encore à la reliure et de consulter ses meilleurs amis pour savoir si, en le composant, il avait rien « fait contre sa conscience. » Il mourut, non pas « peu de mois après, » comme le dit notre auteur, mais seize jours après le second arrêt, c'est-à-dire le mercredi 30 mars, sur les neuf heures trois quarts du matin. Son collaborateur Beaumont s'était sauvé; seul, son valet de chambre fut emprisonné au Petit-Chàtelet et y resta un mois.

2L Lattre a cité de nombreux exemples pour prouver que -consommer s'employait en ce sens aussi bien que consumer.

3. Au contraire, Dangeau a noté (p. 330-331) que, le lundi 28, au dîner, Fagon étant venu dire au Roi que le maréchal, à l'extrémité, demandait Boudin, premier médecin de Monseigneur, « le Roi ordonna qu'il partit sur l'heure, et parla de M. de Vauban avec beaucoup d'estime et d'amitié; il le loua sur plusieurs chapitres, et dit : « Je perds « un homme fort affectionné à ma personne et à l'État. » N'est-il pas

ennemis mêmes, ni moins regretté en France de tout ce qui n'étoit pas financier, ou suppôts de financiers1.

Boisguilbert, que cet événement auroit dû rendre sage, ne put se contenir2. Une des choses que Chamillart lui avoit le plus fortement objectées étoit la difficulté de faire des changements au milieu d'une forte guerre : il publia donc un livret fort court3, par lequel il démontra que M. de Sully, convaincu du désordre des finances qu'Henri IV lui

étonnant que notre auteur, ayant ce texte sous les yeux, ose dire que Louis XIV « ne fît pas semblant de s'apercevoir qu'il eût perdu un serviteur si utile et si illustre » ?

1. Dangeau ne parle ni du livre ni de sa proscription, tandis que nous trouvons cet article dans les Mémoires du marquis de Sourches, p. 291 : « On apprit, le 29, que le maréchal de Vauban étoit à l'extrémité, ayant donné à l'État la dernière marque de son zèle par un livre qu'il avoit fait imprimer à ses dépens, par lequel il prétendoit donner les moyens au Roi pour tirer de son royaume tout l'argent nécessaire pour le défendre sans fouler ses peuples; mais le Roi, après l'avoir fait soigneusement examiner, avoit ordonné qu'on en supprimât tous les exemplaires. » La mort du maréchal fut enregistrée, sans un mot de plus, par la Gazette, p. 156; le Mercure lit paraitre deux articles nécrologiques, en avril, p. 174-187, et en mai, p. 240-248. Jal nous a conservé, dans son Dictionnaire critique, p. 1234-1236, l'acte des obsèques à Saint-Roch, celui de l'inhumation àBazoches, et le procèsverbal de transport du cœur du maréchal, ramené aux Invalides, en 1804, par ordre de l'empereur Napoléon Ier. Une statue a été élevée en 1870, non à Bazoches, dont Vauban était seigneur, mais à Àvallon, ville principale de son pays de Morvan, et les Sociétés du département ont consacré nombre d'études historiques à leur glorieux compatriote. — Sur la vie privée du maréchal et sur sa descendance, on trouvera une note ci-après, aux Additions et corrections.

2. On verra ci-après, appendice XII, que notre auteur ne connait pas la chronologie des faits. La dernière publication de Boisguilbert fut condamnée dans les mêmes conditions que la Dîme royale, et le jour même où d'Argenson recevait ordre d'exécuter la condamnation prononcée contre celle-ci.

3. Il ne s'agit donc pas du Factum de la France, imprimé à Rouen à la fin de 1706, paraphrase extrêmement violente du Détail de 1695, et aussi considérable comme étendue, mais bien d'un livret de douze pages intitulé : Supplément du Détail de France, qui dut aussi être imprimé, comme l'avait été le Faction, à Rouen, sans nom d'auteur ni d'éditeur, au commencement de 1707.

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;i\oil commises, en avoit changé tout ['ordre au milieu d'une guerre autant ou plus fâcheuse que celle dans laquelle on se trou voit engagé, et en étoit venu à bout avec un1 grand succès2; puis, s'éehappant sur la fausseté de cette excuse par une tirade de Faut-il attendre la ]>aix pour3, etc., il étala avec tant de feu et d'évidence un si giand nombre d'abus, sous lesquels il étoit impossible de ne succomber pas, qu'il acheva d'outrer les ministres4, déjà si piqués de la comparaison du duc de Sully, et si impatients d'entendre renouveler le nom d'un grand seigneur qui en a plus su en finance que toute la robe et la plume5. La vengeance ne tarda pas : Boisguilbert fut exilé au fond de l'Auvergne6. Tout son petit bien consistoiten sa charge;

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