‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 481 sur 610 · M. de Harlay et Arlequin · texte numérisé non relu

M. de Harlay et Arlequin

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2 août 1688. — Cet Arlequin3, qui s'appeloit le sieur Dominique, comédien plaisant et salé tout ce qu'il est possible, et mettant du sien, et sur-le-champ et avec variété, ce qu'il y avoit de meilleur dans ses rôles, étoit naturellement sérieux, studieux, et s'étoit rendu savant. Le premier président d'Harlay, qui se piquoit de l'être, le rencon-

1. Pust, à l'imparfait, dans le manuscrit. — 2. Consolé, dans le manuscrit. 3. Écrit ainsi ici, et non plus Harlequin.

Iranl à la bibliothèque de Saint-Victor, lia avec peine conversation avec lui, sans le connoitre, et lui se retirant toujours par un respect qui plut tellement au magistrat, qu'il enfonça matière et trouva un homme très foncé et très modeste en même temps. Cela l'engagea à le prier de le venir voir, dont l'autre se défendit si longtemps, que M. d'Harlay, fort surpris, voulut savoir son nom, et ne l'apprit qu'après plusieurs difficultés également polies et assaisonnées. Ce contraste du nom et de l'homme charma tellement M. d'Harlay, qu'il l'embrassa et lui demanda son amitié, et, depuis ce temps-là jusqu'à la mort de ce rare acteur, M. d'Harlay le reçut toujours en particulier chez lui, avec une estime et une distinction particulière. Le monde, qui le sut, prétendoit qu'Arlequin le dressoit aux grimaces et qu'il éloit plus savant que le magistrat, mais que celui-ci étoit aussi bien meilleur comédien que Dominique.

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