‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 524 sur 610 · Autographe · texte numérisé non relu

Autographe

seigneur, et soyez convaincu que je m'estimerai trop heureux, si je puis jamais contribuer par quelque endroit à la gloire de V. A. R. Permettez seulement que je lui dise ma pensée, et que j'attende ici ses derniers ordres....

« Le Roi, avec toute sa puissance, selon mes foibles lumières, ne peut faire rentrer son armée en Italie avant le printemps avec la moindre apparence de réussite, et il n'y a pas lieu de douter qu'étant informé à fond de la véritable situation de ses affaires, il ne se détermine au possible, Dieu seul étendant son pouvoir plus loin. Cela posé. Monseigneur, ayez la bonté de me laisser continuer mon voyage en Lombardie, où j'espère être de quelque utilité au service de S. M., et où le sort le plus malheureux que j'y puisse éprouver est de lui avoir fait voir infructueusement l'excès de mon zèle. De plus, j'ai eu l'honneur de lui mander hier que je partois avec l'agrément de V. A. R. pour me rendre en toute diligence en Lombardie. Daignez donc, Monseigneur, faire réflexion en ma faveur sur ce que le Roi pourra dire quand il apprendra que mon voyage d'outre-mer s'est fixé à Briançon ; et les bons amis que je puis avoir à sa cour et à la vôtre ne diront-ils pas que c'est un jeu joué, que je savois bien que ma bonne volonté ne seroit point acceptée, et que je n'ai voulu me donner qu'un faux mérite? J'ai, outre cela, dépêché un courrier à M. de Vauvré pour qu'il se rendit à Antibes, afin de m'informer de lui de tout ce qui est faisable pour un embarquement et en rendre compte à V. A. R. Si elle veut avoir la bonté de me laisser aller jusque-là, j'y attendrai le retour du courrier que j'ai envoyé à M. de Chamillart, et je me conformerai aux ordres du Roi, ou môme, tels qu'ils soient, j'y attendrai ceux de V. A. R. pour la venir rejoindre, en cas qu'elle juge alors le passage de l'armée en Italie praticable de quelque manière avant le printemps, ce qui est absolument au-dessus de ma pénétration. Je me flatte que V. A. R. ne peut blâmer la liberté que je prends de lui faire cette représentation, puisqu'elle ne retardera tout au plus que d'un jour mon retour à Oulx, en cas qu'elle se détermine à me l'ordonner.

« Il ne me reste qu'à la supplier de ne consulter qui que ce soit sur mon sort, et d'en décider par elle-même. Elle se trouvera aussi bien de cette maxime dans les petites choses, qu'elle s'en seroit trouvée dans les grandes.

« Je suis, avec le plus profond respect et le dévouement le plus parfait, etc.

« Le duc de la Feuillade. »

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